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Archives Mensuelles: avril 2013

La force d’une chanson, c’est de parvenir à transcender ceux qui la jouent, qui la trafiquent ou la manipulent pour l’emmener ailleurs. Et cela n’a jamais été aussi pertinent qu’avec Get Lucky, qui aura subi toutes les tortures, remixes sauvages et autres déviations désarmantes, jusqu’à cette reprise improbable, faite par Daughter, dont le son semble porter en lui à peu près tout ce qui constitue l’essence même de l’indie – ambiance ralentie, nappes sombres, chanteuse neurasthénique qui hésite entre Bjork et Liz Fraser. Le tout aurait pu être de la bouillie. Mais, bizarrement, la reprise fonctionne, évoque celle que Robert Wyatt avait enregistrée du morceau de Chic, At Last I am Free. Comme un négatif de l’original, surgissent, entendant Daughter, un écho de Pharrell chanter, un fantôme des Daft jouant. Nile Rodgers, lui, a disparu : les indés pur jus n’ont jamais vraiment aimé sa disco, Sister Sledge jamais admise au Pop In.

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Leur premier album en 1990, Other Way Out, était un chef d’œuvre de psychédélisme en mode mineur, aux arrangements impeccables, tenant à la fois des groupes sixties et de Loop. Depuis, Sun Dial n’avait pas vraiment fait mieux, allant vers un rock moins planant, plus assommé ou saturé. 23 ans plus tard, malgré les nombreux albums sortis régulièrement, Mind Control (sorti fin 2012) marque un retour en forme, en grâce, inattendu, totalement. Une forme peut-être due à la présence d’Hugo Chavez-Smith, déjà producteur du premier album, mais absent des suivants. À moins que Sun Dial ait écouté Om, comme le suggèrent certains morceaux basés sur la même monotonie psychédélique, basse répétitive orientaliste, voix de bois cendré en avant. Toujours est-il que sur l’ensemble du disque, le groupe joue mieux que personne, guitares en avant, synthés acides, rythmique répétitive krautrock – Parfois, on songe aux jeunes Psychic Ills, en plus inspiré, mieux tenu. Ailleurs, quelque chose de léthargique s’installe, mais sans jamais céder à la mollesse, à la paresse : ici, il y a du travail tenu, jamais d’indolence, jamais de déni – tout est dans deux ou trois motifs répétés avec précision et qui hypnotisent, tournent doucement la tête vers l’envers. Impossible de s’en lasser, impossible de s’en arracher.

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