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Archives Mensuelles: mars 2010

« Une biographie dans un style un peu rock’n’roll, originale, simple et immédiatement instructive. Originale par son approche puisque qu’on s’étonne (avant de comprendre) pourquoi son auteur nous raconte dans les premières pages, et avec force détails, les circonstances de sa non-rencontre puis de sa rencontre (purement discographique) avec ce célèbre et pourtant méconnu pionnier de la musique minimaliste.
Une biographie simple parce que tout ou presque tout de la vie et l’œuvre du musicien semble être résumée en 136 pages. Et pourtant cette histoire est aussi longue que riche puisque la Monte Young, toujours en vie, est né en 1935 dans une cabane en rondins de l’Idaho mais qu’il jouera du jazz et de la musique classique avec quelques uns des plus grands musiciens du XXème siècle. En tant que compositeur, il s’intéressera de très près à la musique dodécaphonique, au sérialisme, au minimalisme tout en consacrant une importante partie de son travail à de nombreuses expérimentations autour de l’évolution d’un son sur la durée. Une biographie également immédiatement instructive car, sans avoir jamais écouté une de ses œuvres, on comprend très vite dans quel univers musical La Monte Young a évolué, quels ont étés les autres musiciens (souvent méconnus ou oubliés) qui se sont inscris dans cette mouvance et quel a été son apport sur les générations d’artistes pop et électroniques.
Beaucoup d’entre vous se souviennent de l’auteur : Joseph Ghosn qui sévissait régulièrement dans les colonnes des Inrocks, son approche claire (souvent partiale et sans détour) d’un compositeur aussi complexe que La Monte Young est une belle démonstration d’un savoir communicatif d’une touchante sensibilité. » (Ce texte est d’Eric Serva, il a été diffusé dans l’émission Tapage Nocturne de Bruno Letort).

Depuis plusieurs mois, Sarah et Villeneuve me disent adorer Richard Hawley. Ils l’ont rencontré récemment et m’ont donné ces questions, que je publie ici. Voici ce qu’ils ont écrit :

Musicien hors-norme à l’intégrité infaillible, Richard Hawley est une personne rare. Véritable star nationale en Angleterre, ce chanteur à la voix rauque est quasi-inconnu en France. Son sixième album, Truelove’s Gutter est d’une beauté à couper le souffle, d’une puissance extatique, d’une densité qui donne des frissons dans tout le corps. Dans un monde où la musique s’écoute sur ordinateur portable et se télécharge sans envie, Richard Hawley sort un disque lent, rempli de longues mélodies qui figent le temps et font couler des larmes de joie.

Daniel Miller – le patron de la maison de disques Mute  – t’a proposé de sortir l’album de tes rêves, celui que tu aurais toujours voulu composer, mais que tu n’aurais jamais osé mettre en forme. Comment as-tu réagi à cette proposition qui semble surréaliste aujourd’hui ?
C’est la seule maison de disques avec qui je suis devenu ami. J’ai invité Daniel Miller chez moi, j’ai fait des pâtes et nous avons commencé à parler du disque. Il m’a demandé quel genre d’album j’avais envie de faire. Je lui ai répondu que je voulais faire un disque anti-commercial, que probablement personne n’aimerait et qui allait certainement nous ruiner ! Il m’a répondu que si c’était ce que je voulais faire, alors c’était d’accord. Je ne vis que pour la musique en tant que telle, je me fiche d’être connu ou de passer à la radio, c’est juste des choses commerciales de merde. Je veux faire des morceaux qui vivent, avec des sentiments. Pour en être capable, il faut divorcer avec soi même, sortir du cirque médiatique. Tout ce que je sais, depuis quarante trois ans que je suis sur terre, c’est communiquer avec les autres. Tout le reste n’a pas de sens à mes yeux.

Pourquoi as-tu décidé de faire un disque qui prend son temps, dans un monde où personne n’a plus le temps de rien ?
Je fais de la musique pour moi-même. Quand ma dernière tournée a pris fin, avec toute la promotion et la folie que ça suppose, j’ai eu besoin de prendre du temps pour moi, pour ma femme et mes enfants. Communiquer par e-mails et par téléphone portable, c’est fantastique mais cela peut te faire oublier de vivre avec les personnes qui sont prêts de toi. Je ne regarde pas la télé ni n’écoute la radio, je profite du silence et c’est tout simplement parfait. Je marche dans les bois avec mon chien, j’éteins mon téléphone pendant des mois, j’écoute plus que je ne parle, j’essaye d’être un bon mari, un bon père et de ne pas être un trou du cul. Il y a quelque chose de monastique là dedans et cela me plait. C’est dans cette ambiance là que j’ai composé Truelove’s Gutter.

Tu as donc refusé  de vendre ton âme à l’industrie musicale?
Je n’ai pas besoin d’eux et ils ne veulent pas de moi : tout le monde est content ! Je ne veux pas entrer dans leur jeu, ce sont des menteurs, des trompeurs et des batards. J’ai signé mon premier contrat à l’âge de 16 ans, c’était un pacte avec le diable. Mon grand père m’a toujours dit :« Richard, fait attention à ce dont tu rêves, car tu risques de l’obtenir. » J’ai vu de nombreux amis, de très bonne personnes, détruites par le succès et l’industrie musicale. Je suis quelqu’un d’isolé, je veux vivre le plus normalement et le plus décemment possible.

Comment vit-on en étant le plus beau loser de la terre ?
Extatique ! Quelle question bizarre ! C’est l’histoire de l’humanité qui est construite comme ça.  Tu connais seulement celle des gagnants, des beaux, de ceux qui ont du succès. Tu ne sais jamais ce que pensent les gens tristes, seuls et rejetés. Peut-être que j’essaye de changer l’histoire mais ça va me prendre beaucoup de temps !

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