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Archives de Tag: Frédéric Fleury

Epais volume composé de photographies (celles de Fleury) faisant écho à des dessins (ceux de Pidoux), qui se consulte comme un ouvrage fantôme – ou plutôt crépusculaire, dont on aurait ôté quasiment tous les corps (comme un miroir négatif du récent Hillbilly Heroin, Honey), histoire de saisir une vie à l’abandon : vie organique ou urbaine, peu importe. Ce qui est tissé dans ce livre, c’est un dialogue à trois : entre les deux auteurs et leur vision d’un monde qui se défait et dont les images les plus vives n’ont plus d’identité formelle. Photo ou dessin ? Peu importe, ce qui compte, c’est la dévastation, des paysages et des sentiments.

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Deux nouvelles livraisons de Frédéric Fleury, dont le récent La Nature des Choses est un de mes livres préférés de 2010. Gros Noir est un petit zine que l’on peut se procurer chez Fleury, aux Editions du 57. La Passion du Bois est édité par Blanquet et on y voit beaucoup de bites encastrées dans des bouts d’arbre. Voici l’explication, lumineuse, que Frédéric Fleury envoyait l’autre jour par mail, suite à une question de ma part sur ce livre :  » ce qui m’intéresse là dedans bien au delà du fait de simplement dessiner des bites c’est le burlesque des situations, des postures. Ce que ça inflige aux corps, ce qu’on peut inventer pour prendre du plaisir ou pour souffrir. On est dans ce siècle de la surenchère du sexe, on ne suce plus une bite, on se l’enfonce dans le plus profond de la gorge jusqu’à en vomir, on se fait baiser par des machines, on s’enfonce des canettes de bières dans le cul. C’est assez triste tout ça je trouve. Ce bouquin parle de ça, de manière ironique, dérisoire, poétique aussi je crois avec un espèce de retour à la nature un peu désespéré. Du point de vue du dessin ce qui m’a fait marrer c’est aussi simplement de partir d’une idée et d’un titre pour le décliner sur 36 ou 38 dessins et puis à la fin il n’y a plus rien, juste le paysage comme si on avait rêvé ou fantasmé tous les dessins et les situations qu’on vient de voir. »

 

 

J’ai posé quelques questions à Frédéric Fleury à propos de son nouveau livre, paru chez les Berlinois Bongout. L’ouvrage est splendide, tout en sérigraphie, limité à une centaine d’exemplaires. On y retrouve les obsessions du dessinateur, sous forme d’un bestiaire assemblé ici comme une longue suite de figures à mi-chemin entre le monstrueux et le mélancolique. Voici ses réponses, que j’agence sans mes questions : ce qu’il raconte peut s’en passer, je crois. 

« Quand on a fait l’exposition Frédéric Magazine à Berlin dans la galerie de Bongoût, Christian Gfeller et Anna Hellsgard m’ont confié leur désir de faire un livre de mon travail en sérigraphie. A partir de là, j’ai travaillé dans cette direction en mettant de côté un certain nombre de dessins qui me semblaient être adaptés à cette technique. Je leur ai ensuite donné une maquette, des indications précises et un peu plus de 80 dessins, au final et en fonction de ce qu’ils pouvaient et avaient envie de faire, ils ont choisi de recomposer avec cet ensemble. On a obtenu un objet assez éloigné de ma proposition de départ mais qui est assez remarquable par ce qu’il donne à voir et à comprendre.

La monstruosité est très présente dans mon travail.
Fabrice Hybert disait à ce propos : « Ce n’est pas l’étude des monstres qui m’intéresse mais plutôt la découverte de nouvelles possibilités de monstres, trouver à l’intérieur des systèmes existants (la peinture par exemple), les moyens de la monstruosité. »
Je crois que c’est ça pour moi, transposé au dessin.
Le monstre comme outil d’expérimentation graphique c’est vraiment sans limite, on peut tout se permettre, on peut surprendre à l’infini et ça permet de réinventer son dessin sans arrêt.
Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve ça chez des dessinateurs qui me sont proches ou chers, comme Hegray, Carreyn, Lock ou Sadler.
A un moment donné, dans un travail de représentation, quand on pousse son dessin je crois que le monstre, ou la monstruosité finissent par s’imposer – ou en tout cas pendant un temps – comme un vrai espace de liberté.
Et puis ça m’a toujours fasciné, Franquin dessinant ses monstres par exemple c’était pour moi l’excitation absolue quand j’étais gamin, c’est là que son trait était le plus libre, j’ai passé des heures à essayer de le copier.
Je viens de terminer un livre pour United Dead Artists (Stéphane Blanquet) où je n’ai dessiné que des gens, des humains je veux dire et un autre pour FLTMSTPC (Stéphane Prigent) qui n’est fait que de monstres à l’aquarelle.
J’ai le sentiment que je fais un aller retour constant entre ces deux univers et que l’un me ramène à l’autre.
Le travail de représentation que je mène avec mes élèves depuis maintenant trois ans repose aussi sur cette idée et véritablement on n’en voit pas le bout.
Concernant le titre du livre, je pourrais te parler de quelque chose de très philosophique, voire scientifique, d’une sorte d’ultime représentation des êtres et des choses qui les entourent mais c’est finalement une idée beaucoup plus simple.
Je crois que ça parle d’une sorte de sentiment d’impuissance que je ressens face à la vie, les choses sont telles qu’elles sont, imposées à nous et on qu’on le veuille ou non, il faut faire avec.
Ce n’est pas du fatalisme ou du pessimisme, mais plutôt une manière de couper court à la discussion, quelque chose d’indéniable.
« Prendre sa vie en main » c’est le truc le plus drôle que j’ai entendu, on peut interagir c’est certain, on peut faire des choix mais on est très vite limité quand il s’agit de ce qu’on nous a donné au départ.
La nature des choses, c’est vraiment pour moi l’idée que chaque dessin présente un personnage dans un cadre qui lui correspond et qu’il y effectue ce pour quoi il est destiné.
Dans l’espace du livre, ces espaces se chevauchent, les personnages se font face ou se tournent le dos, s’adressent ou pas au lecteur, ça raconte quelque chose dont l’interprétation est libre mais la sérigraphie, la différence apportée par les couleurs ou les papiers renvoient à une certaine forme de solitude.
Le livret central est en ce sens plus anecdotique mais il offre un espace de respiration que je ne trouve pas inintéressant étant donné que le livre était chapitré au départ. »

http://www.bongoût.com/

Frédéric Fleury vient de sortir un nouveau petit livre de dessins, où l’on voit un bestiaire  de monstres  SF, entre afro-futurisme, chutes de Star Wars, storyboards pour SanKuKai… Il a bien voulu répondre à quelques questions à propos de ce livre, par mail.

Comment est née l’idée de Creux ? Il y a beaucoup de SF dans ce petit livre : quelles en ont été les sources ?
Creux est une introduction, ça fait un bon moment que je tourne autour de cette idée de science fiction et c’est vraiment quelque chose que j’ai envie de développer de manière plus conséquente.
J’ai commencé à aborder l’idée avec mon zine chez Nieves et je me sens vraiment à l’aise dans ces univers.
Obnivorious c’était une sorte d’élipse, quelque chose qui parlait de mondes sous-terrains, Creux remonte à la limite de la surface dans un monde chamboulé.
On a enlevé un peu de matière et du coup l’allure générale du terrain en est modifiée.
Concernant mes sources elles sont finalement bien plus cinématographiques que graphiques, je regarde beaucoup de Science Fiction et ce, depuis toujours.
Je me suis pas mal intéressé à l’histoire de Roswell et du projet Mogul récemment mais finalement je me rends compte que je me repose assez peu sur des sources pour travailler.
J’ai une idée et ce qui va l’alimenter est finalement complètement divers et épars, il n’y a pas de liens évidents. Les choses arrivent de partout et sont modifiées pour servir mes idées. En ce moment par exemple je travaille beaucoup en regardant l’intégrale des Moomins avec ma fille.

Comment situer ce livre / zine par rapport à tes précédents ? chaque livre est-il l’exploration d’un thème, d’une technique ?
Creux est l’enfant d’Obnivorious et il sera le père de « projet Mogul » ou de « La nature des choses ».
J’essaye de faire avancer mon travail de dessin, je me laisse guider par ce que je découvre graphiquement en essayant de me renouveler au maximum. Je travaille souvent sur plusieurs séries en même temps, variant d’une technique à l’autre, ensuite je retravaille la cohérence des ensembles. Chaque livre consigne généralement une série, c’est plus un aboutissement qu’une exploration parce qu’il y a vraiment cette idée de pousser jusqu’au bout, d’arriver à une sorte d’épuisement.
Concrètement je me rends bien compte que j’ai encore beaucoup de choses à dire avec le noir et blanc mais tout au moins j’arrive au bout d’un souffle et il me faut reprendre un peu ma respiration avant de continuer.

Plus généralement, comment définis-tu l’esthétique qui préside aux livres publiés par les Editions du 57 que tu tiens avec Emmanuelle Pidoux ?
Je crois qu’on travaille vraiment à l’envie avec des gens qu’on aime et dont on aime le travail.
C’est un truc important pour nous cette notion de plaisir et je crois que les artistes et les lecteurs le ressentent. On fait tout à la main consciencieusement, on accorde une grande importance aux papiers, à l’impression et on se retrouve avec des objets un peu fragiles et rares. Je suis très content de la petite collection qu’on a entamée il y a un peu plus d’un an, je sais qu’elle ne plaît pas à tout le monde mais je suis heureux de pouvoir proposer cet espace et je crois qu’on arrive à créer encore des choses surprenantes avec un modèle de base quasi unique.
C’est agréable d’entendre des artistes nous dire que le livre qu’ils ont fait chez nous reste leur préféré.
L’édition c’est vraiment quelque chose qui fait partie de notre travail artistique à tous les deux et personnellement je le vois comme une respiration dans mon travail de dessin.

Ces dessins sont pris sur la page Flickr de Frédéric Fleury. Ils figurent parmi les derniers postés là. Et j’y vois ce que j’aime le plus dans l’oeuvre de ce dessinateur : une vision du monde tout à la fois angoissante et enfantine, pétrie de SF et d’onirisme, de Lovecraft et Ballard, de Star Trek et Philip K. Dick. J’y vois aussi des échos de Mat Brinkman et de quelques monstres fantasmés. Ce soir, je regarde et subtilise ces dessins entre un disque live de Philip Jeck et un album de Barn Owl, qui déteignent forcément sur ce que je vois – à moins que ce soit l’inverse : les images et les visions de Fleury dictent une direction à la musique, celle d’un moment passé à côté du réel, hors du monde, tout contre lui.

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Pour la sortie du troisième numéro de Frédéric Magazine, l’espace Beaurepaire accueille une exposition (organisée par la galerie itinérante Arts Factory) qui présente la matière de ce nouvel ouvrage, présentée différemment : comme un regard oblique sur ce qui compose un livre, sur la manière de montrer un dessin, imprimé ou accroché. Explications et interview par ici.

Deux livres pris à Angoulême et édités par l’Employé du Moi, maison de Bruxelles plutôt intéressante et ludique. Le premier livre est du dessinateur Frédéric Fleury et fait suite à un précédent ouvrage du même nom, mêlant dans une veine autobiographique, des anecdotes intimes et des vignettes quotidiennes, plutôt drôles et incisives, souvent sans effet de manche, parfois tombant à plat, parfois touchant au coeur. Un peu comme dans la vraie vie. Ici, le plus étonnant, c’est le sens du rythme, le découpage, le montage de ces pages, qui défilent comme des instantanés que l’on soupçonne à peine liés entre eux, mais qui se découvrent au fil de la lecture de vraies affinités, d’indicibles échos. Mêle si je préfère le travail de dessin de Frédéric Fleury, que je trouve plus immédiatement fou, il y a quelque chose de tout à fait saisissant dans les deux volumes de C’est Triste, qui pointe un peu de la condition humaine, de l’absurde et du banal. Un peu ce que soulève aussi le Phase 7 de l’Américain Alec Longstreth, qui faisait figure dans les couloirs d’Angoulême de bûcheron barbu perdu, cousin de Will Oldham ou Neil Young. Son livre est issu d’une série de comics auto-édités et autobiographiques. On y suit, notamment dans une histoire centrale assez prenante, les pérégrinations de l’auteur dans sa quête pour devenir, justement, un auteur de comics. Drôle, modeste, pointilleux, le livre offre une vision de l’esprit humain pris dans son travail, dans son désir de se sublimer, de dépasser sa condition pour atteindre un statut à part. Hanté par son art et sa pratique, Longstreth nous renvoie à nos propres angoisses, à nos peurs de ne pas parvenir à être nous-mêmes.

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