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Archives de Tag: Sun Araw

Depuis une poignée d’années, Sun Araw fait partie des artistes que j’aime suivre, écouter et défendre. Son précédent album, On Patrol, était un des plus intrigants, beaux et paranoïaques sortis de l’écurie Not Not Fun et de L.A. – Son nouveau, Ancient Romans, est moins urbain, mais tout aussi hanté et entêtant. Je lui ai envoyé quelques questions. Une partie de ses réponses, qui commentent le son de son nouvel album, est ci-dessous et l’autre, plus longue, est surle site de Vogue.

Ancient Romans est votre 5ème album (si on ne compte pas vos cassettes et les disques de Magic Lantern) : vous rappelez-vous encore de ce qui vous a poussé à faire de la musique et des disques ?
Vous savez, je suis très fier de ce disque. C’est un disque qui vient vraiment du fond du cœur, composé à une période d’épanouissement spirituel intense, et l’édition vinyle est un très bel objet. Je crois que je n’ai jamais été aussi proche de faire le disque que je voulais faire, au niveau de son apparence, comme de son atmosphère sonore. Mais je n’ai pas encore senti de changement dans ma musique. J’ai eu ma part de brûlures et de démêlés avec le côté obscur du monde de la musique, mais il est très facile d’ignorer ces trucs parce que les principes qui m’animent et qui me poussent encore à faire ce que je fais n’ont rien à voir avec ce monde.

L’orgue est très présent dans votre musique et lui donne une texture bourdonnante : quel plaisir retirez-vous de cet instrument ? Est-il aussi important que la guitare ? En fait, quels sont les instruments présents sur cet album, et qu’apportent-ils à vos morceaux ?
J’adore les orgues, surtout les orgues numériques et leur puissant mélange de sons organiques et synthétiques. J’ai un Farfisa que j’utilise quasiment tout le temps. Il y a toute une gamme d’instruments différents sur cet album, ce qui est très utile pour rafraîchir votre manière de voir.  En jouant d’un nouvel instrument, c’est comme si vous mettiez un nouvel obstacle sur votre chemin. Cela vous force à chercher des moyens de le contourner, de manière créative, c’est un processus très énergisant.

Sur Fit For Caesar, il y a un son de flûte très beau qui semble à la fois naturel (comme s’il était joué sur une vraie flûte) et synthétique (comme s’il venait d’un synthétiseur) : avez-vous l’impression que votre musique cherche à brouiller les perceptions, créer une zone où les sens et les choses ne sont pas clairement définis ?
J’aime l’idée que l’auditeur ne sache pas exactement d’où viennent les sons. J’ai récemment rencontré un type qui pensait que toute ma musique était composée de samples. Je n’ai aucun sampler, tous les sons sur les disques de Sun Araw viennent d’un véritable instrument véritablement joué, sauf quelques sons tirés d’enregistrements sur le terrain, ici où là. Mais cette flûte est synthétique. Voilà, j’ai tué le mystère. Je ne sais absolument pas jouer de la flûte.

Dans Lute And Lyre, il y a une ligne de guitare très agréable et clairement mélodique qui se détache du reste, à un moment : pouvez-vous me raconter un peu comment ce titre vous est venu à l’esprit ?
Ce morceau en particulier est parti d’une impro avec mon ami Nick, je jouais de ce clavier aérien, tout en contrôlant une boîte à rythmes et une basse automatique intégrées dans un vieil orgue, il était à la batterie. La guitare a été ensuite réenregistrée, je crois, mais elle a tout poussé dans une direction différente, comme si elle avait été à l’autre extrémité du spectre. Toute la chanson s’est construite comme un jeu entre ces deux élans contraires, ce truc mélodique traînant et quelque-chose d’un peu plus psychédélique et texturé.

Une dernière question sur le nom de Sun Araw : à quoi fait-il référence ? Sun Ra ?
C’est un hommage à peine déguisé à un véritable héros de la vie inter-dimensionnelle. Mais aussi « araw », en tagal, veut dire « soleil » ou « jour », le JOUR du SOLEIL : le repos sacré.

Le plus beau son en ce moment, en cette année pleine d’une chaleur étouffante et moite, c’est celui qui surgit très régulièrement de la Côte Ouest des Etats-Unis, du label Not Not Fun, où l’on retrouve Pocahaunted (qui n’existe plus dans sa forme originelle et sans doute plus sous ce nom non plus). Le son de ce label m’obsède en ce moment de la même manière que le font depuis quelques temps les images de palmiers : j’ai l’impression d’en voir partout, qui me rappellent à la fois Miami Vice et Beyrouth. Des palmiers, il y en a plein sur les pochettes des disques de Not Not Fun, sur le rond central de l’album de Ducktails, sorte de pop instrumentale planante faite sans doute dans une cave sous air conditionné. Il n’y en pas d’apparent sur celle du nouvel album de Sun Araw, Heavy Deeds, mais il y a néanmoins sur ce disque toute la lumière qui accompagne généralement l’apparition de palmiers. Une lumière artificielle, groggy et éblouissante, qui fait sonner la musique comme un rêve diffracté, un champ de possibles sonores et de rêveries portées par des guitares, des orgues, des percussions de pacotille, des voix étouffées, organisés ensemble comme s’ils surgissaient de l’inconscient de Brian Eno. Le morceau d’ouverture de l’album est une litanie soûle qui s’incruste dans la tête avant même que l’on s’en rende compte : elle est là, pour durer. Il y a aussi des milliers d’autres disques (ou plutôt une poignée de dizaines, deux cents ou un peu plus) sur ce label. Il y a le double album de Raccoo-oo-oon, groupe dévasté de psychédélisme minéral et dont on dit qu’il n’existerait même plus alors même qu’on le promettait à bien mieux encore. Tant pis pour nous. Sur Not Not Fun, il y a aussu des cassettes qui s’épuisent très vite et là, la chance a fait que sont tout de même arrivées deux des plus récentes : l’une est un enregistrement live de Pocahaunted (le dernier, dit-on, sous ce nom) et l’autre est d’un inconnu, Rangers, dont on dit qu’il serait une sorte d’Ariel Pink nouveau. On en reparle bientôt, vite, avant la chute des palmiers, au moins, au plus.

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