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Archives Mensuelles: octobre 2011

On oublie trop souvent l’importance de certaines personnes passées dans une vie, puis ressorties trop vite : et l’on ne parle même pas ici d’histoires amoureuses, on pense essentiellement à quelques artistes, musiciens, qui ont bouleversé nos oreilles, nous ont fait croire au messie, avant de disparaitre, remplacés par d’autres prophètes éphémères. Pole, l’espace de 3 ou 4 albums, était le plus fidèle des compagnons, menant la musique vers son épine dorsale, faite de craquements et d’échos, de peu d’autres choses. Evidemment, de loin en loin, il était toujours là, mais, aujourd’hui, ce nouveau maxi réchauffe profondément notre amour pour lui. Renouant avec cette façon tout électronique de diluer le temps en y ajoutant des grains de bois fendus, des sonorités qui craquent (comme des doigts, comme des vieux livres au papier qui se fige). Ici, trois morceaux aux rythmes gelés, confits, mais en même temps, très élevés, pointant vers une énergie nouvelle, une joie retrouvée. Celle de se promener dans les bois ? C’est un peu cela, peut-être, qui se joue ici : le sentiment de perte entre des arbres que l’on connait mais qui forme un labyrinthe dont on n’a jamais retenu le chemin de sortie, de peur d’arriver en s’en extirper. Restons coincés là, on y est bien, à défaut d’être mort ou vivant.

Depuis ses débuts, la musique de High Wolf tend vers une forme d’élévation psychédélique, comme aiguisée et brûlée à même la chair, histoire de transmettre à travers elle des histoires d’un autre monde, d’un ailleurs différent, entre passé sacralisé et futur hanté. Chaque disque traverse ainsi l’esprit comme pour mieux l’électriser et celui-ci, tout nouveau, ne déroge pas à la règle, mais le fait avec une amplitude différente. Sous sa pochette piquée à un album Hare Krishna vintage, sorti dans les parages du label Apple des Beatles sous influence George Harrison, Atlas Nation ne joue pas tant la sérénité que la tension, bâtie en tenant entre eux des rythmes salis et des guitares cinglantes, qui vibrent ensemble tout en laissant passer de l’air entre les masses virales. Et c’est cet air qui semble neuf ici : High Wolf avait habitué à densifier ses compositions, à les saturer jusqu’à l’os, comme pour les rendre opaques. Ici, les brumes se défont pour laisser une lumière poindre sur ce qui se déroule vraiment entre la tête et les mains du musicien. Pour laisser la musique tourner, installer transe et hypnotisme, dérouler des échos d’un ailleurs fantasmé, dont la saveur tient du rêve éveillé plutôt que de l’exotisme.

Parmi les disques marquants de l’année, au moins par ici, il y a l’album de Stare Case, exercice de réduction blues qui n’arrête pas de tourner, pointant ce qui se dévoile lorsqu’on retire le bruit le plus immédiat : de la lenteur, de l’abnégation. Et puis il y a ce nouvel arrivé : Hazed Dream de Psychic Ills, groupe qui n’en est pas à son coup d’essai, mais qui, invariablement passe inaperçu par ici. Pourtant, après des débuts sous influence Loop, Psychic Ills a développé un son bien à lui, entre lysergie et amour blessée, orientalisme planant et électricité défoncée, entre Spiritualized moins lyrique et groupe psyché vintage mineur. En quelque sorte, la matrice de leur son semble provenir droit de Recurring, dernier album de Spacemen 3 et notamment de sa face B, dévolue aux compositions de Jason Pierce, qui y testait déjà, en plus lo-fi et blues, des idées que l’on retrouverait dans Spiritualized.
Le concert de Psychic Ills à Bordeaux, il y a presque trois ans était une révélation de psychédélisme spirituel, visant quelque chose d’à la fois lent et prenant, comme une cérémonie pour faire danser d’anciens morts. Chaque disque construit ainsi leur vision d’un rock en expansion, qui ne cite ses influences que par la bande, donnant ici et là dans le revival, mais, au final, sonnant comme le travail d’un groupe habité par cette idée d’une transcendance par la musique. Et ici, sur ce nouveau disque, leur musique fait preuve d’un ralentissement tout inspiré, mené par un chant qui s’impose sur  comme l’élément le plus tranchant ou en tout cas le plus audible : les chansons apparaissent, les paroles prennent l’espace, les histoires se forment. Les influences orientales sont moins présentes, les morceaux sont plus concis, moins éthérés. L’ensemble n’en a que plus de force, moins d’exotisme, davantage de clarté et s’écoute en longueur, profondément. Hazed Dream est sorti sur Sacred Bones, label de New York, dont on pourrait facilement recommander chaque disque et qui vient de sortir un 45 tours tout aussi recommandé de Woods, excellent groupe tout aussi psychédélique mais un peu plus folk et pastoral que Psychic Ills.

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