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Sorti récemment et passé quasi inaperçu, un coffret édité par Vinyl On Demand permet d’entendre des bandes du groupe Kluster datant des années 1969 à 1973. Comme les deux autres coffrets ( un sur Water en CD, un sur Qbico en vinyle) et deux CD (sur Important records) sortis à partir des archives de ce groupe allemand, les informations sont minimales : pas de date précise, pas de titres de morceaux, pas de personnel précisément cité, pas d’instruments donnés non plus. Les pochettes qui se trouvent dans le coffret ne disent pas grand chose : un dessin pop sur le recto, un texte de souvenirs souvent impressionniste ornent chacune des quatre pochettes doubles. Au total, huit vinyles qui ont l’air sortis de nulle part, plutôt que de l’Allemagne des seventies kraut. De Kluster, on connaissait bien les deux albums sortis à l’époque et encore récemment réédités par le label Bureau B. Ici, les surprises abondent dans tous les sens : à partir d’une esthétique très fermement installée, tournant autour d’un son très ralenti, joué doucement, le groupe entonne plusieurs vignettes qui penchent vers le son improvisé des Anglais AMM ou encore vers les moments les plus planants de certains de leurs contemporains, mais plutôt ceux de la musique expérimentale. Du groupe, on est à peu près certain qu’il incluait toujours Conrad Schnitzler, grand expérimentateur qui aura ensuite une carrière très prolifique. Mais, surtout, ici, ce qui pose question, c’est la façon dont la musique doit être écoutée : comme un document d’archive ou comme une collection très contemporaine ? Car, enfin, cette musique aurait pu être produite, composée, improvisée aujourd’hui. Avait-elle de l’avance sur nous ou est-ce notre époque qui retarde sans le savoir ? Impossible à dire. La seule certitude est que ce coffret comme celui, splendide, de Can (the Lost Tapes) dit une chose : la modernité musicale est née en Allemagne et elle continue à nous envoyer ses étranges et très hypnotiques photos de famille, à la manière de pellicules d’époque développées trente ans plus tard et qui dévoilerait après coup un charme d’une jouvence inouïe.

En ce moment, je réécoute avec frénésie les premiers albums de Kluster et de Cluster. La différence entre les deux groupes ? Le premier, avec un K, est un trio tandis que le second, avec le C, est un duo – ou plus exactement, il s’agit du premier trio sans un de ses membres, Conrad Schnitzler. Or, après avoir longtemps adoré Cluster, le duo, je découvre progressivement l’oeuvre
de Schnitzler, qui a publié un grand nombre de disques (je cherche les deux premiers, surtout Rot ou Red : ne pas hésiter à me le proposer si vous l’avez en vinyle et que vous n’en faites rien…). Certains enregistrements de la fin des années 60 ou du début des années 70 sortent tout juste. L’an dernier, il y a eu deux live sublimes de Kluster (mais cette fois dans une formation différente : Schnitzler et deux autres musiciens qui ne sont pas ceux de Cluste – tout le monde suit ?) que j’écoute vraiment religieusement et figurent parmi les plus beaux disques de 2008, avec 30 ans d’avance (même s’ils datent d’ailleurs d’il y a 30 ans). Et le label italien Qbico réédite des bandes de Schnitzler dont ce Silver toutjuste sorti et qui est un petit sommet de la musique électronique en chambre, tournant autour de recherches sonores mais avec une étrange habileté pop. Il y a là un peu de techno primitive, un soupçon de mélodies synthétiques, une énergie communicative. Cinq morceaux qui pourraient n’être qu’un seul, une unique progression, qui m’évoque tout autant Tangerine Dream que New Order, à la manière d’un chainon manquant, un bout d’ADN retrouvé tardivement.

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