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Archives Mensuelles: avril 2011

Après de beaux albums ravagés de Sister Iodine et Macronympha, le label Premier Sang, mené comme une belle fronde par Hendrik Hegray, sort un disque de techno, que l’on aurait presque envie de qualifier de pure, tant l’exercice fait songer à une pépite retrouvée dans les décombres du Detroit des années 90. Quatre morceaux qui martèlent un futur que l’on pensait perdu à jamais, mais ressuscité ici à la façon d’un phénix forcément archangélique dont on voit se dessiner au fil de l’écoute, les contours décapés. Les machines, se dit-on, ne meurent jamais.

On pourra toujours chercher ailleurs, se dire que d’autres ont rattrapé le temps et le terrain perdus, que Menu s’est fourvoyé ici ou là, mais rien n’y fait : l’Association continue à éditer les livres les plus immédiatement excitants, fascinants de la bande dessinée en France. Cela, bien sûr, avec Cornélius et, plus récemment le Lezard Noir. Mais, quelque chose se distingue vraiment dans les livres de l’Association, qui malgré une grève récente quasi sanglante, sont toujours porteurs d’une forme singulière : à les voir, on ajuste envie de les lire, de passer du temps en leur compagnie, mais aussi de ne pas les épuiser trop vite. Parmi la nouvelle livraison, trois romans graphiques immédiatement fabuleux : le premier livre de Matthias Picard, qui renvoie tous les clones de Joann Sfar jouer aux billes dans une cour de récré mal oxygénée, tant il semble dire qu’il est l’un des vrais premiers jalons d’une nouvelle génération qui a digéré ses aînés et n’en fait qu’à sa tête, pas à la leur (Nine Antico l’a précédé, dans la même veine, de deux livres). Ensuite, il y a un livre toujours déjanté de Jim Woodring qui réinvente à chaque nouvelle passe l’idée même du psychédélisme dessiné. Puis, pour finir, un petit livre  de Jochen Gerner : si fragile qu’on a envie de le glisser en poche, d’en faire un objet de mystère personnel qui servirait de guide à travers la vie, un peu comme ses souvenirs servent de guide à Patrick Modiano dans ses romans. Explicitement, Gerner poursuit là son travail sur la violence et ses émanations les plus bruyantes ou visibles. Implicitement, il livre un ouvrage impressionniste et noir, qui invoque une géométrie virtuelle de la peur : on serait Rahan, on s’en servirait comme coutelas de papier pour nous donner des indications, des flèches, des chemins à suivre, au hasard d’une géographie de BD brute.

Les peintures de Stu Mead sont belles, folles, dérangées, classiques, déconcertantes, choquantes, douces, jamais désenchantées, aux bords d’un précipice, toujours. Ce peintre, ignoré, exilé à Berlin, expose ces jours-ci au Monte-en-l’air à Paris et sort un livre chez le Dernier Cri. Ne pas oublier d’y aller.



L’exposition consacrée par la galerie Martel à Gary Panter ouvre jeudi 28 avril au soir. J’ai eu la chance d’y faire un tour tandis que Gary Panter préparait sur place une large toile inédite, faite sur place. Voici quelques photos prises sur le vif, en attendant d’aller voir sur place : ce qui est montré est proprement bouleversant. Sans oublier les deux livres édités à l’occasion par United Dead Artists, eux aussi très réussis.

Une de mes bandes dessinées préférées des années récentes sort en VF chez le Lézard Noir, qui s’impose vraiment comme un éditeur singulier, à la fois à la marge et en plein coeur de ce qui se fait, ces jours-ci, de plus excitant et intéressant dans le genre, entre la France, les Etats-Unis et le Japon. Tonoharu aurait pu paraitre chez l’Association ou Ego Comme X ; son récit aux marges de l’autobiographie met en scène un jeune homme américain expatrié au Japon, pris dans sa propre différence, ses errements d’étranger, sa place si particulière dans une société qui n’est, essentiellement, pas la sienne. Lars Martinson rend tout cela avec une grâce très nostalgique, une tonalité et un esprit sépias qui font penser aux disques délicats de Jim O’Rourke, emplis d’une tendresse salvatrice. Ici, le récit n’est pas terminé, une suite est annoncée, mais, au fond, on se contente déjà à merveille de ce livre plein d’une atmosphère qui donne envie d’aller là-bas pour savoir comment l’on s’y sent, étranger.


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