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Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de faire ce livre ? Etait-ce une commande de l’éditeur ?

J’ai montré une série de dessins en couleurs, non publiée, à Benjamin Sommerhalder, de Nieves, qu’il a aimés – suffisamment en tous cas pour me proposer de sortir un nouveau livre chez eux. Il m’a donné les dimensions et le nombre de pages (les mêmes pour tous les ouvrages de cette mini collection). Je pense qu’il s’attendait à ce que j’adapte la série de dessins que je lui ai montrée à ce format mais j’ai préféré dessiner un nouvel ensemble d’images directement pensées pour le format des doubles pages.

La couleur est un des éléments frappants du livre : est-ce une nouvelle technique à explorer ?

En fait j’ai acheté des nouveaux feutres à alcool qui me plaisent beaucoup et ces dessins sont en partie le résultat de ce nouveau plaisir.

J’utilisais aussi beaucoup de couleurs en bombe dans mes sculptures, et maintenant que je fais moins d’objets et d’installations, faute de place, la couleur arrive massivement et de manière presque automatique dans mes dessins.

Tu dessines des paysages moins abstraits qu’avant, mais qui demeurent pourtant assez surréels. Qu’est-ce qui t’inspire lorsque tu les conçois ? Est-ce que tu sais par avance ce que tu vas dessiner ?

J’ai quelques idées un peu théoriques et fumeuses sur la représentation des volumes, l’imbrication des plans, l’utilisation des motifs, l’absence d’ombres, l’image comme objet / l’objet comme image, … que j’essaie de retravailler à chaque nouvelle série. J’essaie d’être à chaque fois plus ambitieux dans l’articulation de ces questions qui m’excitent et m’amusent assez, en fait.

Ensuite il y a un livre de photos des monuments de Rome, qui date des années 30, et que j’ai trouvé à la librairie Grand Guignol, à Lyon. Les photos dans ce livre sont retouchées de manière à faire disparaître les piétons et les touristes des ruines, ce qui donnait une sensation d’absurde qui me plaisait beaucoup.

Enfin, la référence la plus claire est celle faite à De Chirico (le DC du titre = De Chirico). J’avais cette idée d’un projet d’urbanisme futuriste et inutile, faite de bâtiments en ruine dont les habitants seraient absents par définition, l’utopie sociale comme décor pur, une sorte de contresens. Ça n’est plus si clairement défini au final, mais j’aimais bien ce nom de « De Chirico 3000 », qui m’évoque une sorte de projet de ville en carton-pâte et en hologrammes, donc je l’ai gardé.

Le « Born Again …» est ironique. Il cite entre autres le « Born Again To Die » de Sick Llama, un bon disque de bruit – j’aimais aussi la tonalité très exaltée que ça pouvait apporter.

Ce livre, d’après son titre, fait partie d’une série. Peux-tu en expliquer la raison et le concept ?

Il s’agit juste de mes ouvrages conçus en solo. Ffor, c’est « F pour … », un projet d’inventaire du monde par la lettre F. Finalement, je n’ai jamais réellement appliqué ce principe, sauf pour le premier numéro, et encore, de manière détournée : « F for Ghosts Masks » (Ghosts = fantômes, donc indirectement, ça donne F pour fantômes, c’est très tiré par les cheveux, je sais). Je me suis dit ensuite, que par essence, le mot fantôme n’avait pas à apparaître, donc c’est devenu juste Ffor. Les premiers numéros ne sont pas très bons, et ont heureusement été édités en très petites quantités.

Où en es-tu avec les collages et la photo ?

Je collectionne les catalogues d’ameublement (comme celui d’Habitat) et les numéros de magazines d’archéologie que je découpe consciencieusement. Je continue à assembler des images entre elles mais j’ai du mal à envisager un projet éditorial cohérent autour de mes seuls collages papier.

Par contre, j’ai réalisé la conception graphique d’un catalogue sorti aux Editions de l’Ensba, uniquement composé de montages informatiques réalisés à partir de photos et d’images vidéos et ça m’a ouvert quelques perspectives. Je prends pas mal de photos dans l’idée d’une sorte de catalogue d’œuvres qui n’existent pas, avec beaucoup de plantes, des images de jardins, de potagers.

Ça me fait penser à cette idée qu’on avait eu avec Hendrik de faire un film. Je voulais que ça soit un film de zombies dans un potager, justement – filmé comme à travers une sorte de webcam placée là et qui nous permettrait de suivre les changements végétaux liés aux saisons, les zombies ne feraient en fait que traverser l’écran et constitueraient au final une « toile de fond », comme si le décor devenait le sujet réel. Il y avait aussi ce projet de raconter l’histoire de la peinture à travers des pizzas filmées en plongée et qui tourneraient comme les disques d’un DJ. D’une certaine manière, c’est aussi des collages, mais maintenant que j’en parle, c’est un peu foutu, on ne le fera jamais.

Que retiens-tu de ta participation à Frédéric Magazine 3 ? Et de ton livre avec Andres Ramirez ? En quoi la collaboration a-t-elle ultérieurement influencé ou modifié ton propre travail ?

Pour ma participation à FM3, il s’agit surtout d’une commande de Stéphane (Prigent), qui m’a proposé de participer à « son » chapitre. Il n’y a pas eu des masses de discussion : j’ai bossé à fond sur une série cohérente et qui pouvait s’inscrire dans leur projet. Ça leur a plu et ça colle assez avec le chapitre en question, notamment avec les dessins de Yu Matsuoka, que j’aime beaucoup. Il me semble qu’il y a une unité dans ce chapitre.

Le livre avec Andres est un drôle de truc. Je suis content que Bartolomé de Kaugummi l’ai sorti, parce que je ne crois pas que ça soit un objet très glamour, très facile ou même très joli. Je connais Andres depuis quelques années maintenant et j’aime beaucoup ses dessins, depuis longtemps. J’étais très impressionné par ses piles de cahiers remplis de dessins et j’étais persuadé qu’il fallait en faire quelque chose. On a sélectionné des ensembles cohérents parmi ses nombreuses séries de dessins que j’ai associés à des images que j’ai réalisées dans cette perspective, un catalogue de design pauvre, plat et gris, plein de globes aveugles et de trames maladroites. J’ai ponctué le tout avec des images de ruines, qui nous inspirent tous les deux. On a de toute façon des recherches parfois très parallèles : la sculpture dans le dessin, une humanité absente, l’intensité de la destruction et du vide, etc …

Depuis je l’ai invité dans Nazi Knife et je pense qu’on retravaillera ensemble, même s’il est beaucoup plus rapide et prolifique que moi.

De manière générale, je me nourris beaucoup de mes collaborations. Je pique un paquet d’idées, pas forcément formelles d’ailleurs, mais des attitudes, une liberté de ton, une acuité – enfin j’essaie. J’ai toujours le sentiment d’être une éponge, mais heureusement j’arrive le plus souvent à retravailler suffisamment le matériau d’origine pour que mes vols passent inaperçus.

Dans le cas spécifique d’Andres, je crois pouvoir dire qu’en plus on s’est mutuellement pas mal influencé, j’ai vu comment il a parfois retravaillé des idées que j’ai pu esquisser dans une pièce ou dans un dessin, souvent pour un meilleur résultat que moi d’ailleurs. Donc je n’ai pas de scrupule à lui chourer des choses quand je peux.

Où en es-tu de Nazi Knife ? Quels projets pour le prochain ?

On travaille conjointement avec Hendrik sur les deux prochains numéros de Nazi Knife (NK#6 et NK#7). On va essayer de sortir le #6 à la rentrée, mais donner une date de sortie précise porte un peu malheur.

Des textes d’orientation ont été écris et envoyés aux artistes sollicités, comme des directives parcellaires de la Dharma Initiative – enfin j’aimerais qu’ils les reçoivent et s’en servent un peu comme ça. Il y a une idée générale, une direction plus claire (ou plus unifiée, plutôt) que pour les numéros précédents, qui sera souterraine à l’ensemble du #6. On pourrait dire : un inventaire des objets, des livres et des images qu’on pourraient retrouver dans une cabane de jardin au milieu du désert mexicain en 2666. On a contacté plusieurs artistes, présents pour certains dans les numéros précédents. On peut donc déjà dire qu’on aura probablement des contributions de CF, de Mat Brinkman, de Julien Carreyn, de Leon Sadler, de David Douard, de James Ferraro, de John Olson, etc …

On travaille aussi déjà sur le numéro #7, au personnel beaucoup plus réduit, et qui suivra lui aussi des directions invisibles et contradictoires – les poubelles de la culture vs. l’architecture constructiviste, en gros.

Et puis maintenant que le milieu du dessin est définitivement « cool », on essaie aussi de s’en éloigner. Nazi Knife ne sera pas « cool », ni « sympa ».

Gary Panter, Gary Panter

Serge Clerc, Le Journal

Frédéric Ciriez, Des néons sous la mer

Pierre Maurel, 3 déclinaisons

Ron Regé, Against Pain

William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres ?

Nazi Knife 5

William Langewiesche, La conduite de la guerre

Blutch, le Petit Christian 2

Marti, Taxista

Shoboshobo, Un bonnet d’abeilles

Menu, Lock Groove Comix 1

Posy Simmonds, Tamara Drewe

Blutch, Vitesse Moderne (édition complétée)

Blake Bell, Strange and Stranger, the World of Steve Ditko

Charles Burns, Permagel

Frédéric Magazine vs Bon Goût

John Pham, Sublife

Hendrik Hegray, Pregnant Bitch & Lucifer Rising

Denis Johnson, Arbre de fumée

Kerozen, Geometric Pollution

José Maria Gonzales, Landscape

Mathias Enard, Zone

Jonas Delaborde, Zodiac Grind

John Porcellino, Thoreau at Walden

Frédéric Poincelet, Poésie

Mathieu Sapin, Salade de Fluits

Blutch, La Beauté

Frédéric Fleury, capable du pire

Bastien Vivès, le goût du chlore

C.F., Powr Mastrs

Yoshihiro Tatsumi, l’Enfer

Fabienne Swiatly, Boire

Pierre la Police & Julien Carreyn, Les demoiselles de Vienne

Andres Ramirez

Sammy Stein, Claquettes & dancemusic

Harukawa Namio, Callipyge

Art Spiegelman, Breakdowns

Winshluss, Pinocchio

+

Mention spéciale : Sumimasen d’Isabelle Boinot, à paraitre en 2009.


Le premier est un exercice assez splendide réalisé par Jochen Gerner : exercice sur la langue, le langage et surtout la perméabilité des mots, l’artificialité ou l’absurde des frontières et des catégorisations. Graphiquement, il y a de la puissance et de la simplicité, qui donne hâte de voir ce que Gerner prévoit prochainement : un livre de dessins faits dans le train…

L’autre est un petit fanzine édité par Nieves, dont on peut voir l’expo au Centre Culturel Suisse de Paris jusqu’en septembre. L’artiste, ici, est Kim Hyorthoy dont j’adore les pochettes pour le label Rune Grammofon. Ici, il dessine de manière plus brute et directe, mettant en images quelques scènes incongrues, incluant des éléments un peu décalés qui m’évoquent un lointain cousin de Daniel Clowes et Gary Panter. Certains dessins sont d’une belle puissance, et tout au long du livre, une série de petites phrases décline le titre du livre. Un petit bijou.

Plusieurs livres ces jours-ci, encore plus enthousiasmants que d’habitude (si possible).

Dans le désordre, il y a deux incroyables livres dessins. Celui, juste parfait,
de Charles Burns, édité par Stéphane Blanquet. On y retrouve des dessins rares de Burns, jamais rassemblés ainsi. Le grand format, le noir et blanc, la profondeur de l’encre : tout contribue à recréer l’atmosphère typique des livres de Burns, tout en ayant l’air d’être ailleurs aussi. Il y a ici des travaux de commande qui lorgnent vers un univers plus pop, et surtout quelques hommages assez poignants, comme le dessin de couverture, inédit, qui est une relecture de Tintin. Sa puissance quasi psychanalytique, son détournement de l’univers d’Hergé, méticuleusement reproduit mais aussi savamment piraté dans ses détails mêmes, donne juste envie de lire le plus vite possible la prochaine bande dessinée de Charles Burns.

L’autre livre de dessins, c’est le Lucifer Rising d’Hendrik Hegray, tout à fait à l’opposé des manières de Burns, puisqu’il n’y a, apparemment, presque pas de représentation narrative chez HH. En tout cas, ce livre-ci est une collection de dessins récents (vus à son exposition Bleu Holocauste à la galerie France Fictions il y a quelques semaines à Paris), qui témoignent d’une abstraction résolument tenu, mais qui laisse par moments entrevoir des comme des apparitions du réel, en plein psychédélisme. Il y ainsi, au milieu de figures faussement géométriques mais vraiment perturbantes, en couleurs de feutres bruts, des surgissements soudains de visages, de bouts de sexe, d’images reconnaissables. Lucifer Rising : le titre évoque le cinéaste Kenneth Anger, mais aussi la musique du film du même nom, faite par Bobby Beausoleil (tandis qu’il était, je crois, en prison : on ne s’acoquine pas avec Charles Manson impunément…). Sans préciser s’il s’agit d’une relecture de l’une et / ou de l’autre oeuvre, le livre de HH produit le même effet de confusion des sens, de célébration instantanée du dérèglement du réel.

Plus classiques, quelques autres livres, tout à fait aussi beaux et importants. Celui de Thomas Ott, d’abord. Muet, mais d’une étonnante clarté de lecture, il évoque l’univers des polars désenchantés des annes 40 et 50. L’Amérique qui y est dépeinte est celle des hommes sans avenir, sans horizon et qui se perdent au détour d’un égarement. Et sans doute est-ce cela qui intéresse dans la lecture de ce livre : la manière dont Ott montre comment l’intérêt d’une vie réside dans les rares moments de folie obligatoire. Tout est écrit, semble-t-il dire. Mais, ce qui est écrit, aussi tragique qu’il soit, n’est jamais que le résultat de moments de dérèglement, d’illusions sur soi, sur le monde. Car, même dans un ordonnancement parfait, il reste de la place pour un grain de folie.

Eric Veillé, ensuite, est une découverte : ce petit livre est une succession d’historiettes, qui ne sont ni des gags, ni des récits de vie, mais une étonnante synthèse des deux. Veillé est symptomatique d’une nouvelle génération d’auteurs, très inspirés par les manières géniales de Pierre La Police. Mais sa force, au-delà de l’humour, réside ailleurs : dans le fond de mélancolie que l’on sent bien poindre chez lui, dans chacun de ses récits. Un vrai talent qu’il faudra bien suivre tout en guettant les autres enfants de Pierre la Police.

Il y a aussi le beau livre du jeune Manuel, que quelqu’un a déjà qualifié de musique concrète en BD : c’est exactement cela et c’est juste parfait. Je ne saurais en dire plus.

Enfin, les Ruminations de Frederik Peeters : compilation imposante en 150 pages d’histoires publiées dans des revues ou des magazines. On y voit bien l’évolution de Peeters, l’épaississement progressif de son trait, son hésitation entre le noir et la couleur, son aisance graphique et narrative, sa propension naturelle à se mettre en scène dans des situations assez désopilantes, à la limite de l’embarras, mais toujours, finalement, bien tournées. Rien que pour la couverture, parfaitement frappante, ce livre vaut le détour.

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