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Archives de Tag: Kaugummi

Bartolomé de Kaugummi m’avait proposé il y a quelques mois de faire un zine. Je ne sais pas s’il avait envie que je lui donne des dessins comme ceux d’Impossible, mais j’ai vite eu envie de rassembler des photos prises ici et là, surtout à Beyrouth. Pour finalement choisir des images faites pendant un concert en mai pas loin de Paris, qui avait été une de mes plus belles expériences soniques récentes. Du coup, le zine reprend des images faites pendant une poignée de minutes de ce concert (un flibook ?), encadrées en couve par deux photos prises, elles, au Liban. Si vous le voulez, il est chez Kaugummi et fait partie de la toute dernière livraison de zines de la maison : Kaugummi s’arrête, pour passer à autre chose, et je suis heureux d’en avoir fait partie, in extremis.

Kunlun dont le nom évoquera de jolis souvenirs aux lecteurs d’Iron Fist (ils étaient nombreux dans les années 70 et 80), est sorti sur Winged Sun, le label de High Wolf. Deux cassettes, rassemblées sur un CDR tout juste sorti, donnent le ton d’un ensemble très prometteur, évoluant dans des contrées musicales moins psychédéliques que High Wolf, mais tout aussi psychotropes : ici, on est dans une forme primitive de techno, quasi animale, oscillant toujours entre l’organique et le froid, le monocorde et le démantibulé. Longues plages à l’acidité vermillon, tourneries implacables faites sans doute au fond d’un studio de bout d’appartement endormi, usant à merveille des ressources les plus lo-fi pour en faire quelque chose de quasi céleste, ce disque accompagne à merveille, comme son négatif, l’autre belle réalisation récente de Winged Sun, la cassette de Black Zone Myth Chant. Tout cela s’écoute chez Winged Sun ou Kaugummi.

 

Le travail de Ron Regé Jr est l’un des plus touchants des dernières années, par sa manière de raconter des histoires intimes tout en conservant un trait rugueux. Regé, issu de la génération des auteurs américains apparus après Chris Ware, a fait de nombreux comics où se mêlent naïveté et douleur, insouciance et désespoir, joie sensible et expérimentation graphique. Ses personnages, son trait, ses figures se reconnaissent instantanément : ils ont quelque chose de post-moderne, dans ce qu’ils sont représentés d’une manière très primitive, mais aussi très inscrite dans une modernité, par leur façon d’interagir, leurs intérêts, et ce qu’ils disent du monde. Pas traduit en France (mais il existe un volume publié en Suisse, qui date d’il y a quelques années déjà), Regé a pourtant une oeuvre assez pléthorique, dont une grande partie est constituée par sa série de Yeast Hoist, petits livres itinérants, parus chez plusieurs éditeurs dans autant de formats (on y compte même une bouteille de bière belge !), qui forment une sorte de journal en creux des années récentes. Ces jours-ci, le plus récent de la série vient de sortir chez l’éditeur français Kaugummi : on y voit des extraits des carnets du dessinateur, mais aussi des pages très libres, plus jetées encore que par le passé, comme si Regé était en train de laisser son trait gambader différemment. Splendide. Mais si vous ne le trouvez pas, rassurez-vous, il y a beaucoup d’autres livres de Ron Regé à dénicher, et qui n’ont pas besoin de traduction pour être lus.

Pour cette fin d’année, j’ai demandé à Felicia Atkinson, dont j’aime les dessins minimalistes et la musique crépusculaire de faire une liste de chansons. Elle m’a donné sa liste commentées et des dessins qui vont avec chaque morceau. Elle a aussi écrit ces lignes :  » j’ai choisi cinq chansons qui se déroulent comme cinq routes, cinq embranchements. Cinq expériences initiatiques. De Mars à Juillet 2010, j’ai voyagé à travers les Etats-unis. De Chicago à New York, de Seatle à Los Angeles. Avec Bartolomé, nous avons pris la route one et 101 pour longer les côtes d’Oregon et de Californie. Nous n’avions pas forcément ces chansons pour la route, mais elles auraient pu être là, et je les imagine très bien dans une voiture qui reviendrait d’un repas de Noel, dans la nuit, entre Cannon Beach et Elk, Oregon… »

The Alps,  Drop In, tiré de « le voyage » (type records)


C’est comme un générique de début, à chaque fois que j’écoute ce morceau j’ai envie de décrocher un énorme sourire, la tête en arrière, au ralenti. C’est la chanson parfait du co-pilote. J’ai rencontré Jefre Cantu, un des membres de The Alps à San Francisco, c’est pour moi un des musiciens actuels les plus talentueux. Cet album excellent de The Alps,  » Le Voyage », est sorti sur Type, et évolue à chaque morceau comme un très bon film, se complexifie, se densifier l’air de rien, vers l’abstraction. The Alps ont réalisé un autre disque sur Spekk, ce qui  fait de nous des  « label mates ».

Smog, Cold Discovery, tiré de dongs of sevotion (drag city)


J’adore l’amertume de Bill Callahan, sa manière de faire des chansons comme de serrer les poings. La dernière fois que je l’ai vu jouer, c’était en solo, au Hide out de Chicago, un  » charity concert » contre la maltraitance des enfants, en avril dernier. C’est une salle, où j’ai déjà joué quelques années auparavant, je n’y étais pas revenue depuis. Un bar tout en bois comme dans Twin Peaks, perdu dans une zone industrielle. Il y avait des hot dogs, une foule respectueuse, et il jouait deux fois de suite, sans perdre de sa verve et de son âme,  pour récolter de l’argent pour les enfants. De sa gestuelle,  de la précisionde sa voix tombaient des charbons ardents.

Topaz Rags, Wear You Thin, tiré de « capricorn born again » (Not Not Fun records)


Topaz rags et un des multiples groupes qu’ont incarnés les icônes sonores et crudivores de Los Angeles Britt et Amanda Brown de Not Not Fun. Topaz Rags reste pour moi un secret caché, un mystère brûlant. J’aime la rareté des sorties, la vapeur de chaque morceau. Nous les avons rencontrés à LA en juillet dernier, organisant une rencontre Kaugummi et Not Not Fun. Ce sont des gens adorables, drôles généreux. J’ai réalisé qu’Amanda avait un an de moins que moi, qu »elle avait déjà fait plus que je ne ferait jamais de toute ma vie,et je me suis sentie si minuscule face à elle. Elle est si inspirante. C’est une magicienne.

Love, a house is not a motel, tiré de « Forever Changes » (Elektra records)


Cette chanson se situe pour moi quelque part entre Easy rider et Zabriskie point. Un coucher de soleil….Entre le printemps et l »automne nous avons perdus Pocahaunted et Dennis Hopper. Toutes ces feuilles dorées…. J’adore l’automne où les dépouillent deviennent de l’or et évidemment  Love, groupé parti trop tôt. Love. Quel nom. Et celui de la chanson  » A house is not a motel » et celui de l’album  » Forever Changes ». La sémantique comme un lasso de Love est géniale, elle guide les chansons, elle les mets au défi puis les dompte.

Neil Young, Revolution Blues, tiré de « On the Beach » (Reprise records)

Chanson cosmique par excellence, Dans Revolution Blues, Neil Young arrive non seulement à désigner le monde réel et imaginaire avec cette chanson, mais aussi son moment d’inspiration, son moment de studio, ce que ça provoque en lui, ce qu’il décide de donner à l’auditeur. J’ai toujours vu Neil Young comme un démiurge, un faiseur de pluie qui multiplierait les secondes de son monde et les distribuerait au coeur les plus démunis. Au Etats-Unis, je n’ai pas rencontré un seul musicien qui n’était pas un fan absolu de Neil Young. La première chanson que nous avons écouté le Premier Janvier 2010 était la première de Zuma :  » don’t cry no tears ». En juin dernier, j’avais pris un billet de concert pour aller le voir jouer à Louisville, mais j’ai attrapé la maladie de Lyme est suis restée clouée au lit à la place. J’ai voulu donné ma place à David Pajo et à un autre membre de Slint qui habitait à Louisville. Le premier m’a répondu qu’il habitait maintenant à New York et l’autre aurait adoré mais il travaillait. J’imagine la place vide dans l’arène. Un jour nous y reviendrons…

La playlist est en écoute ici.

Je suis très friand des livres édités par Kaugummi : cette maison quasi artisanale de Rennes publie fréquemment des fanzines et petits livres de photos ou de dessins très touchants, faits avec dévotion et amour. Le patron, Bartolomé, m’a envoyé une liste de choses marquantes pour lui en 2010. Voici sa liste :

DISQUES
Yellow Swans « Going Places » (Type)
Heavy Winged « Fields Within Fields » (Three Lobed)
Robedoor « Burners » (Important)
Boris « Absolutego + Drone Evil 2 » (Southern Lords)
Topping Bottoms « Towers of Spines » (Not Not Fun)
Evan Caminiti « West Winds » (Three Lobed)
Sylvester Anfang II « Commune Cassetten » (Blackest Rainbow)
Prince Rama « Live (Earjerk)
Pocahaunted « Make It Real » (Not Not Fun)
Les Rallizes Denudes « Blind Baby Has It’s Mothers Eyes » (Phoenix)

LIVRES
Estelle Hanania « Parking Lot Hydra » (Decathlon)
Collectif « False Flag » (Fltmstpc)
Jan Kempenaers « Spomenik » (Roma)
Charles Burns « Toxic » (Cornelius)
Matt Lock « Time Fears » (Nieves)
Nicholas Gottlund ‘Plain & Fancy » (Golden Age)
Mat Brinkman « Heads, 44 » (Picture Box)
Yuichi Yokoyama « Nouveaux Corps » (Matière)
Ari Marcopoulos « Detroit 2009 » (Dashwood)
Collectif « Bruit de Fond » (Jsbj)

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