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Je n’ai pas encore vraiment écouté le dernier Sonic Youth, il faut que je prenne le temps de le faire en profondeur, en douceur (j’ai plus envie d’écouter ça que de me coltiner le dernier Gossip, désolé). En attendant, je plonge dans ces deux livres. Le premier est le catalogue, merveilleux, de l’exposition consacrée au groupe l’an dernier et passée par le Life de Saint Nazaire. La version française est éditée par un éditeur dont je suis secrètement amoureux, les Presses du Réel (je vous recommande notamment chez lui les livres de Nicolas Bourriaud), qui ont fait un travail de titan en réussissant cet imposant pavé,  comprenant deux 45 tours (une face pour chaque membre du groupe : Thurston, Steve, Kim, Lee) et plus de 700 pages disséquant discographie, imagerie, imaginaire, parole (les entretiens, notamment avec Thurston, sont longs et passionnants), fétiches, photos et oeuvres faites par, pour, autour de Sonic Youth. Un livre qui dépasse la monographie, l’hagiographie ou le scrapbook : une somme, qui en rajoute aux disques, et se lit comme on tournerait les pages d’un roman de Vollmann, d’un ouvrage de Philippe Garnier. L’autre livre est un catalogue d’une exposition faite par Lee Ranaldo et sa femme Leah Singer à Stockholm et édité par une nouvelle maison, Libraryman. Le livre porte le titre de iloveyouihateyou et il  retrace la confrontation entre le travail de Ranaldo + Singer (notamment autour de leur DVD et série de concerts titrés Drift) et  quelques autres sources d’inspiration, notamment un film de Gordon Matta-Clark dont  on voit ici des images. Je ne sais quoi écrire d’autre, sinon que ce livre ressemble plus, avec ses images et textes croisés, à un disque de Lee qu’à un album de son groupe. Ou en tout cas à une chanson calme de Lee planquée au milieu d’un album de son groupe.

Je lis les textes de Byron Coley depuis plusieurs années déjà. D’avord dans le magazine Forced Exposure, puis sur les pochettes de Sonic Youth, dans le magazine Arthur et plus récemment dans les pages de The Wire. Je lis aussi chaque article de Thurston Moore depuis sa double page sur le free jazz dans le deuxième numéro du magazine Grand Royal des Beastie Boys, qui m’avaient ouvert les oreilles sur cette musique dévorante et brûlante. Il y a quelques semaines, quelques mois, Moore et Coley ont sorti un livre sur leurs années de jeunesse, celles de la No Wave new-yorkaise. Contrairement à d’autres livres, il ne s’agit pas ici d’images nostalgiques rassemblées par des fans qui n’ont connu ni l’époque ni la ville, mais bien plutôt d’une tentative de restitution d’un moment et d’une scène musicale. La mémoire joue souvent des tours, mais là, il y a beaucoup à voir, à découvrir, à lire et puis à rechercher, histoire de savoir à quoi ressemblaient des groupes disparus sans jamais avoir enregistré le moindre bout de vinyle. Histoire aussi de se remémorer les quelques mois brefs durant lesquels Mars et DNA étaient, sous l’oeil de Brian Eno, les plus grands groupes du monde, qui allaient tout révolutionner.

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