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Archives Mensuelles: juillet 2009

Les pochettes d’albums montrant des images de mer donnent souvent une idée juste du contenu musical. La plus belle du genre est sans doute celle de l’album de Steve Reich pour Shandar, Four Organs, reprenant une image de mer et de vague extraite d’un film de Michael Snow. Cet album de l’Allemand Deuter est lui aussi orné d’une image de mer et de ciel, mais bien plus bleus que que ceux de Reich, plus gris et presque urbain. La musique est aussi dans la même veine, un semblant de paradis bleu, perdu. Tout atmosphérique mais aussi emplie par des expérimentations sonores, mêlant guitares presque folk, percussions exotiques réverbérées, enregistrements de sons naturels, cet album est une sorte d’incongruité, comme s’il était la BO d’un temple hindou mais perdue en Allemagne. La face A est composée d’une poignée de morceaux enchainés, débutant comme un inédit de Six Organs of Admittance, se poursuivant par un long moment presque indus, entre TG et Wolf Eyes, et se concluant par un mantra apaisé. La face B, ensuite, est un long morceau progressant lentement, planant rêveusement puis rageusement, organisant un univers de mélopées insidieuses, de fausses ritournelles fantômes. Une sorte de Krautrock insidieux, faussement gentil, élégant et acide, dans l’âme, pour l’âme. Ceux qui le cherchent peuvent le trouver chez Tonton Mahood.


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Le Placard est un festival animé par Erik Minkinnen, membre de Sister Iodine, qui l’organise et veille à son bon fonctionnement depuis plusieurs années : ici, tout s’écoute au casque, aucun bruit n’est dispersé dans la salle… Ce mois-ci, le festival, dans sa version parisienne, se déroule durant 72 heures, au Vaisseau, 50 rue Stendhal, vers Gambetta. J’y ai joué vendredi en duo avec Charles Berberian : uniquement armés de nos iphone / ipod, jouant avec des logiciels comme Bloom, un magnétophone numérique et filtrant le tout à l’aide de 3 pédales. Juste avant nous, notre ami Movome a donné un concert rare, tout en guitare. Le festival se poursuit jusqu’à lundi 17h.

Je réécouterais bien ce disque de ON, produit par Deathprod et tout juste réédité par Type avec une pochette différente, plus belle que la première, un peu inexistante et sortie par DSA. Dans ce disque, je me souviens ou crois me souvenir que la musique est issue de petits riens sonores mis les uns sur les autres. Le groupe a fait un autre album, sorti par l’excellent label parisien Broccoli. A réécouter aussi.

Nous avons tous une histoire à raconter à propos des Instants Chavirés, cette salle qui nous a fait aller à Montreuil un nombre de fois incalculable avant même que Montreuil devienne un refuge pour les lassés de Paris ou une terre de chute pour Dominique Voynet. Je me souviens y avoir vu des concerts mémorables, renversants : Labradford et Pan American(j’ai passé des disques juste avant eux), Keiji Haino, Acid Mothers Temple, Silver Mt Zion (et je n’avais pas pu entrer pour Godspeed You Black Emperor qui passait là la première fois, hors du Canada), Sunn O))), Jim O’Rourke, Skullflower, AMM, Phil Niblock, My Cat Is An Alien, No Neck Blues Band, Jackie O Motherfucker… J’en oublie sûrement et d’autres en ont des différents en tête, tout en sachant que nous avons tous eu un moment de flemme (« les Instants, c’est loin, c’est petit, on ne verra rien, il y a trop de monde, il n’y a personne… « ) qui nous aura fait rater le meilleur concert du monde qui se donnait ce soir-là, là-bas.
Alors, maintenant, les Instants sont en difficulté, on leur a retiré une partie substantielle de leur subvention de fonctionnement, attribuée par le Conseil Régional de Seine-Saint-Denis. Bien sûr, il pourrait y avoir matière à polémiquer, à pointer Dominique Voynet, maire de Montreuil, et se demander pourquoi le passage aux Verts a cet effet-là, d’empêcher l’existence d’une des meilleures salles de Paris et ses environs à la programmation singulière, honnête, aventureuse, défricheuse, pointue, ouverte (sans oublier le prix dérisoire de la bière). Il n’en existe pas d’autre du même acabit ici ou ailleurs. Mais sans même tout cela, sans polémique ou sans croire qu’à Montreuil aussi se jouerait le jeu global de l’acculturation en marche partout ailleurs, j’ai juste envie de savoir que je pourrai encore aller aux Instants Chavirés, découvrir ce qui ne passe pas ailleurs.

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