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David Blot fait partie de ces rares personnes croisées dans les années 90 dans deux endroits qui auront tenu la décennie : le magasin Rough Trade et la librairie Album comics. Pas fréquent de voir les fans du premier déambuler dans l’allée du second : une poignée, à peine. Et puis, on pouvait aussi apercevoir (et entendre) David du côté de Radio nova, et le lire parfois dans les Inrocks. Il a été l’un des premiers à m’inviter dans une émission de radio : c’était à l’époque où j’écrivais pour Magic et avec nous, il y avait les quatre membres de Can et Jean-François Bizot, pas loin. Le genre d’émission et de moment, l’après-midi, qui vous hante la vie… David Blot a aussi écrit l’une des BD les plus marquantes sur la musique, Le chant de la machine, et a récidivé récemment avec Yesterday, jolie variation autour des Beatles. Récemment, il a repris du service chez Nova où il officie chaque soir à 20h et le weekend pour une spéciale DJ invités en live. Toujours amateur de bandes dessinées, je lui ai demandé un top 2012 du genre, pensant y trouver beaucoup d’Américains. Je me trompais, tant mieux, ne serait-ce que parce que tout comme lui, le Blake et Mortimer de saison m’a happé, inattendu.

1 – LA FAMILLE Vivès (Delcourt)
J’ai dû l’acheter 10 fois, offert 9 fois et lu 37 fois.

2 – PARKER : THE SCORE Westlake / Cooke (IDW / Dargaud)
La plus pure et brillante des adaptations du Parker de Westlake par Darwynn Cooke, le meilleur dessinateur du moment.

3 – LE JOURNAL DE SPIROU (Dupuis)
Toujours. 75 ans !

4 – MOI RENE TARDI PRISONNIER DE GUERRE T1 Tardi (Casterman)
Non je sais que Tardi et la guerre c’est un peu usité comme histoire, mais les souvenirs de son père en détention en Allemagne sont captivants.

5 – UN PRINTEMPS A TCHERNOBYL Lepage (Futuropolis)
Tchernobyl en reportage vécu comme idyllique et apaisé, c’est assez beau, surprenant, choquant et totalement hors du temps et du commun.

6 – BLAKE ET MORTIMER T21 Sente / Julliard (Blake & Mortimer)
N’appréciant que très moyennement Blake et Mortimer, je tombe dessus par hasard et suis scié par un scénario malin et référencé. Bel ouvrage !

7 – FATALE Brubaker / Phillips (IDW / Delcourt)
Tout ce que font Brubaker et Phillips est intéressant. Fatale est à mi chemin du horror comics et du polar à la Criminal, vivement la suite.

8 – JEROME K JEROME BLOCHE T23 Dodier (Dupuis)
Polar urbain, dans tous les sens du terme, simple, drôle et sans prétention. C’est aussi graphiquement parfaitement construit. Bel ouvrage 2 !

9 – TEXAS COWBOY Trondheim / Bonhomme (Dupuis)
Le western en bd y a pas à dire, c’est bien.

10 – LES FAUX VISAGES David B / Tanquerelle (Futuropolis)
Le gang des postiches casse par casse. C’est sec, sans fioritures et sans glamour. Impartial.

L’amitié que j’ai pour Charles Berberian pourrait m’empêcher de parler de ses livres. Elle m’invite au contraire à les défendre, surtout ici, et surtout quand ils sont comme celui-là. Après un premier tome intrigant, le récit de Tombé du Ciel se conclut ici par un second volume bien plus enlevé, menant l’histoire qui s’annonçait entre plusieurs genres, à sa conclusion véritable, et sa thématique essentielle : que fait-on d’une vie ? Ici, au-delà des apparences et des extra-terrestres qui permettent les miracles et retours dans le passé les plus insensés, ce qui se joue, c’est bien le regard d’un homme sur sa vie, qui vient tout juste de se dérouler. Un sentiment plus que fort qui vous habite lorsque les décennies filent (la quarantaine, par exemple ?) et que vos cheveux s’amenuisent. Le dessin de Christophe Gaultier sert bien le récit de Charles Berberian par son habileté à dessiner tout à la fois large et précis, sa façon habile d’accompagner tous les écheveaux du récit : peu de fioritures, mais quelques éléments essentiels – comme un début de calvitie qui en dit long… Tout cela, au fond, est une histoire qui capte ce qui se passe dans une vie : ce moment où l’on a envie de tout plaquer pour communier avec hier, avec celle ou celui qui s’est échappé – et qui, rétrospectivement, aurait pu présager d’une vie différente. Une vie meilleure ? rien de certain, rien de (vraiment) dévoilé ici. Mais, le ton, la manière de faire, plairont fortement aux amateurs de Monsieur Jean – ils y retrouveront la même honnêteté sur la vie, toujours mâtinée de cette ambivalente note de nostalgie, dont on ne sait jamais si elle vous renvoie en arrière pour mieux vous mener droit devant, vers le bonheur ou vers le mur. Un seul regret : ne pas avoir ce livre en un seul tome, souple.


Trois livres, mais j’aurais pu en mettre beaucoup plus. Sauf que ceux-là constituent un peu l’essentiel de ce que j’ai envie de lire en ce moment (à part ce qui s’est fait chez Dupuis vers la fin des années 50 et le milieu des sixties – mais c’est une autre histoire, moins bien documentée aujourd’hui). D’abord, le livre de Gajo Sakamoto, intitué Tank Tankuro PreWar Works 1934-1935, est paru chez Press Pop dans un design fait par Chris Ware. C’est d’ailleurs dans une anthologie de ce dernier qu’on avait déjà pu voir il y a quelques années des pages de Gajo. Les amateurs de Ware (ou de manga classique) ne devraient pas être déçus par le livre, ni par les pages de douce gymnastique graphique qui le composent. Ensuite, le Forgotten Fantasy est une vraie cache aux trésors : on y trouve compilés des pages parues dans les journaux du dimanche américains, entre 1900 et 1915, dans un format géant. Là encore, un lien avec Chris Ware, qui contribue un petit texte évoquant son étonnement admiratif à propos d’une bande dessinée reproduite ici dans son intégralité : Naughty Pete de Charles Forbell. Construite, comme Little Nemo, sur une chute toujours identique d’une page à l’autre, cette bande dessinée n’a été tenue par son auteur que le temps de 18 pages, toutes reproduites ici et témoignant d’une vivacité et d’une inventivité rares. D’une page à l’autre, Forbell évolue, tente des constructions différentes, joue avec son cadre : moderne, rapide, malin. A-t-il été cramé par son plein d’invention ? Ses pages, en tout cas, donnent envie d’en savoir plus. Le même volume consacre une large part à Lionel Feyninger dont l’oeuvre dessinée, courte, est reproduite intégralement. Il y a aussi des planches splendides de Winsor McCay et d’autres dessinateurs de l’époque, partageant tous un ton sépia, caractéristique de leur trait, à la fois sévère et léger, entre la caricature acérée, l’humour quasi slapstick et la narration échevelée. Le livre coûte cher, est difficile à ranger, mais se dévoile d’une richesse incommensurable. Enfin, plus proche de nous (mais pas tant que ça), la biographie visuelle de Milton Caniff (mon auteur de chevet en ce moment) est remplie de documents rares, de planches désarmantes, qui remettent bien en perspective la grandeur d’un auteur qui aura travaillé toute sa vie, se remettant en question au milieu de celle-ci, en plein succès de son strip Terry & The Pirates (tenu par lui de 1934 à 1946) pour en créer un autre, Steve Canyon, qui aura été tout aussi réussi, à tous points de vue, et plus long encore puisqu’il dura de 1947 à 1988. Tous édités ces jours-ci ces livres qui reprennent des pages faites pour un autre monde, une autre époque, presque un autre passé, enluminent étrangement bien le présent, au moins le nôtre.

J’aime les bandes dessinées de Pierre Maurel et cette année, j’ai adoré lire son fanzine Blackbird, qui édite par petites touches les chapitres d’un ambitieux roman graphique sous inspiration de Philip K. Dick (je crois). Un nouveau numéro vient de sortir et il devrait y en avoir un autre d’ici un mois, pour Angoulême. Par mail, il m’a envoyé une liste reprenant son année et ce texte : « tout ça peut ne pas sembler de première fraîcheur (des séries commencées en 2009 par exemple), mais il s’agit bien de choses que j’ai découvertes en 2010… cette année n’a pas été très prolifique pour moi, je veux dire, pour ma curiosité culturelle… elle l’a été sur d’autres plans. mais du coup je n’ai pas été très « sur le coup »… je me suis assez désintéréssé de l’actu… donc ça doit se ressentir dans ma liste… pas très à la pointe. » Sa liste :

« dungeon quest » de joe daly
« pluto » de urasawa
« monsters » de ken dahl
« pierre feuille ciseaux » le meilleur événement autour de la bande dessinnée. point barre.
« les heures électriques » le dernier yeepee
« extras« même si c’est vieux…
« the IT crowd » saison 4… 

« l’âge dur » de max de radiguès, si vous avez été ado, vous comprendrez…
revoir « le passe montagne », même si ça ne fait plus le même effet…

et… petit plaisir honteux: « high violet » de the national.

et les journées grillades à constans, les cafés du matin chez félix… entre autres…

Johnny23 est une version « remixée » de Toxic, sortie par le Dernier Cri et remontée par Charles Burns, qui a remplacé le texte par un langage d’apparence asiatique : le tout donne l’impression d’une version bootleg du livre, avec un rythme différent, quelques images inédites, et une fin à mettre en parallèle avec celle, suspendue à une suite, du livre original. Cette version est éditée à 2000 exemplaires, et les 200 premiers contiennent une petite image en couleurs, reprenant le dessin que j’avais commandé à Burns il y a 3 ans pour le hors-série spécial BD des Inrocks. Entre l’image utilisée pour la couve de ce dernier numéro et celle donnée avec Johnny23, il y a une petite différence, un personnage supplémentaire qui n’avait pas été retenu pour la couverture, mais que Burns a eu la bonne idée de retrouver.

Seth avait habitué à un numéro annuel de son comics, depuis plusieurs années déjà. Quelques pages, continuant son exploration d’une bande dessinée très atmosphérique, faite de souvenirs intimes et de constructions fictives nostalgiques. Cette année, il franchit le pas et se rapproche de Chris Ware – ou du moins de la forme que Ware adopte depuis plusieurs années déjà pour son comics Acme dans sa version américaine : tout comme lui, Seth abandonne le format classique du comic-book pour éditer un vrai livre, cartonné, toilé, dans lequel plusieurs parties se répondent, dévoilant des facettes différentes de son talent : BD, sketchbook, maquettes… L’objet, pour cette première livraison, est parfait. On attend maintenant celui de Chris Ware promis avant la fin de l’année aux Etats-Unis.

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