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Archives Mensuelles: octobre 2010

Seth avait habitué à un numéro annuel de son comics, depuis plusieurs années déjà. Quelques pages, continuant son exploration d’une bande dessinée très atmosphérique, faite de souvenirs intimes et de constructions fictives nostalgiques. Cette année, il franchit le pas et se rapproche de Chris Ware – ou du moins de la forme que Ware adopte depuis plusieurs années déjà pour son comics Acme dans sa version américaine : tout comme lui, Seth abandonne le format classique du comic-book pour éditer un vrai livre, cartonné, toilé, dans lequel plusieurs parties se répondent, dévoilant des facettes différentes de son talent : BD, sketchbook, maquettes… L’objet, pour cette première livraison, est parfait. On attend maintenant celui de Chris Ware promis avant la fin de l’année aux Etats-Unis.

Le livre sort pour l’expo de Burns à Paris, le 17 novembre, galerie Martel. Des infos sur le blog de l’éditeur, le Dernier Cri.

Je me souviens avoir vu un concert de Romain Kronenberg à la Fondation Cartier, il y a quelques années déjà : plusieurs guitares (dont une tenue par Sir Alice – Alice, où es-tu ?) soutenant un bourdonnement dense et fort, comme du Sunn O))) joué par jeunes gens assis sur des chaises, la tête dans les cordes, vibrantes. Depuis, j’ai retrouvé Romain Kronenberg, par ailleurs plasticien vidéaste, via Facebook et il m’a envoyé un lien pour télécharger un album qu’il vient de faire : disque virtuel, donné à tous, disponible sur son blog, à télécharger et titré « Romain Kronenberg 2009 ». Chaque morceau est daté d’un jour particulier, ce qui évoque, en moins systémique, la manière dont La Monte Young titrait ses compositions, y inscrivant jour, heure de début et heure de fin de chaque performance, pour signifier l’inscription dans le temps, mais aussi la possible continuité. Ici, le disque est davantage comme le déroulé intime d’une année, prise en pointillés (et surtout en septembre). C’est extrêmement délicat, pratiquement ambient, abordant une étrange tristesse, évoquant de loin des échos de Durutti Column, de Wim Mertens, s’éloignant de mes souvenirs de ce premier concert et allant vers une sorte de paysage sonore pas très éloigné de celui de labels comme Root Strata ou Sonic Meditations, à l’esthétique de teignes renfrognées – même si, ici, il semble y avoir moins d’attaque rock et davantage de lumière et de joie, mais qui passent trop vite.

 

Drôle de disque, sorti en triple vinyle dans les années 2000 et tout juste réédité en double CD : il n’a guère d’équivalent dans la discographie du groupe, bien plus noise, énervée et brûlée. Ici, le groupe (en fait un duo, constitué par Marcia Bassett et Matthew Bower de Skullflower) joue une musique très flottante, faite d’échos, de guitares en arpèges improvisées, de petites clochettes, de percussions évasives et de bruits de fond. Le tout est répété inlassablement, évoquant légèrement la même atmosphère hippie que le Dreamweapon légendaire de Spacemen 3. On ne sait pas exactement ce qui est joué, si tout est construit par petites touches,  ou improvisé en direct. Mais, c’est hypnotique comme le plus beau disque minimaliste, passé en mode lo-fi. Depuis, le groupe a cessé d’exister, et la réédition de cet album ne fait que marquer davantage encore le grand vide laissé par son absence et le grand vide surtout, qu’il laissait après cet album dont il n’a pas suivi tous les chemins esquissés, entraperçus, ne demandant qu’à être explorés sur d’autres enregistrements. Peine perdue : comme tous les beaux disques, celui-ci esquisse des futurs à l’existence impossible.

Récemment, le label Tsuku Boshi m’a demandé de participer à une compilation, Essmaa, qui serait donnée dans un festival à Tunis. Le disque devait être fait à partir de morceaux prenant pour matière première des enregistrements de terrain faits en Tunisie : une belle aubaine que je ne pouvais refuser. Le résultat vient de sortir, mon morceau s’intitule « Tunis (Beyrouth en mémoire) » et la compilation est, finalement, double. Pour en fêter la sortie (elle est disponible en France dans quelques lieux comme Bimbo Tower ou la galerie du jour d’agnès b. Elle est aussi en ligne), j’ai posé quelques questions à ses initiateurs, dont Laurent Guérel, qui fait de la musique sous le nom de Mokuhen. Voici ses réponses et celles d’Afif et Philippe Franck, qui ont travaillé avec lui.

Comment est né le projet de cette compilation ?

LG  –  Ce projet fait partie d’une initiative commune née dans le cadre du projet européen coopération pays tière avec la Tunisie, le projet E-FEST action se déroulant à Tunis & Carthage englobant plusieurs manifestations en rapport avec les créations numériques, initié par l’association Echos Electriques en partenariat avec notre association Gummi Gumi et l’équipe de Transcultures à Mons notamment responsable du festival des arts sonores City Sonic. Notre label Tsuku Boshi, géré avec Mag, c’est chargé de la mise en pratique de la compilation.

En corrélation naturellement avec le festival FEST qui a lieu à la Cathédrale de Carthage depuis maintenant 4 ans, (le 1er Cd de la compilation est offert au public lors du festival en juin), nous ne souhaitions pas pour autant proposer une compilation « classique » en reprenant des morceaux existants des artistes programmés. Cette compilation fait partie d’une action plus large, dans laquelle nous avons organisé aussi bien des formations, des rencontres thématiques, des installations, des lives ..  Ce disque fait partie également de notre « catalogue » Tsuku Boshi et nous souhaitions une cohérence avec ce que nous défendons.  Nous avons conçu cette compilation en priorisant la « création ».

Nous avons donc invité les artistes à participer en imposant une thématique unique. ESSMAA veut dire écouter en arabe. Titre pour le moins évident dans le cadre de cette compilation , l’objectif étant de délocaliser un support sonore établi à savoir  les enregistrements d’Aymeric de Tapol à Tunis et Carthage en décembre 2009.   Les artistes ont donc créé leur propre espace  sonore, leur espace d’interprétation. Plus vraiment « Tunis » , mais certainement pas une composition standard pour les musiciens (travaillant sous la « contrainte » du sampling). Le résultat est une sorte de carte postale mais irréelle.  Tunis, posté au milieu d’un rond-point aux directions pour le moins variés  Nantes et Miami, Bruxelles et Londres, Los Angeles et Paris. Le rond-point  tout un symbole là-bas ..

Comment a-t-elle été perçue ?

Afif – A Tunis la compilation à été accueillie avec curiosité, le public étant plus habitué à « des compil fg ou fun radio », ils s’attendaient à avoir un son dancefloor. Pour certain, cela s’est traduit par un vrai plaisir d’écouter des compositions plus accès sur le travail du son que sur des rythmiques ou des mélodies empruntée au courants de la musique électronique qu’ils connaissent tel que  teckno, house ou autre. Pour d’autre, une déception car la compil ne répondait pas à leur attente, ils auraient préféré avoir un condensé des artistes présents au festival Fest. Dans l’ensemble Essmaa a représenté aux yeux du public et des partenaires une production originale et hors norme dans le paysage culturel tunisien, de ce point de vue la compilation est une réussite..

LG – J’aime l’idée de la  » perception multi-facettes ». La compilation venant de sortir, nous attendons  les premiers chroniques pour avoir une idée plus précise sur l’accueil qui lui est réservée. Personnellement je retiens la dynamique artistique. Tous les artistes, connus ou moins connus, ont accepté très simplement de participer à ce projet. Pas de « starification »,  pas de désistement .. Tout le monde a joué le jeu. J’aime l’idée de « passage de témoin  » entre artistes, entre pays. On revient à des choses plus simples, plus sereines ; me semble-t-il. La bulle spéculative de musique électronique s’est effondrée , Nous retournons aux fondamentaux.

Philippe Franck : Il me semble, au regard des réactions recueillies tant en Belgique lors du festival City Sonic cet été qu’ici et là auprès de ceux qui ont écouté ce CD collectif élégamment emballé, que ce projet à lecture multiple est aussi apprécié tant pour sa libre diversité que par sa singulière cohérence : de The Aktivist à Scanner,  de DJ Elephant Power à DJ Olive, il y a de la marge mais les uns s’enchaînent harmonieusement après les autres et chacun peut aussi s’apprécier pour son propre micro univers, ici pas d’école mais un amour du voyage électro-organico-sonore.
Nous avons lancé cette double compilation finale (le premier CD promo étant une étape destinée prioritairement à ceux qui ont acheté un pass du Festival Echos Sonores de Tunis-FEST en juin à Carthage, à qui elle était offerte, un peu comme un joli OVNI) – qui est une production autonome liée au fructueux projet euro-tunisien E-FEST, sans lequel elle ne serait pas née- lors de City Sonic avec deux déclinaisons liées à ce matériel euro-tunisien. D’abord  un salon d’écoute imaginé par Laurent avec outre une sélection de « field recordings » d’Aymeric, une autre de traitements des CDs et enfin un mix avec sa sensibilité de Mokuhen ; certains visiteurs sont restés longtemps allongés dans des transats disposés dans l’entrée translucide de la Machine à Eau, un des moments forts du parcours sonore, passant d’un casque à l’autre. Ensuite, en guise d’événement de finissage, nous avons proposé les « Essmaa live sessions » au Frigo sur le site des Abattoirs à Mons où Transcultures est installé et c’était intéressant de voir comment des artistes associés à cette aventure (Mokuhen en duo avec Akm, Yannick Franck, DJ Elephant Power et Aymeric de Tapol logiquement en ouverture après un subtil mix de Mag) ont réussi à en donner d’autres lectures à un public qui a écouté très attentivement dans une ambiance lounge. Cette belle soirée s’est terminée par une « Essmaa jam session » pas prévue au programme, réunissant les participants qui ont réussi à communiquer leur enthousiasme collectif aux auditeurs/spectateurs. Ce fut un bel épilogue de cette riche dixième édition de City Sonic, festival nomade qui promeut le plaisir curieux de l’écoute active mais aussi de ces mois de compagnonage entre Echos electrik, Gummi Gumi et Transcultures, qui, outre des projets sonores et numériques tunisiens et internationaux, qui n’auraient pu voir le jour sans ce programme européen, je le crois, a fait aussi émulation tant à Carthage qu’à Paris et à Mons.

Comment en as-tu choisi les artistes et l’ordre des morceaux ?

LG – Des petites feuilles griffonnées en écoutant en random dans le métro ou en lisant des articles de presse. Des mails entre Paris, Tunis, Strasbourg et Bruxelles avec Philippe Franck visiblement enchanté du projet et qui nous a bien facilité les prises de contact. Nous avons voulu un tracklisting éclectique. Ne pas oublier l’objectif principal (la découverte pour le public tunisien) ,  ne pas succomber à la facilité du « réseau » ou du listing de têtes d’affiches, ne pas plonger dans les artistes attendus adeptes des fieldrecordings, des pièces intimistes ou expérimentales. Il fallait pimenter tout cela, nous imposer un peu de risque .. Présenter des artistes proches de notre univers, c’était comme imposer une lecture et donc biaiser le principe de base.  Nous trouvons donc à la fois de sonorités à la fois familières et dépaysantes, des artistes de référence et des « espoirs » que nous suivons. Nous regrettons toutefois le manque de participation de la part des artistes tunisien car nous en comptons qu’un pour toute la compilation.

Quelle histoire tout cela raconte-t-il ?

LG – Les approches sont différentes, les exploitations et interprétation également. Le tracklisting s’est construit dans une logique nomade. L’auditeur  se balade parmi les interstices de l’underground ou du souk, est sollicité par quelques appels à la prière ou interpelé par quelques confrontations de style. Il n’y a pas un disque rythmique et un second plus « ambient ». C’est un mélange chatouillant l’oreille avec une constante relecture sans répétitions . A l’image de la ville.

Et la pochette ?

LG – Nous avons fonctionné de la même façon avec Géraldine Kosiak dont nous apprécions beaucoup le travail. Nous lui avons donc proposé de nous faire son interprétation de la Tunisie, sans contrainte de charte graphique du festival ou  connotations à l’univers musical. Le petit oiseau est un chardonneret de Tunisie, en voie de disparition … Une proposition faussement naïve.

Comment se la procurer  ?

LG – la compilation est distribuée par A-musik, le fief notamment du label Sonig à Cologne. On retrouve la compilation également sur la plateforme Cd1d.com, fédération de labels indépendants. On en peut que vous conseiller d’y aller jeter une oreille et un oeil.

Vous trouverez la compilation également sur Paris chez BimboTower, Souffle Continu et Galerie Jour d’Agnès B.

Quels autres projets as-tu en cours

LG – Nous finalisons actuellement le second projet que nous avons avec Leafcutter John.  L’idée ici était à la fois un exercice de l’éphémère (live pendant le festival) &  un exercice du souvenir avec la production d’un album.  John nous a gratifié d’un très beau live en fin de festival, avec pour matériaux uniquement des prises de sons effectués pendant le festival et des objets glanés sur la plage .. John a travaillé son nouvel album cet été à partir de l’enregistrement effectué. Et nous sommes ravis ! Nous retrouvons une trace de la prestation live mais aussi un veritable album, où l’on découvre des guitares, des ambiances folk, les polyrythmies du jazz … Du songwriting classieux qui frôle délicatement son passé électronique sur Planet Mu. Sous le couvert folktronica pointant trop souvent vers le traditionalisme acoustique, John préfère compléter ses couplets avec de la matière échantillonnée & en chantant aussi loin que la cour médiévale, grégorienne, folking… Cela rend la draperie électro-acoustique d’autant plus surprenante.

Nous venons également d’actualiser notre série digitale Tsuku Tsuku Grammofon, désormais disponible gratuite sur notre site (http://tsukuboshi.wordpress.com/).  MAG, sur son label Ritte Ritte Ross vient de sortir l’album de Black Packers (John Hegre & Jean-Philippe Gross) pour le moins bruyant . Enfin de mon côté, j’ai finalisé mon nouvel album pour mon projet Mokuhen, dont la sortie est proche sur Stembogen. Après tout cela, des vacances et ensuite l’album d’Aymeric de Tapol & un mini album de Discipline

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