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Je déteste déjà tout ce que je vais lire sur ce disque et qui ne saura rien en dire, sinon que c’est du bruit. Tout ce qui se passe ici se joue à un niveau différent, évoque en filigrane ce moment si crucial où nous découvrions en 97, 98 ou 99, ce trio devant ses portables. Il menait la musique ailleurs, sans autre forme d’explication. Je me souviens, après leur premier concert parisien au Garage, avoir rempli des pages d’impressions au stylo noir, en rentrant chez moi : j’aimerais les retrouver et les comparer à l’écoute de cet album, presque dix ans plus tard, plus de dix ans plus tard. Il y a là en tout cas comme une douleur éteinte, une vieille blessure doucement refermée, des échos de sons que l’on a cru entendre ailleurs, il y a longtemps, mais qui renaissent ici, par un savant agencement des sens, de l’idée même de la mémoire : Fennesz, Pita et Jim O’Rourke jouent avec nos souvenirs de leurs sons, et sans doute jouent-ils avec eux-mêmes. Mais ils ne cèdent jamais, tout au long de ce disque, à la gratuité du geste. Tout est construit, assemblé, modulé, fondu dans l’instant, comme une mélodie abstraite qui se créerait soudain, du bout des doigts, sauf qu’elle a ici une étrange rugosité double, numérique et analogique à la fois. Je préfère mes 55 minutes passées dans ce disque à toutes les vies perdues sur Facebook et tous les commentaires inutiles qui ne changent rien à ma vie. Il est temps de ressusciter avec nos idéaux, de retrouver la vie que nous nous promettions de mener, à l’écoute de ces rares musiques abrasives qui continuent à hanter le monde, à faire doucement bouger son axe.

Je suis toujours sous l’emprise de ce disque, depuis sa sortie. Il y en a eu beaucoup d’autres cette année, mais je ferai une liste plus tard, je crois – ou pas : je ne suis pas certain que cette année se prête bien aux listes. Ne pas hésiter en tout cas à donner les vôtres dans les commentaires de ce post – disques, livres, films, applications, tout confondu, etc.

Jim O'Rourke

J’ai longtemps été amoureux de ce disque, amoureux en écoutant ce disque, amoureux en m’incrustant totalement dans ce disque sorti initialement au début des années 2000 (en 2001, juste pour mes 30 ans) sous une autre pochette et qui n’était alors qu’un simple CD comportant trois morceaux fabuleux d’électronique hypnotique, minimale, étrangement joyeuse et voluptueuse. Trois morceaux, qui formaient alors l’un des plus beaux disques entendus, n’importe quand, n’importe où. Il ressort aujourd’hui, agrémenté d’un CD supplémentaire et trois autres morceaux de la même période, dont un de presque 40 minutes, assez palpitant, et un autre d’un quart d’heure déjà édité en vinyle, He Who Laughs, qui avait servi de base à la mise en musique par O’Rourke au Louvre du film l’Homme Qui Rit (ceux qui y étaient s’en souviennent encore, avec des tressaillements dans la gorge). Le CD supplémentaire est plutôt beau, surtout durant son long morceau, getting the vapors, ajout nacré à la discographie sinueuse du musicien. Mais rien n’y fait : ce sont les trois morceaux initiaux, formant l’album original, qui dominent ici et demeurent sacrés, sacrément bluffants, happants.

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