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Archives Mensuelles: mars 2008

En écrivant mon post précédent, je me suis demandé quels étaient mes disques disco préférés. Un début de réponse :

1. Kiss Me Again de Dinosaur

2. Spacer de Sheila B. Devotion

3. He’s the Greatest Dancer de Sister Sledge

4. American Express de Harry Thuman

5. I want your love de Chic

6. I feel love de Donna Summer

7. Go Bang de Dinosaur L

8. Fly Robin Fly de Silver Convention

9. Copacabana de Barry Manilow

10. Is it All over my face (Larry levan mix) de Loose Joints

Mention spéciale à : Over & over de Sylvester, Runaway de Loleatta Holloway, Fame d’Irene Cara, Disco 3000 de Sun Ra.

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L’été dernier, j’écrivais un article dans les Inrocks sur le retour de la disco. Et ce printemps-ci, j’ai l’impression que tout le monde se pâme devant l’excellent single d’Hercules & Love Affair, Blind, qui fait écrire à peu près tout et n’importe quoi sur la disco. Personnellement, j’ai longtemps détesté la disco. Mais c’est normal, je suis un « indie boy », au fond, comme me l’ont fait remarquer mes amis Drew et Martin. Cela dit, depuis quelques années (en gros, depuis que j’ai compris que ni Loop, ni Spacemen 3 ne seraient jamais les groupes préférés de personne d’autre que Philippe et moi), j’adore la disco. Plus exactement, je me suis mis à l’adorer grâce à deux figures. D’abord, Chic, qui est l’un des grands groupes mésestimés (malgré ses millions de disques vendus) par l’histoire : peu de choses surpassent ses productions cintrées, enveloppantes et presque psychotiques, emplies souvent de questionnements, de tristesse affichée, de larmes retenues (mais pour mieux danser). L’autre figure, c’est celle d’Arthur Russell, que j’ai commencé à écouter grâce à son album minimaliste World of Echo (beau à pleurer, du violoncelle, de la reverb, une voix – rien de disco là-dedans). Ensuite, je me suis immergé dans son oeuvre plus dansante, que tout le monde s’ingénue désormais à citer en exemple ou à prendre comme point de repère pour paresseusement parler de morceaux comme ceux d’Hercules. Arthur Russell, donc, est devenu l’alibi bien pensant pour aimer la disco : si Arthur, qui était une figure de l’underground new yorkais proche de David Byrne des Talking Heads, en a fait, c’est que la disco est bien légitime, non ?

Je n’échappe pas à cette règle, bien sûr. J’y ai succombé en premier. Mais, je crois que la disco d’Arthur Russell n’a tout de même rien à voir avec celle d’Hercules : Arthur Russell expérimentait, enregistrait des heures durant et ses plus beaux morceaux, les plus discoïdes et tubesques, étaient en fait des mixes faits par d’autres, notamment par le légendaire François Kevorkian. Arthur Russell voulait un tube, mais il avait une pensée et une énergie trop complexes pour y aboutir vraiment. Je doute qu’Hercules soit de cette même trempe, aient la même diversité.

Par contre, la tristesse qui se dégage du chant d’Antony, invité sur Blind, est tout à fait évocatrice de cette même sensation de délitement de soi qui alimente les plus misérables morceaux de Chic. Entre leur At Last I Am Free (I can hardly see in front of me, continue d’ailleurs le chant sur ce morceau) et Blind, il y a plus que de simples échos, il y a une communauté, une continuation. A la différence près que, blancs et pédés, les gars d’Hercules n’ont sans doute aucun mal à se faire accepter dans les clubs branchés. Ce qui n’était pas le cas de Nile Rodgers et Bernard Edwards qui, parce qu’ils se faisaient refouler des boîtes de NYC, passaient leur temps à composer le tube parfait. Les freaks c’étaient eux. Les génies aussi.

Groupe anglais, Rameses III produit une musique très neurasthénique, aux bords du sommeil. Des drones, donc, mais qui ont de jolies particularités : celles d’être joués par musiciens délicats, qui ont l’air d’avoir écouté les disques de Durutti Column et Labradford plutôt que ceux de Throbbing Gristle et Wolf Eyes. Du coup, leurs bourdonnements résonnent avec une chaleur immédiate, oscillent entre les oreilles à coups de notes de guitare, flottantes et éparses, formant, bout à bout, d’étranges zones mélodiques. Ce nouvel album (le précédent, une collaboration avec l’américain The North Sea, intitulée Night of the Ankou, était déjà de haute volée narcoleptique) est double : un Cd enregistré live et un autre composé de morceaux mixés par des proches du groupe. L’ensemble évoque les américains Stars of the Lid ou encore quelques moments de Brian Eno, et il y a là comme un sentiment de flottement apaisant. On pourrait être dans le mièvre, mais on est au contraire dans une musique qui n’a rien de figé, rien d’arrêté. Au contraire, tout ici est question de parcours, de cheminement : peu importe la destination, les échos de cet album vibreront longtemps, à la manière d’une forme nouvelle de musique classique, idéale pour rêver en se tordant les sens. Bonne nuit.

Un autre maxi pour la journée, produit par Peverelist, petit maître du dubstep en voie de devenir grand. Deux morceaux sur ce vinyle, qui résonnent comme un lien entre le dub et la techno lente, comme si quelqu’un réinventait d’un coup Massive Attack. Peverelist est de Bristol, il fume sans doute pas mal de gros joints et sa musique est simplement entêtante, enivrante. Idéale pour ce printemps qui n’arrive pas, et le sommeil qui se fait rare. On peut trouver un mix de lui par ici :

http://www.dqxt.org/dubwar/

ou par là :

http://www.dqxt.org/dubwar/podcast/dubwar_podcast.rss

Après le festival Présences électroniques du GRM, à la maison de la Radio, écouter Daniel Menche est une suite logique. Surtout ce disque, qui sonne comme un mélange entre les moments les plus abrasifs de la musique concrète classique et les instants les plus mélancoliques (s’ils existent) de la musique noise. Je ne sais pourquoi ce disque me plait : pour beaucoup, il serait inaudible, insoutenable. Mais je suis heureux de l’avoir trouvé (même si je n’ai pas l’édition en vinyle blanc, limitée à 100 exemplaires, tant pis pour la taxidermie). Et surtout, je suis très heureux de le posséder pour sa pochette dessinée par Emily Hyde, dont j’ignore tout mais dont j’adore le trait. Je n’ai pour le moment vu ses dessins que sur des pochettes de disques (Elle a aussi illustré un Cd de Menche, Glass Forest, sorti en même temps que le vinyle Body Melt et peut-être plus accessible, plus contemplatif presque, et minimaliste vers sa fin, qui évoque le spectre d’un Steve Reich anémique). Il y a en tout cas dans le trait d’Emily Hyde quelque chose de végétal et de gothique, d’organique et de cadavérique. Son encre me ravit et me fait peur, m’évoque l’univers d’une autre habituée des pochettes noise, Megan Ellis (http://www.meganellis.net/).

J’ai hâte de continuer à tomber par hasard sur les pochettes qu’elles illustrent et découvrir, par leur biais, d’autres disques intenses, denses, colériques, décapants.

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