archive

Archives de Tag: RIP

On en parlait l’autre jour avec quelqu’un qui m’a dit que Romanthony était un pimp. Je me suis souvenu que le concert qu’il avait au festival des Inrocks était un des pires jamais vus. Et que la première fois que j’ai entendu One More Time qu’il chantait pour Daft Punk, c’était au Pulp et c’était vraiment renversant. Je garde précieusement le maxi de Falling From Grace, catapulte vers une autre époque, d’autres lieux, d’autres pays – comme du Prince gauche, réalisé pour la nuit pleine, et danser au moment où plus personne ne vous regarde.

Mystery-In-Space-90-FVF-100infantino_flash33012sw28gr0

Flash339p4 Pie2

J’ai longtemps haï le dessin de Carmine Infantino. Je le découvrais vers les années 70 et 80 dans quelques petits formats en noir et blanc et surtout dans Titans, où il dessinait la déclinaison comics de Star Wars. Son dessin, tout souple et en circonvolutions ne faisait guère sens avec celui, tout droit et sec, de John Byrne, héros d’alors. Il n’avait pas non plus la noirceur de Frank Miller, autre grand de ces années-là. Ce n’est que plus tard que je me rendrai compte qu’Infantino était en fait leur père, que sans lui, ils n’auraient pas existé (surtout Miller) et que, surtout, le dessin d’Infantino était, tout singulièrement, beau. Notamment lorsqu’il faisait Batman ou Flash – son Flash des années 80 est d’ailleurs une petite merveille et ses mêmes années sur des séries mineures comme Spider-Woman sont étonnantes de créativité – et de psychédélisme aussi. Mais, sans doute, son oeuvre la plus belle date de ses années sur la série de SF Adam Strange, parue dans le comics Mystery In Space : splendeur de clarté pop. En plus de tout cela, d’une oeuvre riche et incroyablement mésestimée aussi, Infantino a été éditeur chez DC Comics dans les années 70, période riche en errements et en inventivité conjugués. Parti à 87 ans, il faut lui redonner sa juste place : à côté de Jack Kirby, de Steve Ditko – ce genre de génies.

Arrivés quasiment en même temps, à moins de 24 heures d’écart, ces deux albums donnent envie d’écrire à leur propos et non pas, comme c’est le cas avec beaucoup d’albums en ce moment, d’interroger ceux qui les ont fait. La nuance est de taille : ici, c’est la musique qui interpelle et non l’idée, le processus, les machines ou les personnes. Et, une fois cela établi, clarifié, apparait l’évidence : le lien entre les deux disques, leur appel à la mort, leur étrange morbidité – RIP, c’est à dire « repose en paix » pour Actress et In Hell, c’est à dire « en Enfer » pour Fenn O’Berg, le trio constitué depuis les années 90 par Christian Fennesz, Peter Rehberg et Jim O’Rourke. Repose en paix et va en Enfer. A moins que ce ne soit : tu vis en Enfer, va reposer en paix, ailleurs. Surtout, au-delà des correspondances fortuites ou trop tirées par les cheveux, les deux albums disent comment faire, aujourd’hui, de la musique (électronique). Actress, d’abord, évoque étrangement la façon dont s’écoutaient les albums d’Autechre : en passant d’une intrigue à l’autre, par soubresauts soniques, en profondeur mais aussi par paliers progressifs. Au fond, la musique d’Actress est à notre contemporanéité ce qu’était celle d’Autechre à notre jeunesse : une musique qui fait reculer les murs de nos oreilles. Mais, Actress a quelque chose de différent. Moins complexe qu’Autechre, n’allant pas fouiner dans des tourbillons et des ensembles entremêlés, sa musique joue plutôt sur l’idée du raccourci et de l’élongation. Les morceaux sont ainsi souvent sur la corde raide, donnant toujours l’impression étrange d’être un tantinet trop longs, presque bavards, mais s’éteignant au moment même où cette pensée prend forme. N’hésitant pas à plonger dans une étrangeté romantique, évoquant sur le morceau Jardin le fantôme de l’Allemand Roedelius, Actress étonne davantage ici que sur ses précédents disques – et donne surtout l’envie d’être écouté, longtemps, patiemment. A priori, cet album-ci ne devrait pas s’épuiser de sitôt, tant il parvient à jouer entre l’immédiat et l’étrange, la vanité et la fuite. On le dit inspiré par le Paradise Lost de Milton, mais, ce n’est pas tant cela qui compte que l’effet de singularité inattendue qui en surgit. Une singularité qui habite aussi le In Hell de Fenn O’Berg, qui réussit à faire aujourd’hui des disques bien plus beaux que ceux commis il y a 15 ans. Par leur manière de se déployer, se développer, laissant une place folle à l’imaginaire sans jamais faire sombrer l’auditeur dans un questionnement technique ou mécanique. Enregistrés en 2010, lors de concerts au Japon, les morceaux de ce nouvel album évoquent un enchainement de photographies capturant un moment, un contexte, mais sans rien dévoiler de ce qui s’y déroule vraiment, avant, après. Roulant les uns sur les autres, les bruits, rythmes, mélodies, boucles des trois musiciens construisent une architecture de strates planes à la façon d’une superposition de mausolées, d’autels du souvenir. Captant quelques instants qui n’existent déjà plus et les réunissant en un album (comme un album-photo, presque), In Hell avive l’écoute, déroute les oreilles, laisse flotter l’envie d’y revenir, vite, et de s’y perdre, longtemps. Une belle idée de l’Enfer.

20120330-081851.jpg

Les livres de Harry Crews font partie de ceux qui se rapprochent le plus de ce qu’est ou devrait être le rock. Lisez la Foire aux Serpents pour voir, et terminez par son autobiographie, Des Mules et des Hommes, qui raconte les lieux de son enfance et dont sont issus les auteurs américains intéressants des années récentes, à commencer par Donald Ray Pollock, son fils spirituel. RIP.

%d blogueurs aiment cette page :