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Archives Mensuelles: avril 2008

Le disque n’est sorti qu’en vinyle et c’est ainsi qu’il fait vraiment sens : un morceau par face, d’une vingtaine de minutes chacun. Le premier, J’accuse Ted Hugues, est une sorte de tentative de faire un drone, enregistré live. Bien sûr, Sonic Youth n’est pas Double Leopards (le plus beau groupe de drones/guitares) mais son morceau est touchant parce qu’on reconnaît ses sonorités, la voix de Kim Gordon, les guitares qui se salissent à mesure qu’avance le temps et qui vrillent le même sillon comme pour reconstituer ce qu’était la sensation même de jouer au sein du Theatre of Eternal Music ou le Dream Syndicate, les groupes de LaMonte Young, John Cale et Tony Conrad qui, dans les années 60, inventaient le minimalisme rock. Sur l’autre face, un morceau composé pour agnès b. Mais jamais utilisé par elle. On y retrouve Jim O’Rourke puisque le morceau a été enregistré durant ses années (récentes) dans le groupe. Dès les premiers instants, la composition se dévoile belle, contraste avec la rugosité de la première face et emplit l’espace sonore de petites touches presque nostalgiques et bourdonnantes aussi. Peu à peu, le morceau devient plus spectral, jusqu’à faire peur. Rien de pop ici, mais pas mal d’angoisse et tout de Sonic Youth, qui donne par de telles entreprises, des nouvelles régulières, et semble ainsi ne jamais vieillir : à le fréquenter si assidument, on ne voit surgir ni ses rides, ni les nôtres.

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Il y avait là quelque chose de définitif sur ce que c’est qu’un concert de rock, sur ce que c’est qu’être dans le public, d’attendre, d’être là en admiration devant un groupe pour lequel, adolescent, on pourrait se laisser mourir. Il y avait la musique de KTL (moins apocalyptique qu’à l’habitude, mis à part le fabuleux mur du son final, plutôt cataleptique) et ces bouts de phrases de Dennis Cooper – Gus Van Sant, seul, manquait à l’appel : mais c’est comme si son fantôme avait été tout le temps là. Quelques corps, des marionnettes et je me souviens de tous les concerts que j’ai pu voir, adolescent et ensuite, durant lesquels je me suis senti à la fois pantin et excessivement vivant.

Difficile de trouver mieux que cet album, écrit par des revenants dont on n’attendait rien et qui sortent d’un coup un album comme on n’en entend plus. C’est à dire qui parle de l’histoire de la musique, s’inscrit en elle, mais aussi la fait avancer de quelques mètres – c’est à dire encore d’une éternité, à coups de chansons insidieusement turbulentes, bousculant tête, nerfs, ventre, foi(e). Des disques comme celui-là donnent juste envie de se débarrasser de la moitié de sa discothèque, rendue d’un coup obsolète. Ici, bien sûr, on entend des remous venus d’ailleurs, des échos de Silver Apples (Me Carry On), des geignements de Nick Drake, des atmosphères sombres, héritées d’un vieil apocalypse ou à peu près. Disque sombre, disque de misère, 3 n’est pas là pour se faire entendre, ni se faire écouter. Il est juste présent au moment précis où l’on a besoin de lui : le moment de tout abandonner, mais comme pour mieux revivre.

J’étais sur le plateau de l’émission Tout Arrive de France Culture pour parler de bande dessinée. Dans la première partie de l’émission, nous étions trois critiques, Laure Garcia, Pascal Ory et moi, autour d’Antoine Guillot, pour évoquer La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert, Breakdowns d’Art Spiegelman et Filles Perdues d’Alan Moore & Melinda Gebbie. Ensuite, discussion avec Jochen Gerner pour son revigorant Contre la Bande Dessinée et Emile Bravo qui vient de sortir un assez génial Spirou – dont il nous a dit après l’émission qu’il aurait peut-être une suite.
Vu la tenue du premier, impeccable d’intelligence, j’ai hâte de voir comment il pourrait en faire une suite. Jochen Gerner a lui aussi quelques projets en cours, dont un carnet de dessins faits dans le TGV, intitulé A Grande Vitesse et prévu chez l’Association.

L’émission peut être écoutée là :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=62144

Avant-hier, Jérôme me disait qu’en octobre, Sub Pop fêterait ses 20 ans avec un festival à Seattle. Hier, Alex me disait que l’an prochain Warp fêtera ses 20 ans en organisant un festival, sans doute dans plusieurs villes et pays. 20 ans. Je me souviens des premiers 45 tours Sub Pop achetés à la Danceteria en haut de la rue du Cardinal Lemoine. Des premiers maxis et albums Warp achetés dans le même magasin, qui avait déménagé une rue plus loin. De l’achat du premier album de Nirvana sur Sub Pop, rien que pour sa pochette et son hard rock rugueux qui me permettait de faire un doigt à mes potes de lycée qui écoutaient ZZ Top et AC/DC. Je me souviens aussi ne pas être allé au premier concert de Nirvana et du regard de Stéphane deux jours plus tard lorsqu’il racontait ce qui s’y était passé. De ma tête lorsque Céline m’a dit qu’elle connaissait Nirvana.

Ce qui est agréable, ce n’est pas le temps passé si vite, mais l’idée que ces deux labels sortent encore des disques excitants : le prochain Wolf Parade sur Sub Pop, les prochains Flying Lotus et Leila sur Warp. Trois disques qui pourraient remplir 2008 à eux seuls.

Et puis, ce qui est bien aussi dans ces célébrations, c’est ce qui y est déployé. Par exemple, Warp devrait inviter pour son festival international tous les artistes ayant sorti un disque sur le label. Ce qui veut dire qu’il devrait y avoir un concert de Boards of Canada dans le lot ? Vingt ans plus tard, j’ai bien le droit de continuer à rêver un peu.

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