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Archives de Tag: hendrik hegray

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J’apprécie depuis quelques années le travail d’Hendrik Hegray, dont le zine Nazi Knife (en compagnie de Jonas Delaborde et Stéphane Prigent) est une très revigorante entreprise graphique. Ses propres petits livres et zines dégagent la même énergie, fondamentale. Ces derniers temps, HH a consacré du temps à son label, Premier Sang, dont les disques sont de vrais petits obus soniques. Le dernier d’entre eux est signé Mesa of the Lost Women et sa pochette, faite par HH est affichée ci-dessus. Pour comprendre les filiations entre les zines et les vinyles, je lui ai envoyé quelques questions, au moment même où certains de ses commentaires vifs sur ce blog suscitaient des réactions féroces.

1. Quelle a été ta motivation pour fonder un label et comment en as-tu construit la ligne directrice ? Avais-tu en tête d’autres labels ou entreprises à suivre ?

La motivation initiale était celle de sortir « Flame Désastre » de Sister Iodine, qui avait cet album achevé et pas de label en vue pour le sortir. L’idée de créer un label vinyle représentait un peu une sorte de fantasme pour moi, mais il manquait un réel déclencheur pour que je saute le pas. Les connaissant de longue date nous avons tous trouvé naturel de travailler ensemble, c’était l’occasion idéale; qui plus est l’album étant excellent la motivation était optimale…
La ligne directrice : disons que j’aime, entre autre, la musique électronique et / ou bruitiste, c’est plutôt ce domaine que je privilégie; en réalité et au final je tiens à publier de la musique qui ait du caractère. Je suis aussi très fan de pop mais dans ce domaine je suis un peu resté bloqué sur les productions des années 80 et 90, donc…
Les labels qui m’ont marqués ont (ou avaient) une sorte d’attitude, qu’elle soit accompagnée de déclarations d’intentions ou pas : V/Vm Test Records, Underground Resistance, Mego, Fag Tapes, Hanson Records…
L’autre facteur important jusqu’à maintenant a également été humain : c’était pour moi essentiel de travailler avec des gens que j’apprécie, que ce soit des amis de longue date ou des rencontres importantes ces dernières années (Rodger Stella de Macronympha ou Yves Botz de Mesa…).

2. Quel rapport fais-tu entre ton propre travail artistique et ton label ? Les pochettes des disques, que tu illustres toutes, sont-elles un média plus intéressant ou plus évocateur pour toi que le papier sur lequel tu dessines habituellement ?

Pas plus intéressant qu’un autre, mais c’est un support que j’apprécie bien sûr énormément, et qui, je pense, est agréable et gratifiant pour beaucoup d’artistes visuels. Une image seule, sortie du contexte d’un livre, d’un ensemble, prend un impact tout a fait différent, comme pour une affiche. Et puis ça satisfait mon côté fétichiste, le disque en tant qu’objet, etc.

3. Le travail de sélection des disques à sortir est-il similaire à celui fait pour tes revues Nazi Knife et False Flag ? En quoi l’un et l’autre se répondent-ils ?

C’est une question un peu délicate. Les deux se répondent, évidemment, dans la mesure où je considère que dans tout ce que je fais les mediums et les pratiques se répondent. Et il y a des liens dans l’esthétique, l’énergie… Mais en même temps j’ai l’impression que le travail effectué sur Premier Sang et NK / False Flag n’est pas forcément comparable. J’ai peut-être finalement une marge moins importante de liberté et d’expérimentation dans le cadre du label, je fais appel à un nombre beaucoup plus restreint de personnes, c’est plus fermé. Même si paradoxalement je peux faire ce que je veux, puisque je suis tout seul à décider. Cela serait peut-être un peu plus proche si j’avais sorti des compilations à la place d’albums ou de EPs. Ou si le catalogue était un peu plus étoffé… Sortir des disques est un peu nouveau pour moi, alors que j’ai l’habitude de travailler sur des livres. Enfin, le hasard a eu une incidence plus importante dans le cadre du label que dans celui de NK / FF, qui sont des projets plus réfléchis.

4. Quels liens fais-tu entre l’esthétique plutôt noise de ton label et les dessins que tu produis ou choisis ?

Je n’en fais aucun, en tout cas je pense qu’ils se font naturellement, ou pas. J’ai l’impression d’avoir une approche assez intuitive de tout ça…

5. Ton label ne semble pas forcément s’intéresser à de nouveaux groupes, mais semble au contraire vouloir mettre en avant des artistes ayant déjà presque tous une oeuvre derrière eux. Est-ce cela qui t’intéresse dans la musique : des gens qui produisent une oeuvre sur la longue durée ?

C’est un peu le fruit du hasard, en tout cas pas une volonté de privilégier des artistes « confirmés », même si j’en suis très heureux. J’espère à l’avenir travailler avec plus de gens qui n’ont jamais (tel Violence FM), ou très peu, sortis de disques auparavant, mais je n’en fais pas une obsession non plus.

6. Tu as sorti un disque très inspiré par la techno de Detroit : en quoi s’inscrit-il avec ceux de Sister Iodine, par exemple ? quels échos entends-tu entre tous tes disques ?

Comme je le disais tout à l’heure, l’important pour moi c’est que ces musiques aient du caractère (quoi que cela puisse vouloir, c’est assez subjectif j’imagine…), une certaine force. Après je ne me torture pas non plus l’esprit à faire en amont des rapprochement qui n’auraient pas de sens, voire j’aime assez confronter certaines choses parfois à priori antinomiques et voir ce qui se produit. Par exemple je trouve assez cocasse de sortir en même temps les disques de Violence FM et de Mesa of the Lost Women…

7. Comment choisis-tu la pochette d’un disque ? As-tu un processus particulier ? La pochette sert-elle la musique ou est-elle le fruit du hasard ?

Chaque pochette a été réalisée dans un contexte un peu différent, pour Sister Iodine par exemple j’ai à chaque fois travaillé de manière rapprochée avec Lionel (du groupe) qui me soumettait certaines directions que je n’aurais pas forcément prises tout seul; pour celle de Violence FM j’ai quasiment entièrement laissé travailler de leur côté des amis graphistes à partir d’idées que nous avions lancés ensemble. Pour celle de Macronympha je voulais coller à l’esprit du groupe d’une certaine façon (imagerie porno notamment), car, même s’ils tombent parfois dans les travers d’une esthétique cliché, je ne voulais pas les trahir pour autant… et garder une touche personnelle en même temps. De manière générale j’ai toujours en tête que l’aspect visuel donnera une coloration particulière à la perception globale du disque.

8. Le disque de Mesa of The Lost Women a été enregistré par une caméra vidéo : est-ce que cela apporte quelque chose en plus pour toi ? La technologie mise en jeu est-elle importante à tes yeux ?

Pas vraiment, mais en tout cas cela m’amuse énormément ! Et cela colle finalement à l’esprit du groupe, qui n’enregistrent de toute façon jamais en studio…

9. Sortir des disques live, comme tu l’as fait à quelques reprises, est-il une nécessité, une manière de documenter l’urgence d’un concert plutôt que le temps plus lent du studio ?

Non. Il s’agit encore une fois d’un concours de circonstances, j’aimerais à l’avenir, si l’occasion s’en présente, sortir plus de disques enregistrés dans des conditions « classiques », même si la plupart des musiciens que je connais enregistrent rarement dans des studios pros… En tout cas je ne fétichise ni ne privilégie particulièrement l’enregistrement live par rapport au reste.

10. Quels autres disques as-tu l’intention de sortir ?

Je compte sortir 3 autres vinyles cet automne, si mes finances le permettent… 2 projets impliquant Lasse Marhaug (je ne préfère pas trop en dire pour l’instant par superstition…) et un nouveau mini-LP de Violence FM, différent du précédent, plus sec musicalement mais avec l’apport d’une chanteuse sur de nombreux morceaux. Je compte également sortir un LP de Sick Llama, ainsi que de Black Lagoya. Globalement je serais heureux de travailler à nouveau avec les gens avec qui ça s’est déjà produit.

Quelques années déjà que chaque mois de décembre, ou à peu près, est l’occasion de la sortie d’un numéro de Nazi Knife, la revue éditée par Jonas Delaborde, Hendrik Hegray et Stéphane Prigent. Pour 2010, Nazi Knife est arrivée sous forme allégée et comme un appendice d’une autre revue, qui tient plutôt du magazine, grand format, mais (presque) tout en noir et blanc : False Flag. L’expression désigne un acte terroriste, un pavillon noir : un peu le sentiment que l’on a lorsque l’on regarde ce qui est rassemblé dans Nazi Knife et False Flag, des images qui vont à l’encontre des choses jolies ou trop polies. Des images qui existent par le geste d’un auteur, un geste souvent brut, parfois brutal, et qui se font écho entre elles, d’une page à l’autre, souvent portées par le rythme même des pages mises en séquence. False Flag prend même une direction différente, en ce qui concerne le format et la construction séquentielle : moins dense, on y trouve aussi plus d’espace, de territoires non mobilisés, non cannibalisés. Pour fêter cette sortie récente et la fin de l’année, j’ai demandé à Jonas et Hendrik une liste de ce qui a marqué leur année. Ils m’ont envoyé, depuis les Etats-Unis où ils sont en « tournée » de présentation de leurs ouvrages (papiers et musicaux – Hendrik vient d’ailleurs de sortir un beau disque sous son pseudonyme Popol Gluant), la liste qui suit et la photo ci-dessous : à Malibu, un jour de pluie, c’est-à-dire un jour rare qui contraste avec l’imaginaire habituellement attribué à la Californie et Los Angeles – je ne m’attendais pas à moins, de leur part.Et Jonas a aussi ajouté : « sinon en 2010 j’ai surtout écouté Bach et Lucio Battisti, mais ils n’ont rien sorti cette année ». C’est dit.

musique
Autre Ne Veut – Autre Ne Veut
Vatican Shadow – Byzantine Private CIA
River Magic – Spring Thaw Brings the Fever
Burzum – Belus
Lil B – Red Flame
Lil B – Dior Paint
Diamond Catalog – We Are 138 BPM (mais aussi les DJ Yo-yo Dieting sortis sur Permanent
Marks –en 2009- et Weird Forest –en 2010-)
DJ Drama & Gucci Mane – Mr Zone 6
Scorpion Violente – s-t
Macronympha – Cut-Ups, Drones & Other Weird
Sister Iodine / Masaya Nakahara – Meth : Live In Tokyo
TG – L’Etreinte des Villes
Evil Madness – Cafe Cicago
Evil Moisture – If You Want To F*ck The Sky, Teach Your C*ck To Fly
Relay For Death – Birth of An Older, Much More Ugly Christ
Salem – King Night
Salem – mix pour 20 Jazz Funk Greats
James Ferraro – live à Los Angeles
Stare Case – lives à Anvers et à Montreuil

Andy Bolus & Zbigniew Karkowski – live au Rigoletto

papier
Jan Kempenaers – Spomenik (Roma Publications)
Oscar Tuazon – I Can’t See (Paraguay Press)
James Ellroy – Underworld USA (Rivages)
Adam Marnie – Untitled
Dressing For Pleasure in Rubber, Vinyl and Leather – The Best of AtomAge (Fuel)
Rodrigo Fresan – Mantra (réédition)
Valerie Phillips – Amber is For Caution
Yuichi Yokoyama – Babyboom Final
Roberto Bolano – Le Troisième Reich (Christian Bourgois)
Shelley Jackson – Mélancolie de l’Anatomie (José Corti)
+
Larry’s zines
rawraw zines
Elk zines

films
Werner Herzog – Bad Lieutenant Port of Call – New Orleans
Harmony Korine – Trash Humpers
Patricio Guzman – Nostalgie de la Lumière
David Fincher – Social Network

J’ai trouvé les zines plus tôt dans la journée et la photo ce soir chez Crocnique. Allez chez lui pour voir d’autres images de tout ça : ici, je n’ai mis que la couverture de False Flag, publication qui ressemble davantage à un magazine et évoque le format d’une revue comme Bananafish. Mis à part un cahier inséré en couleurs, l’ensemble est en noir et blanc, toujours sans parole, sans texte et comme photocopié : les dessins y apparaissent comme rongés de l’intérieur. On y retrouve, en plus des compilateurs (Hegray,  Prigent, Delaborde), quelques-uns des artificiers les plus intéressants de Nazi Knife : James Ferraro, Robert Beatty, Antoine Marquis, Dennis Tyfus et quelques autres. Il y a quelque chose, dans False Flag, de moins nourri que dans les derniers numéros de Nazi Knife (ceux de 2008 et 2009), quelque chose d’amaigri, de rendu à une réalité plus sèche, faite avec moins d’accords encore que par le passé. Là où les derniers Nazi Knife débordaient d’images et de dessins, False Flag semble mieux taillé, et cela même si l’on y retrouve parfois certaines des belles obsessions qui hantaient Nazi Knife. D’ailleurs, le Nazi Knife 7, sorti en même temps, est un petit fanzine, retour à un format moins volumineux, qui apparait comme une collection de chutes du False Flag, ou comme un compagnon d’infortune. L’un et l’autre, en tout cas, figurent parmi les livres les plus intrigants de 2010, sans équivalent, sans parenté avec qui que ce soit d’autre.

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