archive

Archives de Tag: quentin sirjacq

Plusieurs années déjà que je croise fréquemment Franck & Geoffroy avec lesquels je partage quelques passions en musique, cinéma, bande dessinée. Ensemble, ils ont un joli groupe, Minizza, qui, à mes oreilles, sonne comme un croisement radiophonique orchestré par Bridget Riley entre musique concrète et chanson.  Il y a 5 ans, ils ont eu la bonne idée de faire un label, Brocoli, et ils en fêtent l’anniversaire ces jours-ci avec des concerts aux Instants Chavirés où ils ont fait appel à quelques artistes proches ainsi qu’à des musiciens dont ils ont sorti des disques. Parmi les albums de Brocoli, mon préféré est sans doute celui sorti cette année : la chambre claire de Quentin Sirjacq, aux jolies compositions claires, menées par un piano calme.
Je leur ai demandé une sélection de disques qu’ils aiment bien et qui auraient été fondateurs pour leur label : ça donne une jolie liste intemporelle, pour faire une pause parmi les listes récapitulatives de 2010. Leur label est par là :  http://www.brocoli.org.

1. Antonio Carlos Jobim – The Composer of “Desafinado” plays (1963)
Même si l’on ne s’en rend pas forcément compte à première vue, la bossa nova est une musique que Brocoli écoute beaucoup. C’est à notre avis l’un des courants majeurs de la seconde moitié du XXème siècle (pas étonnant si cela signifie Nouvelle Vague ou New Wave). Et Jobim est le grand maître de la Bossa Nova. Cet album particulièrement, le premier qu’il enregistre en solo, contient tout ce qui nous émeut. Seul, à la guitare sèche, sans voix (alors qu’il chante divinement), il invente la Cold Wave sous les tropiques.

2. Pierre Henry – L’Apocalypse de Jean (1968)
Cela semble une évidence puisque nous publions notamment des œuvres de Michel Chion, mais la musique concrète est l’une des influences majeures de Brocoli. En 1968, Pierre Henry signe dans la collection « Prospectives 21ème Siècle », son grand’ œuvre en trois disques vinyle, une relecture concrète de L’Apocalypse selon Saint-Jean. C’est, avec les enregistrements de Pierre Schaeffer, l’un des disques les plus importants du genre, un des plus beaux, qui, plus de 40 ans après, est toujours, et largement, en avance sur son temps.

3. Neu ! – Neu ! (1972)
Nous avons choisi ce disque emblématique pour dire combien le Krautrock est une musique qui nous influence. Associant la rigueur à la nonchalance, la modestie à l’exigence, le Krautrock est un genre né en Allemagne à la toute fin des 60’s qui a totalement modifié le cours de la musique rock. Le premier album de Neu ! témoigne du foisonnement de cette période musicale dorée où il semblait tellement facile de pondre des chefs-d’œuvre (Can, Faust, Harmonia, La Düsseldorf…)

4. Michel Chion – Requiem (1973)
Nous étions d’abord des auditeurs avertis de l’œuvre de Michel Chion (littéraire et musicale) avant de le rencontrer, qu’il devienne un ami cher, et que nous ayons envie de travailler ensemble. Nous avons édité en 2006 « Tu », un mélodrame concret composé en 1977 mais resté inédit jusqu’alors. Actuellement Michel est en train de finaliser sa nouvelle œuvre, « Le Souffle Court », symphonie concrète en quatre mouvements que nous éditerons sous la forme d’un double CD en 2011. Nous ne sommes pas peu fiers.

5. Bernard Parmegiani – De Natura Sonorum (1975)
Ce qu’il y a de chouette avec la musique concrète, c’est que beaucoup des grands compositeurs du genre sont vivants, et toujours en train de composer. Bernard Parmegianni, par exemple, que nous avons eu la chance de rencontrer, est une légende adulée dans le monde entier et influence toute une génération de musiciens électroniques. « De Natura Sonorum » sonne à nos oreilles, pour plagier Schaeffer, comme une véritable « étude aux objets sonores » dans laquelle nous venons régulièrement chercher l’inspiration.

6. Throbbing Gristle – 20 Jazz Funk Great (1978)
Pour les amateurs de rock, les Beatles et les Rolling Stones sont les deux plus grands groups du monde; pour nous il s’agit de Kraftwerk et de Throbbing Gristle. TG c’est tout ce qui nous définit musicalement. Et particulièrement « 20 Jazz Funk Greats », un album accessible, électronique, fait de chansons pop, mais qui ne perd jamais le côté dangereux, malsain, qui caractérise le groupe.

7. The Cure – Seventeen Seconds (1980)
Faute de place, on ne pourra pas mettre « Unknown Pleasures » de Joy Division dans cette liste, mais on n’oubliera pas « 17 Seconds » de The Cure, que Franck considère même comme son disque préféré toutes catégories confondues. Beaucoup de disques découverts à l’adolescence nous accompagnent encore quotidiennement aujourd’hui. Celui-ci est le plus présent. Un disque-monde, mais surtout un disque-vie, découvert au milieu des années 80 et qu’on écoutera encore avec nos petits-enfants. L’énergie du désespoir adolescent est éternelle.

8. Kraftwerk – Computer World (1981)
Après TG, voici logiquement Kraftwerk dont nous ne nous permettrons pas l’affront de les présenter ici… Juste un mot sur le choix de l’album sélectionné. Nous trouvons que les gens ne parlent pas assez de « Computer World », album souvent délaissé dans les classements rétrospectifs au profit de « Radioactivity », « Trans Europ Express » ou « The Man Machine ». « Computer World » est pourtant la quintessence de l’écriture pop mise au service des machines, et dont les thèmes préfigurent internet, facebook… avec des années d’avance… Nous y revenons sans cesse.

9. Psychic TV – Force the Hand of Chance (1982)
Après le split de TG, Peter Christopherson (dont nous ne nous remettons pas de la disparition) et Genesis P-Orridge fondent Psychic TV et sortent cet album incroyable, perdu entre folk, musique industrielle, pop malsaine et leitmotivs morriconiens. Je ne sais pas si cela s’entend, mais Brocoli est vraiment marqué par la scène industrielle anglaise, c’est probablement la musique que nous écoutons le plus.

10. The Legendary Pink Dots – Brighter Now (1982)
Nous avons un lien particulier avec The Legendary Pink Dots. C’est grâce à ce groupe que nous (Geoffroy & Franck) nous sommes rencontrés, ce fut notre groupe favori pendant des années, nous avons tous les deux rencontrés Edward Ka-Spel, le chanteur/leader du groupe, c’est devenu un ami, et il chante le morceau « Globally Yours » sur le premier album de Minizza (Brocoli 001, 2005). « Brighter Now » est leur premier album, mais nous considérons que c’est leur meilleur, une sorte de réinvention de la naïveté après l’Apocalypse.

11. Nurse With Wound – The Sylvie & Babs HiFi Companion (1985)
Voici une autre de nos grandes histoires d’amour : Nurse With Wound et bien sûr sa tête pensante Steven Stapleton. C’est une sorte de mètre-étalon, de phare dans la nuit, d’exemple à suivre à tous niveaux : musique, inspiration, esthétique. Nous nous retrouvons parfaitement dans chacun de ses projets et dans le label qu’il dirige depuis la fin des années 70, United Dairies, une sorte de référence absolue pour Brocoli.

12. Coil – Horse Rotorvator (1986)
Formé par Peter Christopherson, après TG et Psychic TV, et John Balance, Coil est, on peut le dire, notre groupe préféré. « Horse Rotorvator », découvert à sa sortie, fut un choc sans précédent. Un disque qui brassait autant les références littéraires, cinématographiques (c’est par ce disque qu’on découvrit Pasolini par exemple) que musicales, et qui proposait un univers si riche qu’il changea notre vision du monde.

13. Talk Talk – Laughing Stock (1991)
On écoute Talk Talk depuis qu’on est gamins et on les a vus se bonifier au fil des albums (à partir de « The Colour Of Spring ») pour achever leur carrière sur ce chef-d’œuvre absolu, disque sans doute aussi important que le « Velvet Underground & Nico » ; un disque séminal, qui inventa un genre (le post-rock) et qui est à l’origine de la création de bons groupes dans le monde entier. Ce n’est pas tellement le type de musique que nous publions, mais Dieu sait qu’elle nous influence, Minizza, mais aussi Pierre-Yves Macé ou Sylvain Chauveau, qui vont jusqu’à les reprendre sur scène.

14. Mimir – Mimyriad (1993)
A la mode dans les années 70, les super-groupes, regroupements occasionnels de musiciens cultes, étaient un peu passés de mode jusqu’à ce que Mimir apparaisse au début des années 90. Mimir c’est/c’était Edward Ka-Spel, Elke (sa copine de l’époque) & The Silverman de Legendary Pink Dots, Christoph Heemann & Andreas Martin d’HNAS et Jim O’Rourke (une autre de nos idoles). « Mimyriad » est leur second disque, et croise à merveille l’expérimental ambient, le field recording et la guitare aérienne.

15. POL – Transomuba (1994)
Odd Size (meilleur label français de tous les temps) connait un âge d’or entre 1993 et 1995 en ne publiant que des chefs-d’œuvre, notamment grâce à la foisonnante scène de Cologne d’alors : « Onea Gako » de Markus Schmickler, « Distraction » d’Illusion Of Safety, le disque unique de Kontakta, « Sept Autres Créatures » de Laurent Pernice, mais surtout « Transomuba » de POL, trio formé par Markus Schmickler, C-Schulz et Christoph Kahse. Ce disque totalement hors-norme évoque un croisement entre la transe, l’electro, le rock sauvage, la cold wave, le field recording et la musique expérimentale. Lorsqu’il sort, il sonne à nos oreilles comme une révélation, il condense tout ce que nous avions toujours voulu entendre, brise totalement les barrières entre les genres et annonce le cross-over qui va dominer la musique des années 2000.

16. Gastr del Sol – Upgrade & Afterlife (1996)
Mêlant l’expérimental au folk, le duo américain Gastr Del Sol, formé par deux musiciens à l’identité très marquée et la carrière solo très riche, Jim O’Rourke et David Grubbs, a toujours navigué entre sens mélodique et expérimentation. Cet album, sans doute leur plus accompli, propose aussi bien des plages de musique concrète, de pièces de piano sous l’influence de Feldman, que du fingerpicking pur (notamment une magnifique reprise de John Fahey). Nous nous reconnaissons beaucoup dans cette démarche. Modestement, Brocoli a toujours eu envie de faire écouter de la pop aux gens qui viennent de la scène expérimentale et vice versa. Personnellement, nous écoutons les deux, en nous fichant totalement de barrières posées entre les genres.

17. Mouse On Mars – Autoditacker (1997)
Encore issu de la scène de Cologne, Mouse On Mars est un groupe que nous avons beaucoup écouté, notamment lorsque nous écrivions le premier album de Minizza. Electro-pop évidente, dansante, entrainante, la musique d’ « Autoditacker » n’en demeure pas moins extraordinairement complexe dès qu’on prend le temps de poser son oreille au milieu des nombreuses strates sonores qui composent ses morceaux. Nous y revenions souvent, leur piquant des trucs, y trouvant des solutions.

18. Lassigue Bendthaus – Pop Artificielle (1999)
Lassigue Bendthaus est l’un des nombreux projets de l’Allemand Uwe Schmidt (Atom Heart, Señor Coconut…). Uwe est symboliquement attaché à Brocoli (sans qu’il le sache) puisque c’est à un concert d’Atom Heart aux Transmusicales de Rennes en 2000 que nous avons décidé de créer Minizza, puis Brocoli. C’est en écoutant sa musique que nous avons eu envie de nous lancer. Si nous avons choisi « Pop Artificielle » qui n’est pas son meilleur album, c’est parce qu’il est sorti à cette période, mais aussi parce que c’est un album de reprises, genre auquel nous aimons nous prêter.

19. Coil – Musick to Play in the Dark vol. 1 & 2 (2000)
Coil apparaît plusieurs fois dans cette liste, mais comment ne pas citer ce dyptique extraordinaire qui est sans doute le disque qui nous influence le plus. Déjà, le nom de notre label vient d’une chanson, « Broccoli », extraite du volume 1 (chanson que nous reprenons sur scène d’ailleurs). Ensuite, ces disques marquent le retour de Coil à la chanson après une longue traversée du désert, notamment due aux drogues. Et c’est dans cette musique lunaire, basée sur des chansons simples à l’ambiance nocturne et magnétique, que nous nous retrouvons le plus. Il y a parfois des disques dont on se sent si proche qu’ils semblent émaner de notre propre personne. C’est le cas de ceux-ci.

20. Daft Punk – Discovery (2001)
Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous sommes fans de Daft Punk et de « Discovery » en particulier. Apparemment c’est un disque de petits malins, aux samples faciles et sauvages, mais leur science du son est beaucoup plus complexe que cela. Nous aimons également beaucoup la musique électronique. Nous produisons nous-mêmes certains de nos disques, et « Discovery » est un exemple en matière de production, de mixage, de mastering. Une corne d’abondance qui propose tout ce que pourrait être la musique populaire du XXIème siècle.

BROCOLI – 5 YEARS OF MUSIC, part 2, jeudi 16 décembre avec :

MINIZZA
ON (Sylvain Chauveau & Pierre-Yves Macé)
QUENTIN SIRJACQ (avec Steve Argüelles)

Aux Instants Chavirés, 7 rue Richard Lenoir, 93100 Montreuil, M° Robespierre
20 heures, 10 euros

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :