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Peu de grandes bandes dessinées cette année, mais surtout quelques livres illustrés étranges et beaux comme Villa Mauresque, Quelques Collectionneurs, Le Lac Sombre, l’Arrière-Pays ou les Praticiens de l’Infernal… Et pas mal de Japonais à lire absolument (l’autobiographie de Mizuki est un sommet, l’anthologie américaine de Seiichi Hayashi en est un autre et Gekiga Fanatics un troisième…). Aussi, quelques romans graphiques qui dénotent par leur sincérité complexe : La Propriété, La Saison des Billes, Heartbreak Valley… Côté rééditions, l’Inventaire de Floc’h est indispensable, tout comme l’intégrale de Krazy Kat en français. Sans oublier le splendide travail fait avec le Spirou de Chaland, lecture obligatoire pour tous les passagers de ce blog.

Shigeru Mizuki, Vie de Mizuki 2 : Le Survivant, Cornélius

Rutu Modan, La Propriété, Actes Sud BD

Gilbert Hernandez, La Saison des Billes, Atrabile

Seiichi Hayashi, Gold Pollen and Other Stories, Picturebox

Floc’h et Rivière, Villa Mauresque, La Table Ronde

Pierre La Police, les praticiens de l’infernal, Cornélius

Masahiko Matsumoto, Gekiga Fanatics, Le Lézard Noir

Pierre Le-Tan, Quelques Collectionneurs, Flammarion

Blexbolex, l’Arrière-Pays, Orbis Pictus

Tom de Pékin, Le Lac Sombre, United Dead Artists

Simon Roussin, Heartbreak Valley, 2014

Suehiro Maruo, DDT Le Lézard Noir

Sardon, Le Tampographe, l’Association

Dash Shaw, New School, ça et là

François Henninger et Thomas Gosselin, Lutte des corps et chute des classes, l’Apocalypse

+ rééditions

Floc’h, Inventaire, La Martinière

George Herriman, Krazy Kat 2, Les Rêveurs

Yves Chaland, Spirou, Dupuis

Steve Ditko, Impossible Tales, Fantagraphics

Al Williamson, 50 Girls 50, Fantagraphics

Frederik Peeters, Les Pilules Bleues, Atrabile

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J’ai longtemps haï le dessin de Carmine Infantino. Je le découvrais vers les années 70 et 80 dans quelques petits formats en noir et blanc et surtout dans Titans, où il dessinait la déclinaison comics de Star Wars. Son dessin, tout souple et en circonvolutions ne faisait guère sens avec celui, tout droit et sec, de John Byrne, héros d’alors. Il n’avait pas non plus la noirceur de Frank Miller, autre grand de ces années-là. Ce n’est que plus tard que je me rendrai compte qu’Infantino était en fait leur père, que sans lui, ils n’auraient pas existé (surtout Miller) et que, surtout, le dessin d’Infantino était, tout singulièrement, beau. Notamment lorsqu’il faisait Batman ou Flash – son Flash des années 80 est d’ailleurs une petite merveille et ses mêmes années sur des séries mineures comme Spider-Woman sont étonnantes de créativité – et de psychédélisme aussi. Mais, sans doute, son oeuvre la plus belle date de ses années sur la série de SF Adam Strange, parue dans le comics Mystery In Space : splendeur de clarté pop. En plus de tout cela, d’une oeuvre riche et incroyablement mésestimée aussi, Infantino a été éditeur chez DC Comics dans les années 70, période riche en errements et en inventivité conjugués. Parti à 87 ans, il faut lui redonner sa juste place : à côté de Jack Kirby, de Steve Ditko – ce genre de génies.

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Les lecteurs de ce blog connaissent mon affection pour le travail de Jonas Delaborde, ainsi que celui de Hendrik Hegray – ensemble, ils éditent Nazi Knife et False Flag. Au détour d’un mail annonçant la création d’une nouvelle maison d’édition, Der Vierte Pförtner Verlag, et son premier livre, La Nuit du Diable d’Antoine Marquis, j’avais demandé à Jonas Delaborde, impliqué dans cette nouvelle création, de me raconter son année 2012 – sous la forme d’une liste. Ce à quoi il a répondu ainsi : « je me suis creusé la tête pour trouver une manière honnête d’aborder un truc rétrospectif concernant 2012. Ce à quoi je suis arrivé, c’est le texte que je t’envoie. Je vais probablement encore passer pour un pisse-froid aigri, mais tant pis (tant mieux ?). » D’où le texte qui suit, plus revigorant, à mon sens, qu’aigri (loin de là, tant pis ?) :

« Globalement, j’ai du mal à trouver une perspective qui fasse sens pour parler des livres, des films ou des disques sortis en 2012. Je n’ai rien vu de très récent, ni lu, qui m’ait frappé par sa fraicheur. Même si je peux entendre le reproche que je fasse preuve d’une myopie volontaire.

Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne les images, j’ai toujours le sentiment qu’on est très seuls quand on fait Nazi Knife. Je ne vois pas passer beaucoup de publications stimulantes. Je me souviens avoir lu une interview de Steven Stapleton qui disait qu’il faisait de la musique pour fabriquer la bande son de ses trips, parce que cette musique dont il avait besoin n’existait pas chez les disquaires.

Nazi Knife, False Flag, ou ce nouveau projet de Der Vierte Pförtner Verlag, c’est un peu la même chose.

Coincés entre l’allégeance à l’iconographie publicitaire de l’industrie du luxe (je pense aux bons petits soldats financés par agnes b pour broder une énième tapisserie de déclinaisons sur une thématique gentiment satanique) et les aspirations patrimoniales de jeunes vieux qui font dans le commentaire « critique », on est obligés de mettre la main à la pâte pour faire exister des formes éditoriales ambitieuses. Je ne parle même pas des espaces (qu’ils soient physiques ou éditoriaux) contrôlés par l’institution artistique française : l’imposture et la fumisterie des responsables ne peut donner naissance qu’à un vaste champ homogène de médiocrité tendance.

Pour autant, ça ne nous empêche pas d’accepter une invitation dans tel ou tel salon, en espérant y gagner un peu d’argent, ce qui n’arrive jamais dans des proportions qui rendraient notre reniement moins amer. Et puis bon, j’imagine que si on nous invite, c’est qu’on est bien plus inoffensifs que ce que je vise.

Bref, pour revenir à ta proposition de top 2012, cette année, j’ai surtout téléchargé des comics : j’ai lu les runs de X-Men de Morrison et de Whedon, je suis dans Doom Patrol, formidable, mais pas nouveau du tout, toujours de Morrison.

C’est aussi en 2012 que j’ai basculé dans une boulimie totale de SF. A part peut-être le Providence de Ferré, que j’ai lu en début d’année (et encore, ça n’est pas très éloigné du fantastique), je n’ai lu que du Dick, du Silverberg, du Lafferty, du Ballard, du Priest, du Sheckley, etc. J’ai aussi le nez, par intermittence, dans les Jardins Statuaires de Jacques Abeille, qui m’habitent autant que l’inverse.

Il ne faut pas que j’oublie aussi de dire que j’ai acheté, de manière absolument néophyte (et parceque j’ai vu des images qui me plaisaient sur le blog de crocnique), les gros ouvrages consacrés aux magazine works de Moriyama et de Nakahira. Je ne le regrette pas. Depuis je guette un peu tout ce que je peux trouver de Nakahira.

Et pour la musique, je dois avouer que je n’ai pas acheté un seul disque depuis 2 ans. J’en ai téléchargé pas mal, mais pas tellement de choses récentes (à part les mixtapes de Gucci Mane, Lil B ou Mr. Muthafuckin’ eXquire). Récemment, un copain m’a fait suivre des trucs de Slim Guerilla. C’est très bien, mais je me vois mal mettre ça tout seul dans un top de l’année.

Par contre, à chaque fois que je retourne chez mes parents, je récupère des cassettes. Pour finir donc, voilà une liste de cassettes et/ou boxsets retrouvés avec joie dans mes cartons cette année. Je ne sais pas si ça fera découvrir grand chose à grand monde, mais je suis bien content de pouvoir les réécouter (surtout les Jessica Rylan).

– Jessica Rylan – Lush Life (IRFP, 2006)

– Robert Horton – The Great Hum (Dreamtime Taped Sounds, 2007)

– Daily Life – Best Of Relax-In Vol.1 (Unskilled Labor, 2008)

– Head Molt – Space Funeral (Anti-Everything, 2011)

– The Ray Pacino Ensemble – Be My Lonely Night (Lal lal lal, 2005)

– New Order – Technique (Factory, 1989)

– Swans – Children Of God (Caroline, 1987)

– William Bell & Tobe Hooper – The Texas Chainsaw Massacre (Dutch Oven, 2006)

– Mammal (Nihilist, 2006)

– Climax Denial – (IDES, 2006)

– Emaciator – Triumph (Monorail Trespassing, 2006)

– Bromp Treb – Advancing Bads (Bonescraper, 2012)

– Jessica Rylan – Wiped Away (Durable Stimuli, 2006)

– Tourette – (Lulle, 2007)

– Avarus – Kimi On Tintti (Lal lal lal, 2004)

– Rotton Carracas – Plant Water (?)

– Violent Students – Time to Surf (Richie Records, ?)

– Dog Lady – Dark Circus In Windsor (2010)

– Roxy Music – Avalon (EG, 1982)

– Compilation – Fox Box (Fag Tapes, 2008) »

 

 

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Sans vraiment y prendre garde, certaines années, vous êtes quittés, abandonnés. En 2012, c’est la bande dessinée qui m’a déserté. Entièrement. Peu de livres m’auront emballé, peu de BD auront su me cueillir, me surprendre, évoquer en moi, entre elles et moi, ce même sentiment d’étrangeté qui m’aura longtemps tenu à son propos. Et me forçait, m’obligeait à écrire. Cette année, les livres de dessin, les romans graphiques, auront été trop sages, sans surprise. En tout cas en ce qui concerne ceux qui venaient des mêmes franges qu’auparavant, pour la plupart. Au moment de faire un bilan, il y en a tout de même quelques-uns qui se sont imposés. Mais, en y regardant bien, ils sont issus d’auteurs déjà fréquentés – dire que le meilleur livre de l’année, c’est celui de Charles Burns est une joie, mais aussi une déception : personne n’aura surgi pour prendre la place de Burns ou de Clowes. Dire aussi que certains des beaux livres de l’année ont pris des formes très lointaines de la BD est un encouragement, mais aussi une déception : qui a lu les Enfants Pâles, qui a lu Big Questions ou la fable animalière de Matthew Thurber, livres gargantuesques qui méritent d’y consacrer une vie entière ? Mais, au fond, ce qui est le plus surprenant cette année, c’est un double mouvement : celui du retour à des choses classiques, relevant souvent de la nostalgie (Serge Clerc & Phil Perfect réédité, Blake & Mortimer impeccable, Loustal en grande forme, des dizaines de rééditions splendides…) ou d’une attitude irrémédiablement punk – ce qui aura suscité la meilleure frénésie, la plus irrésistible envie de tourner des pages, ce sont les livres déviants de Johnny Ryan et celui, imparable, de Josh Simmons d’où se dégage une cruauté que l’on pensait ne plus fréquenter en BD. Une cruauté qui présage d’un futur d’Apocalypse, si tant est que l’on puisse laisser à ce jeune auteur la place pour s’exprimer, la latitude pour faire des livres au vitriol, à l’acide. Evidemment, il n’est pas traduit en France. Dommage, son livre, recueil d’histoires brutales, est une perle de frayeur, rare.

Josh Simmons, the furry trap (Fantagraphics)

Charles Burns, La Ruche (Cornelius)

Savage Pencil, Trip or Squeek’s big amplifier (Strange Attractor)

Karl Wirsum, Drawings 1967-1970 (Picturebox)

Johnny Ryan, Prison Pit 4 (Fantagraphics)

Jim Starlin, Essential Warlock (Marvel)

George Herriman, Krazy Kat vol1(Les Rêveurs)

Floc’h Où mène la vie ? (Hélium)

Pierre la police, les praticiens de l’infernal (Cornelius)

Johnny Negron, Negron (Picturebox)

Loo Hui Phang et Philippe Dupuy, Les enfants Pâles (Futuropolis)

Anders Nilsen, Big questions (L’Association)

Matthew Thurber, 1-800 Mouse Trap (Picturebox)

Basil Wolverton, Spacehawk (Fantagraphics)

Serge Clerc, l’Intégrale Phil Perfect (Dupuis)

Namio Harukawa, Maxi Cula (United Dead Artists)

Raymond Pettibon, Whuytuyp (JRP Ringier)

Cf, Sédiment (Picturebox)

Stu Mead, Fentasia (Le Dernier Cri)

Poïvet & Charlier, Guy Lebleu (Sangam)

Bruno Richard, Dead dog vaginas (Timeless)

Revue Ms meesterd (Ultra Eczema)

Hendrik Hegray & Jonas Delaborde, Nazi Knife 9 (FLTMSTPC)

Collectif, Weird science (Akileos)

Juillard & Sente, Blake et Mortimer : Le serment des cinq lords (Dargaud)

Stéphane Prigent, False Prophets (Editions FPCF)

Ron Rege, The Cartoon Utopia (Picturebox)

Hendrik Hegray, Fine Young Cannibals (warmgrey)

Rory Hayes, The Dolls Weekly and the Crawlee Things (United Dead Artists)

Loustal & Götting, Pigalle 62.27 (Casterman)

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