Femminielli, c’est beau

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Certains disques, d’un coup, vous permettent de bazarder plusieurs pans de votre discothèque – et de votre mémoire : Shanghai c’est beau, de Femminielli, sur Clan Destine Records (Glasgow n’est jamais loin de nos amours, Paris non plus, la vérité entre les deux), organise ce genre d’apnée personnelle et intime dont on ressort avec l’envie de tout nettoyer, tout remettre à zéro, passé et présent confondus dans un même geste salvateur – plus rien n’importe sinon ce que l’on vient d’écouter. Qui convoque en même temps des souvenirs de Jean Rollin et Conrad Schnitzler, Brigitte Lahaie et Throbbing Gristle, un pensionnat pour jeunes filles perpétuellement moites vers Bordeaux et une arrière-salle post-punk à Bruxelles. Femminielli convoque tout cela en mettant en œuvre une musique nocturne, élaborée autour de machineries disco amaigries, aux accords mineurs, de réminiscences techno, de voix tortueusement poétiques. Où sommes-nous ? Dans un souvenir de l’Elysée-Matignon ou dans un feuilleton de l’ORTF aux images perdues ? Dans un rêve de Genesis P-Orridge ou une somnolence de Cabaret Voltaire ? Quoi qu’il en soit, les postes sont multiples, et chaque écoute déconstruit la précédente, redonne à penser, à espérer aussi. Pas étonnant que Femminielli soit proche de Dirty Beaches : ensemble, ils forment la singularité sonore la plus entêtante et énigmatique des années 2010 – ils sont au panthéon de ce qui ouvre le mieux nos oreilles ces jours-ci.

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