Une mixtape d’Alexandre Galand (Les Maitres Fous)

Jana-WinderenJana-Winderen-Energy-FieldEn plus d’être aux commandes du blog Les Maitres Fous, Alexandre Galand a sorti récemment un livre déjà classique, ne serait-ce qu’à cause de son statut si singulier, qui traite des disques de field recordings – enregistrements de terrain, qui reproduisent les bruits du monde. Alexandre en a fait un guide dense et labyrinthique, car de cette pratique qui semble réservée aux explorateurs scientifiques, s’est développée une multitude de possibilités sonores, musicales, concrètes, au-delà du geste documentaire pur. Son livre, donc, Field Recording, l’usage sonore du monde en 100 albums (Le Mot Et Le Reste, qui est par ailleurs l’éditeur de deux de mes livres), est un précieux guide de découvertes, une cartographie au sein d’un amoncellement d’enregistrements cherchant déjà eux-mêmes à établir une carte sonore du monde. A ma demande, Alexandre a fait une mixtape, expliquée ainsi :  » La thématique de cette compilation est l’inaudible. Perturbations électromagnétiques dans la ionosphère, cris d’animaux aquatiques ou de chauves-souris, fonte des glaces du Lac Baïkal ou encore vibrations de fils téléphoniques dans le désert australien, tous ces sons ne peuvent être perçus par l’homme s’il n’use d’un équipement technique adapté (microcontacts, hydrophones…). Ce terrain de l’inaudible, immense et d’une richesse insoupçonnée, est exploré inlassablement par quelques artistes qui parviennent à en révéler la beauté musicale. En cela, ils contribuent à « mettre en morceaux le jeu consolant des reconnaissances » de nos modes d’écoute, ce qui est peut-être une des qualités principales du field recording. En accompagnement, une briolée aux bœufs berrichonne et un jodle du Muotatal donnent à penser une autre forme d’inaudible, de par la disparition des modes d’être qui les faisaient vivre… »

Merci à lui pour ces choix, son livre et les morceaux qui suivent :

 Solo Whale, Roger Payne, Songs of the Humpback Whale (1970, BGO, 2001)

Sferics, Alvin Lucier, Sferics (1982, Lovely Music, 2009)

Primal Image, Alan Lamb, Archival Recordings (Dorobo, 1995)

At the Sea Ice Edge, Douglas Quin, Antarctica (Wild Sanctuary, 1998)

Bottle at Mountain Road, Toshiya Tsunoda, Extract from field recording archive #2 (Häpna, 1999)

Baikal Ice Flow Split 2, Peter Cusack, Baikal Ice (Spring 2003) (ReR Megacorp, 2004)

Magnetic Nets, Christina Kubisch, Interpreting the Soundscape (Leonardo Music Journal, 2006)

Isolation/Measurement, Jana Winderen, Energy Field (Touch, 2010)

P. pispistrellus/M. daubentonii, Michel Barataud – Ballades dans l’inaudible. Méthode d’identification acoustique des Chauves-souris de France (Sittelle, 1996)

 Ferdinand Brunot, Briolée aux boeufs, 1913.

« Jüüzli » Jodel du Muotatal. Suisse (Hugo Zemp, 1979, Collection du CNRS et du Musée de l’Homme, Chant du Monde)

A écouter par ici.

18 commentaires
  1. jacques d. a dit:

    J’allais dire, « quand j’entends le mot field recording (qui en fait néanmoins deux), je sors mon transistor (pour paraphraser Jean Yanne) »… et puis, dans cette liste, je vois le nom de Peter Cusak et je vais à ma discothèque et je vois qu’il y traîne encore son « where is the green parrot ? », un disque que j’aime encore un peu bien et qui est déjà pas mal field machin truc… alors je ne sors qu’à demi mon transistor.. mais quand même tous ces enregistrements de glous glous de flotte, de gris gris d’insectes (de préférence exotiques), de chute de flocons de neige et de coup de vent dans les branches (de sassafras), bon sang, pfuitt, non ? Un peu comme les bananes et le jazz mixés par le père Sartre ?!!!

  2. jacques d. a dit:

    Ah, et j’avais pas bien vu/lu, bon sang, y a un même disque de baleines, tudieu, comme chez Nature et Découvertes… le drame, c’est ça, le field recording c’est l’antichambre de Nature et Découvertes… au secours !!!!!!!! Allez, hop, je ressors mon transistor.

  3. T. a dit:

    Jacques, sans chercher à te convaincre, je te conseille éventuellement la lecture de The Soundscape: Our Sonic Environment and the Tuning of the World par R. Murray Shafer écrit en 1977, traduit en Français en 2010 (Le Paysage Sonore, le Monde Comme Musique).

    Œuvre d’un compositeur, théoricien (on doit à Murray Shafer le concept de Soundscape), poète, érudit, ce livre dresse un panorama des paysages sonores et de leur perception à travers les âges (par de multiples témoignages laissés dans la littérature et la mythologie), pour finalement soutenir que le monde offre une vaste composition accessible à tous ceux qui veulent bien l’entendre. C’est tout simplement passionnant, cette lecture enflamme l’imagination et l’intellect.

    A écouter : http://www.franceculture.fr/emission-les-vendredis-de-la-musique-murray-schafer-une-vie-sonifere-2010-10-08.html

    Je profite aussi de cette tribune pour conseiller un documentaire d’Arte sur l’utilisation actuelle par l’armée américaine, de la musique comme moyen de torture sur les prisonniers.

  4. jacques d. a dit:

    J’ai lu, il y a longtemps, l’édition française (de 1977 ? 1979 ?) du livre de R. Murray Shafer, intitulé « le paysage sonore », ouvrage séduisant comme souvent le sont ces écrits théorisant des pratiques (des visions) esthétiques.
    Le problème réside (essentiellement ?) dans la discographie globale (le corpus mondial des enregistrements du genre) « field recording » : combien de ces enregistrements réussissent-ils à éviter les inévitables (les incontournables du genre) bruits d’eau, de tonnerre, de circulation (urbaine), d’ambiances rurales nocturnes, d’insectes, de grenoullles, de néons (cassés ou non), de radiateurs facétieux, etc… Ce retour du « réel » via les productions (à consulter au rayon field recording) de ceux qui ont donc écouté, médiatisé et récréé le vaste monde est souvent bien… moins stimulant que les écrits cités plus haut.
    Bon, je suis d’accord, le transistor n’est pas forcément le stimuli idéal non plus.

    • RZB-DRK a dit:

      Faut dire que le transistor, dans l’improvisation libre (enfin paraît-il, parce qu’on se prend à douter en ces temps où les témoignages phonographiques sans conviction pullulent), est sacrément « cliché » aussi (à la longue, même chez Keith Rowe), tout comme la boîte de cirage vide frottée sur les cordes (à la longue, surtout chez Fred Frith et ses suiveurs), les chaînes et tout l’attirail d’inspecteurs gadgets de moult disciples des pratiques étendues (pas chez tous certes).

      A B-g, au cas où je l’aurais reconnu : pas de soucis, j’ai écouté le Fritz Hauser chez Schiiin, et je l’adore !

      • krrrzzzwwwfff a dit:

        Et pour les amateurs de radiateurs, de néons et de transistors, un seul disque :

        • T. a dit:

          Et Pascal Rueff ? Un maître (inconnu de la sphère blogueuse à horizon très limité) de la composition sonore à base de Field Recording : http://www.binaural.fr/binaural/?p=212

        • RZB-DRK a dit:

          Ce beau texte de Pascale Rueff et Christophe Ruetsch, extrait d’un Atelier de Création Radiophonique :

          « Le chemin vers la Zone qui devient un rituel,
          le bip des dosimètres aux mêmes endroits,
          le silence dans le camion qui s’enfonce,
          Je suis au coeur du paradoxe »

          C’est sûr, c’est pas du Ballard !
          Et encore moins « Stalker » !

    • T. a dit:

      J’aime bien les radiateurs facétieux (enfin pas trop en ce moment) ! Les frigos expressifs m’enthousiasment également… Bon je comprends que l’on puisse ne pas être fan de cigales électroniques, mais tu m’accorderas que le Field Recording ça peut aussi être Presque Rien…

      • RZB-DRK a dit:

        Loin de moi l’idée de répondre à la place de Jacques ..
        Mais en ce qui me concerne, au Luc F. de « Presque Rien » je préfère celui avec Filles des « Danses Organiques » (et l’article de L’Art vivant allant avec ; par contre le « Presque Rien avec Fille » tout court me touche assez peu).

        • T. a dit:

          Ah Daniel Caux ce formidable passeur… Merci je ne connaissais pas Danses Organiques.

  5. B-g a dit:

    à jacques d. : c’est quoi ce discours de réac à deux balles ?

  6. jacques d. a dit:

    Deux balles, c’est dèjà une de trop dans le canon du revolver !

  7. T. a dit:

    Encore un mot : pour ceux que l’attirail électronique ne rebute pas, nos amis Helvètes organisent ce we un symposium/mini-festival dédié aux « instruments intangibles » (je cite) avec ateliers, concerts, conférences, la plupart gratuits. Apparemment la part belle est faite au Theremin.

    Si vous êtes du côté de Lausanne : http://www.node-rdv.ch/

  8. jacques d. a dit:

    Pour T.
    Ah oui le « presque rien avec filles » (et la réponse tardive que lui fit Nurse With Wound sur un disque, je ne sais plus lequel, un truc avec des filles qui babillent en français), j’aime ça en effet…

  9. RZB-DRK a dit:

  10. jacques d. a dit:

    Ca vaut presque le remugle de (punk à) chien mouillé

%d blogueurs aiment cette page :