Le visiteur (de chaque soir)

La meilleure manière d’en finir avec les choses, c’est de les stopper net et passer ailleurs. Jim O’Rourke aura ainsi passé les 20 dernières années à déjouer les attentes en sabordant les projets, en abandonnant vite les territoires occupés par lui à d’autres. Brise-Glace puis Gastr del Sol, avant Sonic Youth. Aucun groupe ne l’a retenu. Et, aussi, la trilogie « Roeg », trois disques pop nommés d’après trois films successifs de Nicholas Roeg, à laquelle il donna, il y a trois ans, un appendice titré d’après un disque imaginaire vu dans un autre film de Roeg (the man who fell to Earth, avec Bowie). The Visitor, donc : un seul morceau qui visite l’Américana à la façon d’une composition de musique concrète, tout en mouvements, tourneries, tectonique, transitions, élévations. Un disque américain fait au Japon où Jim s’est exilé. Et d’où il n’envoie guère plus que des signaux de son passé : les derniers disques sortis, après the Visitor, sont pour la plupart des documents d’archive. Mais des archives qui rendent fous ceux qui les écoutent, à l’image du dernier en date, Old News 8, reprise de sa composition Mere en 3 parties, augmentée d’une version live, Merely, enregistrée au début des années 90. Jim devait alors avoir vingt ans et ce qu’il faisait alors résonne encore avec une grâce inqualifiable – Merely est beau à pleurer, tout comme The Visitor, autre pièce maîtresse d’u seul tenant, étape lumineuse d’une vie passée à accumuler les chefs d’œuvre mais comme pour mieux les brûler, aussitôt.

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