Pour terminer l’année, Robert Hampson

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Pas facile de laisser de côté, finalement, ces trois disques sortis dans l’année et dus à un héros de jeunesse, Robert Hampson (Loop, puis Main), devenu figure pour notre quarantaine avec ces compositions aux frontières de la musique concrète et du drone. Il y a quelques mois, petite anecdote, le dernier morceau de Répercussions était le seul à trouver grâce, musicalement, aux yeux et oreilles de John Cale que nous soumettions, candide, à un blind-test. Pas étonnant que le vieux musicien ait apprécié la musique de son plus jeune élève virtuel : le morceau, hommage à Cale, est symbolique, surtout de ce qui est le plus fort chez Hampson, à savoir une sorte de précision dans les détails et le mouvement même de la musique composée. Precision limpide, qui n’a que peu de pairs – on songe à Parmegiani et aux manières, aussi, qu’a Jim O’Rourke de faire progresser sa musique de son intérieur même, sans jamais la froisser ni montrer qu’elle est, au fond, mouvante. Il y a de cela chez Robert Hampson dont les trois disques sortis cette année témoignent d’une économie des moyens mise au service d’une grande ambition musicale, presque dévorante, tant s’entendent les échos d’une même obsession d’un disque à l’autre, comme si, en enregistrant, la catharsis ne survenait pas, le sujet ne s’épuisait pas non plus. Tant mieux. Car, ce qui est conquérant ici, c’est la façon dont Hampson semble s’imposer des contraintes (de composition, de matériel, d’enregistrement) pour sculpter des paysages majestueux et très résonants. Car, ce qui est en jeu, au fond, c’est à chaque fois la construction d’un espace qui porte les apparats de l’intime, un espace extrêmement personnel où virevoltent des aigus, comme légèrement angoissés, et tenu, tout de même, par un soubassement faussement monocorde, comme rattaché à chaque fois à une terre, un terreau de confiance (en soi ? On n’en sait rien). La singularité de ces trois disques a sans doute fait qu’inconsciemment, ils ont été mis de côté dans ce classement si subjectif de l’année 2012. Ils auront sans doute, pourtant, une vie longue, une familiarité en soi, inéluctable : ils sont revenus à l’esprit tout à l’heure à la lecture de ces lignes de Patrick Modiano qui décriraient mieux que quiconque l’effet à retardement de la musique de Robert Hampson, si elle en était le sujet : « je crois qu’on entend encore dans les entrées d’immeubles l’écho des pas de ceux qui avaient l’habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer après leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que l’on capte si l’on est attentif. Au fond, je n’avais peut-être jamais été ce Pedro McEvoy, je n’étais rien, mais des ondes me traversaient, tantôt lointaines, tantôt plus fortes et tous ces échos épars qui flottaient dans l’air se cristallisaient et c’était moi ».

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