Sylvia

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Par une étrange coïncidence, j’ai appris la mort de Sylvia Kristel en sortant d’un avion où je venais de passer douze heures. Un avion pris après avoir bouclé le prochain numéro d’Obsession qui contient une photo de Sylvia Kristel dans un avion. Or, Sylvia Kristel, que j’aurais rêvé rencontrer, à longtemps été le symbole même, pour le gamin que j’étais dans les années 70, de la sortie d’avion. Explications, pour ceux que ça intéresse : né au Liban, j’ai vécu par intermittence en France dans les années 70 – et à l’époque, Paris était à la fois un havre de paix et un pays de cinéma : j’allais avec mon père sur les Champs-Elysées voir des films, manger une glace au drugstore ou, plus loin, au quartier latin. L’avion menait à cela et sur les Champs, il y avait Emmanuelle – le premier film a longtemps tenu l’affiche, vers le milieu de l’avenue.
Et, je n’oublierai jamais l’affiche de Goodbye Emmanuelle qui était sorti vers 1978 au Cinéma Publicis : on y voyait Sylvia dans l’eau embrassant furieusement un garçon que j’imaginais tout aussi furieusement, du haut de mes 7 ans, ne pouvoir être un autre que moi. Cette image m’obséda tant, que mon père promit de m’emmener voir le film, avec un postiche de vieillard pour me faire passer pour beaucoup plus âgé que lui. Drôle d’idée, que nous ne réalisâmes jamais, mais qui demeure encore en moi et m’a convaincu d’une chose : Sylvia Kristel devait se mériter et je réalise que j’aimais en elle, non pas tant les films, mais l’image qu’elle renvoyait depuis les affiches, depuis les couvertures aussi, vues plus tard, du magazine Lui. En photo, elle avait, ces années-là, un état de grâce remarquable qui, depuis son regard, faisait comprendre qu’elle pouvait tout être à la fois – et d’abord une copine.
Rétrospectivement, l’image de Sylvia Kristel aura été mon premier amour, (plutôt que) mon premier fantasme – la savoir partie, elle qui avait tant contribué à rendre sexy les longs courriers, alors même que je suis sorti d’un avion pour me retrouver à Hollywood, fait un effet de loupe sur un passé que je prenais pour donné, quasi oublié. 30 ans plus tard, le Paris que Sylvia Kristel avait à ses pieds me revient en mémoire et j’essaie, depuis les hauteurs du Sunset strip et le fin fond de mon jetlag, d’y remettre un peu d’ordre.

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1 commentaire
  1. j’aime bien ce texte
    et j’aimais bien le drugstore

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