« Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir »

Drôles de garçons, un brin (trop) sensibles, qui ont regardé trop de films. Les disques de la scène post-noise US (ou post-Wolf Eyes, même) continuent à dérouter alors qu’ils devraient au contraire commencer à lasser. Arrivé en fin de printemps, ce split LP est dû au label français Hands In The Dark (avec ce nom, ils auraient pu faire de l’electroclash en 2003, ça leur aurait davantage rapporté, j’en suis sûr). Et comme le récent split sorti par Shelter Press (avec ce nom, ils auraient pu sortir de la new wave en 1982 et prendre la place de Factory), entre Pete Swanson et Rene Hell, il étonne par sa richesse, sa profondeur, son opacité, mais aussi son ouverture, ses surprises. La face A, signée Lee Noble, est joliment ambient, mise en plis atmosphériques, tournant doucement et donnant des gages de bonne volonté post-hippie (on songe à Rainbow Dome Musik, un peu à Aphex Twin, à Eno, etc.). Mais, c’est l’autre côté qui remporte tout, avec deux morceaux entêtants, dont, surtout, le premier, qui surgit de nulle part et s’empare d’une voix tout droit sortie d’un film français sixties : celle d’Anna Karina dans Alphaville de Jean-Luc Godard, récitant un poème de Paul Eluard – Capitale de la Douleur, « si tu souris.. ». Ensemble Economique construit là une longue excursion à coups de nappes de synthé, boite à rythme ralentie, guitare planante. Au début, on a l’impression d’être pris dans la gange lente d’une musique de film 80’s, genre polar sans grand budget au son inspiré par Tangerine Dream. Puis, l’arrivée de la voix qui parle en Français (et donc de la fille – ce qui donne bien tout un charme explicitement sexué au morceau) emmène tout cela ailleurs, dans une sphère toujours cinématographique, mais portée par quelque chose d’essentiellement différent : plutôt que d’illustrer un mouvement, le morceau en est la narration. Et ce d’autant plus que Brian Pyle alias Ensemble Economique rajoute sa propre voix, dont on entend le timbre, grave, au loin. Une histoire d’amour se dessine là, se raconte et se regarde, yeux mi-clos. Du storytelling post-noise ? Un peu, et c’est très prenant.

4 commentaires
  1. RZB-DRK a dit:

    Je n’ai jamais aimé ce morceau de Diabologum,
    mais le film d’Eustache, oui, à la folie.
    La force du morceau, si force il y a, vient, c’est évident, du tempo du passage retenu de « La Maman et la Putain ».

    Je m’interroge sur les épousailles des échantillons issus de pellicules cultes et de toute musique dite « post ».
    J’écouterai donc Ensemble Economique. Le texte d’Eluard est si beau.

  2. RZB-DRK a dit:

    Me revient ceci en mémoire, et qui m’émeut : Jean-François Pauvros (musique) + Jean Seberg (texte)

  3. Arturo B. a dit:

    Pas encore écouté mais j’aime déjà ce disque !

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