American Rock Trip, l’obsession des lieux du rock

Ne pas s’y tromper, ce livre, au fond, n’est pas un ouvrage sur les lieux du rock aux Etats-Unis, mais bien un guide de toutes les folies du rock, des fous qui essaiement dans le genre. Stéphane Malfettes, l’an dernier, a fait le tour des Etats-Unis pour y visiter les musées consacrés à la musique – une vieille lubie personnelle, mais après tout, ce garçon ingénieux travaille dans un musée à Paris. On imagine, donc, l’attrait qu’a pu exercer sur lui, depuis son bureau parisien, toute la flopée d’endroits fous, de musées obliques ou quasi imaginaires qui sont autant de jalons dans l’histoire de la musique.

De son périple, Stéphane a fait un joli livre, racontant son parcours et ses rencontres. Pour ce blog, il a bien bien voulu répondre à quelques questions, histoire de faire la lumière sur quelques points de son voyage.

D’où est venue l’envie de faire un tour des Etats-Unis consacré aux musées du rock ?
Les musées du rock réunissent trois choses qui me passionnent et me fascinent : les musées en
général, le rock et les Etats-Unis. Je fais partie de ces gens à qui le rock a très tôt donné envie
d’écrire. Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est la façon dont cette musique est devenue
bien plus que de la musique en inventant un langage visuel, des attitudes face au pouvoir, au
corps, au sexe, à l’art, à la mort… Un pan entier de l’histoire du rock est aujourd’hui transmis
de façon muséale. Le rock doit assumer cette part muséifiée, comme dans ce merveilleux
vidéoclip de Johnny Cash, « Hurt », où l’on assiste au crépuscule d’une idole dans sa maison
au milieu d’un fatras de vieux souvenirs.

Y a-t-il une trame ou un schéma qui se retrouve dans chacun des musées que tu as visités ?
Je suis tombé sur un nombre effarant de paires de cowboy boots ! La botte est l’attribut
vestimentaire number one du rock (peut-être parce qu’on n’entre pas au paradis avec ses
bottes). Les musées du rock, du blues et de la country exposent en effet souvent des tenues
de scène mais aussi beaucoup d’instruments. Ça peut paraître ringard mais contrairement
aux reliques qu’on trouve dans les Hard Rock Cafes, ces objets sont souvent des prétextes
à raconter des histoires, voire l’Histoire des Etats-Unis. Les musées les plus imposants
comme le Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland, l’Experience Music Project de Seattle
ou le Grammy Museum de Los Angeles ont également recours aux nouvelles technologies
(projections vidéo, supports multimédias interactifs) pour rendre le parcours muséographique
plus vivant.

Tu as tenu un blog pendant ton voyage : en quoi cela a-t-il aidé ou nourri l’écriture du livre ?
Ce blog m’a permis de faire partager au jour le jour et de façon assez spontanée les aventures
que je vivais sur place. La forme du livre s’est beaucoup émancipée de ce carnet de route
initial car j’ai préféré une approche thématique à un développement chronologique. Le blog
a néanmoins constitué un salutaire aide-mémoire compte tenu du nombre de kilomètres
parcourus, de visites effectuées, de personnes rencontrées et d’anecdotes à raconter.

Penses-tu qu’il y ait un regain des musées consacrés au rock ces dernières années ? Ou un
essoufflement ?
Ces musées connaissent depuis quelques années un véritable essor. Plusieurs grands projets
sont d’ailleurs en cours aux quatre coins des Etats-Unis. « Toutes les grandes villes aux
États-Unis ont leur musée de Beaux-arts, pourquoi n’auraient-elles pas leur musée dédié au
rock ? » m’a dit Bob Santelli, un ancien journaliste à Rolling Stone devenu le grand manitou
de la patrimonialisation musicale aux États-Unis. C’est lui qui assure le commissariat de
l’expo « Bob Dylan, l’explosion rock (1961-1966) » actuellement présentée à la Cité de la
musique à Paris.

Y a-t-il un autre genre qui ait suscité, à ta connaissance, une telle floraison de lieux
obsessionnels ?
Aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde, il existe des musées sur tout et n’importe
quoi. Par exemple à Zagreb, il y a un musée des relations brisées ! Mais il se passe quelque
chose de très particulier avec les musées dédiés au rock et à la patrimonialisation des sites
historiques (maisons de naissance de musiciens, studios célèbres comme ceux de la Motown
à Detroit). Grosso modo, les Américains n’ont pas de Chapelle Sixtine mais ils ont Bruce
Springsteen. Par-delà leurs différences, les Etats américains reposent sur un puissant socle
culturel commun dont le rock est un élément majeur. Se rendre sur tous ces sites patrimoniaux
d’un nouveau genre équivaut à remonter aux sources : ils permettent une confrontation directe
et irremplaçable avec la façon dont les Américain tentent de construire leur histoire nationale.

Enfin, en quoi ton regard sur ces endroits a-t-il changé, à force de les visiter après les avoir
imaginés depuis la France ?
Certaines musiques qui traversent – et sont traversées par – American Rock Trip ne m’étaient
pas vraiment familières, le blues et la country par exemple. Ce voyage m’a permis de
découvrir leur richesse et de mesurer leur importance dans la construction de l’identité
culturelle américaine. J’ai percé cet insondable mystère qu’est, pour nous Européens, la
country music ! Ces musées révèlent l’attachement quasi-irrationnel que les musiques
populaires suscitent. Ce qui est enfin fascinant, c’est de découvrir ces lieux dans leur contexte
géographique, politique, social. Dans le farwest texan notamment !

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