MV & EE, Space Homestead, en boucle

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Il y a quelques années, un mois d’octobre ou novembre à Paris, je séchais le festival du journal pour lequel je travaillais alors pour aller vers Belleville, dans une librairie nommée En Marge (envolée depuis) y écouter un groupe américain formé par Matt Valentine et Erika Elder. Tous deux vétérans d’une scène néo hippie et folk, ils avaient déjà enregistré ensemble plusieurs disques plutôt beaux, mêlant électricité et sécheresse, nuits d’orage et ombres de palmiers, en plein désert. Ce que j’entendis ce soir-là, assis médusé face à eux, était bouleversant de calme, de beauté rentrée, de piété, quasiment. MV, barbu au chapeau, guitare soudée au bras, EE, plus menue, brunette, pedal steel sur les genoux : leur image, chantant yeux fermés est restée gravée. Ensuite. Revus une fois, et écouté bien d’autres disques, mais rien d’aussi fort que ce soir-là et son morceau central, Cold Rain, par ailleurs parsemé sur plusieurs disques du duo. Et puis, cet album, recommandé par le site Volcanic Tongue et écouté presque paresseusement d’abord. Mais la paresse aura duré moins de quelques secondes, tant le disque s’installe d’emblée dès son ouverture de quelques secondes planantes, en hommage à l’actrice Barbara Steele, suivies par un morceau à couper le souffle du dernier hippie : une ballade spectrale, à deux voies, portée par l’électricité et l’acoustique, la slide au milieu et le tout en référence à un croisement de Neil Young et du Grateful Dead. Où sommes-nous ? Dans un rêve éveillé, d’une ville reconquise par une nature gazeuse, qui ne connaît que les joints d’herbe et l’héroïne, du LSD sans doute, mais ignore ce que sont le speed, les amphétamines, la coke, le coca même. Tant mieux : le résultat est si prenant qu’on est obligé d’y revenir sans cesse, se demander où l’on est, ce qui se passe exactement là. La réalité n’a jamais intéressé ce groupe et nous non plus qui comme eux sommes bien mieux dans le confort de la maison démente et impossible qu’ils érigent là, loin de tout, dans les arbres, plutôt que dans les buildings.

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