Jef Gilson, RIP…

En 2004, dans les Inrockuptibles, j’écrivais le texte suivant à propos de la compilation Zao, reprenant les années 68/70 de Jef Gilson :

« Dans la série des grands inconnus à découvrir d’urgence, le Français Jef Gilson pourrait très facilement remporter la plus haute distinction tant sa musique, foisonnante et complexe, n’a jamais bénéficié d’une quelconque reconnaissance publique, et a été trop rapidement reléguée dans les oubliettes les plus moisies de l’histoire de la musique. Pourtant, ce pianiste français aura longtemps été à la pointe de son genre de prédilection, le jazz, dont il aura, de la fin des années 50 jusqu’à la fin des années 70, anticipé toutes les révolutions et accompagné les plus importantes métamorphoses.

Mais la partie la plus enthousiasmante de son œuvre a été enregistrée en compagnie de musiciens de Madagascar. « Je crois beaucoup à ce que j’appelle un folklore vivant. Quand on se contente de faire revivre le passé, en essayant de transformer les œuvres en question en pièces de musée, le folklore au bout d’un certain temps meurt, se fige et n’intéresse plus personne (?). L’objectif numéro un est de se trouver soi-même. De ne jamais faire de copies et de ne pas avoir d’idées préconçues. » Ces mots de Gilson, qui donnent une idée précise de son projet artistique, datent de 1968 et servent de notes de pochette au disque Zao, qui vient de sortir et compile les meilleurs morceaux de ses enregistrements en compagnie de musiciens malgaches. Ce disque couvre ainsi les sessions qui se sont déroulées à Madagascar, puis d’autres, qui datent de 1973, enregistrées à Paris, avec d’autres musiciens originaires de Madagascar, mais exilés en France.

Dans ces morceaux, il n’y a jamais de tentative pour apprivoiser, dompter ou occidentaliser l’inconnu. Au contraire : tout se passe comme si les compositions de Gilson étaient d’abord des cadres lâches à l’intérieur desquels s’expriment toutes les sensibilités et où, surtout, fermente une musique très spirituelle, presque extatique. Il n’est donc guère étonnant d’entendre là une reprise du morceau The Creator Has a Master Plan de Pharoah Sanders, interprété par des gamins qui y injectent des déflagrations tout aussi flamboyantes que celles de la version originale. »

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