J’écoute Lose Today de Stare Case

Issu de Wolf Eyes, Stare Case est une belle démarcation, marquant une rupture, une faille, dans le territoire noise du groupe d’origine, annonçant une virée ailleurs, dans un répertoire plus décharné, comme si, d’un coup, le bruit avait cédé sa place à autre chose, mais que la fureur demeurait bien là. En une poignée de morceaux, Nate Young et John Olson explorent un son évoquant une rugosité blues, électrique et rappelant presque le Nick Cave de Tender Prey plutôt que les bluesmen originaux. C’est sans doute, dans cette comparaison, la distance avec le blues et sa recréation, qui joue à plein. C’est aussi, sans doute, une idée quasi mythique de réinvention de soi, mais dans une esthétique quasi sacrée aujourd’hui : car, en plus du blues, le groupe cite le Velvet Underground (celui du bootleg sacré Sweet Sister Ray, celui-là même dont on n’a jamais pu garder un exemplaire tant il est beau, intense et migraineux). En quelque sorte, c’est en s’enracinant dans ces deux polarités du passé, que Stare Case parvient à séduire et à faire penser qu’il y a bien une vie, très féconde, après le bruit de Wolf Eyes. On le savait, bien sûr, avec les disques en solitaire d’Olson et Young, mais on ne l’avait jamais autant saisi, de façon presque physique (on n’ose dire juste rock, presque pop). Il y a dans ce disque, de l’électricité, de l’espace sale, des abîmes de douleur, du faux jazz, beaucoup de basses, de l’électronique de décharge, une envie, surtout, de marteler une musique aux chansons surgies droit des entrailles. Un des beaux, beaux disques de l’année, qui ne se réclame de rien, mais ouvre une fente vers la lumière.

Publicités

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :