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Archives Mensuelles: mars 2011

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Dans le nom d’Opéra Mort, il y a quelque chose de fondamentalement impénétrable, mais aussi étrangement familier, exactement comme dans celui d’un autre duo, Autechre, dont le patronyme même évoque une pluralité de possibles tout en demeurant foncièrement inexpliqué. Opéra Mort fonctionne de la même sorte, faisant surgir une foule de sentiments premiers et d’images, qui font exister la musique avant même qu’elle soit entendue. Et puis, Opéra Mort est un duo, qui construit une musique électronique réellement abrasive, en déréliction permanente, sortant saturée depuis des machines qu’on imagine glanées au hasard de rencontres fortuites. Il y a là, dans ce nouvel album titré Des Machines Dans Les Yeux et édité par Bimbo Tower, qui fait suite à une poignée d’autres (CDr, vinyle monoface), de la dynamique, du souffle, du souffre aussi, et pas mal de gestes que l’on imagine tordus, tordant les instruments, les effets et les textures. Au coeur de ce mix aux accents sauvages, mais ici tout de même extrêmement contrôlés, surgissent des voix fracturées, des échos de cris, de colères ou de chants psalmodiés. En bout de face A, surtout, un morceau intitulé La Vidéo-Surveillance ressuscite avec âpreté le son sépulcral de Suicide, machines en boucles rondes tubéreuses et voix d’outre-caverne que l’on croirait sorties toutes d’un disque oublié d’Alan Vega et Martin Rev. De quoi effrayer plus d’un enfant, mais aussi la plupart des adultes que l’on connait, à commencer par nos voisins – de table.

Chez Haxan Cloak, dont un premier album sort ces jours-ci chez l’excellent label anglais Aurora Borealis, la peur surgit autrement, elle est moins bondissante et davantage implicite, au centre d’un rituel dont ce premier semble être la bande son très dévorante. Entre musique classique et musique barbare, folklore hanté et drone désenchanté, Haxan Cloak dessine une carte sonore qui figure parfaitement bien au revers d’une cassette imaginaire dont Opéra Mort aurait été l’autre face. L’un et l’autre ont en tout cas quelque chose en commun : désarçonner nos oreilles, les habituer à autre chose, une fois de plus.

Epais volume composé de photographies (celles de Fleury) faisant écho à des dessins (ceux de Pidoux), qui se consulte comme un ouvrage fantôme – ou plutôt crépusculaire, dont on aurait ôté quasiment tous les corps (comme un miroir négatif du récent Hillbilly Heroin, Honey), histoire de saisir une vie à l’abandon : vie organique ou urbaine, peu importe. Ce qui est tissé dans ce livre, c’est un dialogue à trois : entre les deux auteurs et leur vision d’un monde qui se défait et dont les images les plus vives n’ont plus d’identité formelle. Photo ou dessin ? Peu importe, ce qui compte, c’est la dévastation, des paysages et des sentiments.

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