J’écoute Metal Mountains

Vos meilleurs amis, parfois, sont des disques ou des livres – des films aussi, mais plus rarement parce qu’ils sont trop partagés par d’autres. Un disque, un livre, ça ne parle qu’à soi et lorsqu’on peut s’y perdre, surgit aussitôt la même impression de perte qui existe dans une conversation avec un ami, un amant, une figure qui passe. Metal Mountains, à la première écoute dans un magasin de la rue Keller, m’a fait cette impression de renouer avec quelqu’un que j’aurais aimé revoir plus tôt et qui réapparaissait, bavard, intime, scélérat comme avant. Une voix, des guitares, des échos électriques, des synthés épars, une atmosphère alanguie mais psychédélique : cet album, mené par des anciens du groupe freak folk Tower Recordings, évoque la même fragilité qui habitait les deux premiers, beaux et sidérants, albums d’Espers. Mais en moins techniquement maîtrisés, moins sentimentalement démonstratifs : ici, on est dans un non-dit, un non-joué presque, qui laisse place à un imaginaire où se bousculent les arrangements fantômes, les réverbérations, spectres et contrastes, les couleurs sonores lentes. Peu de soleil, peu de lumière, mais un tourbillon plutôt doux, qui ramène au rêve, aux noctambules. Un disque pour renouer avec les disques, lorsqu’on les a bien connus, aimés, abandonnés, repris, aimés à nouveau.

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2 commentaires
  1. Hello Joseph. C’est avec une immense joie, et presque un soulagement même, que j’ai lu le post que tu as publié chez CroCnique pour dire que tu étais toujours là !!!
    Cela faisait plusieurs jours que je n’arrivais pas à accéder à ton blog, comme si celui-ci avait disparu de la blogosphère. Je n’arrivais pas à comprendre cette soudaine disparition. Et te revoilà, pour notre plus grand plaisir.

    Dans ton post tu dis : « Vos meilleurs amis, parfois, sont des disques ou des livres – des films aussi… »
    Je rajouterai : des blogs aussi, comme le tiens !!!

    Je ne connais pas ni n’ai déjà écouté Metal Mountains.mais je suis d’accord avec tes propos autours de ce disque, sur les disques, livres et B.D en général.
    « …non-dits, non-joué, place à l’imaginaire, lenteur, rêves, noctambules, spectres, douceur….. » Tout ce que j’aime dans les disques, les films et les B.D aussi. Dernièrement, j’ai éprouvé et retrouvé ces sentiments avec le film « Somewhere » de Soffia Coppola.
    Petit à petit, elle bâtit une œuvre essentielle. Soffia Coppola est un peu la Wong Kar Wai américaine (même non-dits, lenteur, virtuosité formelle….). Du moins, ce n’est que mo modeste avis !!!

    Heureux de te retrouver…………..à + + !!!

  2. Francis a dit:

    J’attendais impatiemment la sortie de ce disque , aimant les musiques discrètes mais envoûtantes de Samara Lubelski (ici au violon ) et PG Six ( ici à la guitare électrique Eko/pedales d’effets psyché ou au piano ). Là en trio avec Helen Rush (ex Tower Recordings ) qui mène bien la barque à la guitare fingerpicking et à la douce et claire voix , on est complètement transporté par sept magnifiques compositions en même temps très charpentées , ciselées , traçées au cordeau et aussi complètement vaporeuses , nous donnant l’impression tantôt de nager dans les profondeurs d’une eau trouble caressé par de belles plantes oscillantes tantôt d’être hypnotisé par un soleil aveuglant .
    Un disque qui n’a eu à ma grande surprise que peu d’articles , un disque peut-être trop intemporel ,trop en dehors des modes,ou trop old school . Je t’en sais gré , Joseph , d’avoir contribué par ton article à mettre en lumière la beauté rare de cet album .
    Pour ceux qui aiment les Byrds , le Velvet (sur le canapé ! )… , un album à avoir (téléchargeable légalement sur emusic).

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