J’écoute The Elements de Joe Henderson et Alice Coltrane

 

En quatre morceaux, ce disque, longtemps écouté, mais à peine apprivoisé ces dernières heures, explore une mystique bien à lui, partant des champs soniques d’Alice Coltrane, mêlant bourdons d’Inde et hypnose jazz, menant l’auditeur dans un périple qui annonce ce que feront plus tard des gens comme Four Tet, avec des machines. Ici, il n’y a rien de synthétique ou d’électrique, quoi que, sur le premier morceau de la face B, des réverbérations et échos semblent parcourir les instruments, évoquant ce que Joe Henderson avait tenté sur son album des mêmes années, Multiple, qui intégrait des sons de synthétiseurs analogiques. Ici, Alice Coltrane joue comme si elle était en Inde et Henderson joue là où il est, quelque part entre Brooklyn et L.A., sans doute Detroit. Les musiciens qui les suivent construisent pour eux un cadre si bien serré qu’une fois pénétré, il est difficile d’en sortir,de s’en défaire. Il y a du violon, des percussions qui évoquent parfois la monotonie fantastique et lourde de Can et surtout la basse si présente de Charlie Haden. Avec le recul, c’est peut-être là, avec Journey in Satchidananda et Lord of Lords (autre splendeur avec Charlie Haden, plus céleste), le plus beau disque enregistré par Alice Coltrane. Une merveille, sans âge, mais qui vieillit si bien.

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10 commentaires
  1. jlle a dit:

    Un de mes disques favoris, et puisqu’on en est à indirectement parler de violon, et que dans le free tout le monde connait Leroy Jenkins ou Billy Bang, eh bien Michael White, présent ici, il faut bien le dire, accomplit des merveilles, comme sur ses disques Impulse!, voire ses enregistrements en qualité de sideman, ou encore sa collaboration avec Prince Lasha, autre méconnu dont le travail, passé une certaine période, mérite un retour en grâce (on pourrait aussi citer, parmi les altistes, Sonny Simmons, Anthony Ortega, le premier dans un registre à peine différent).

  2. Fred a dit:

    je ne connaissais pas ce « the elements », ça semble assez sublime… sinon, Joseph, as-tu chopé/écouté la récente réédition du « space probe » de sun ra sur art yard ? je possède une ancienne version de ce disque et je me demandais si l’achat de cette version « augmentée » était justifié…

    • CroCnique a dit:

      Tu peux y aller les yeux fermés (mais les oreilles bien ouvertes), The Elements est sublime !
      J’ai pour ma part découvert ce disque dans une interview de Four Tet où il disait adorer cet album.

    • joseph a dit:

      Salut Fred,pas vu la réédition de Space Probe, qui est un de mes Sun Ra préférés surtout dans sa « vraie version » (une face électronique, une face percussive). Cela dit, j’ai un peu abandonné les rééditions Art Yard : j’en ai marre de racheter des disques que j’avais passé une éternité (et une fortune) à tenter de trouver !

  3. Fred a dit:

    Un disque conseillé par Joseph + Crocnique = no hesitation !

  4. Je ne connais pas ce disque mais le titre « Earth » en écoute est fantastique. Un véritable voyage sonique entre occident et orient où les cuivres sont vrillés, la basse et la batterie rythment en toute liberté cette transe sonore !
    Belle découverte pour les amoureux du jazz libre, du jazz tout court !

    P.S : « Baïlador », le dernier Michel Portal est un bijou. Ma critique perso ici : http://muziksetcultures.over-blog.fr/article-bailador-de-michel-portal-2010-64581245.html

    A + +

  5. T. a dit:

    Yep, ce disque (trouvé chez feu Youri pour ma part) est une tuerie de bout en bout.

    T.

  6. jlle a dit:

    Il y a sur ce disque le génial Kenneth Nash aux percussions, que l’on entend sur l’excellent Village Of The Pharaohs de Pharoah Sanders qui en fourmille.

  7. jlle a dit:

    Quant à Portal, la plus belle période me semble-t-il est celle de Chateauvallon, de No No But it may be, avec Tamia, Francioli, Bernard Vitet.

  8. matthias a dit:

    Si van gogh avait pu écouter ce disque, il ne serait sans doute pas coupé l’oreille.

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