Je suis englouti par le Final Space de BJ Nilsen et Stilluppsteypa

Pas d’autre mot pour décrire l’impression faite par ce double vinyle : « englouti ». Quatre faces colossales, qui serpentent, vibrent, étreignent le temps et l’espace, font plonger dans une cuve d’éternité, avec, dans le fond, un peu bave, aussi. Monolithique, mais extrêmement changeant aussi, cet album étreint les oreilles, crée des hallucinations, à force de bourdonnements soutenus avec tension, menant vers l’angoisse. Rien d’immatériel ici : tout est joué sur des instruments analogiques, qui surgissent les uns au-dessus des autres, à la façon de spectres disciplinés, organisant une musique de bout de course, à la fois en strates et en longueurs. BJ Nilsen, dont chaque disque, surtout depuis qu’il les sort sous son propre nom, est une sorte de bénédiction sonique (avant, c’était Hazard, et c’était déjà très bien), devient avec les années un vrai héros personnel, un modèle auquel on peut frotter tous les autres musiciens du même genre. Ses disques ont l’air simples, ils se dévoilent toujours simplement effarants, constitués de bruits, d’enregistrements, de séquences contenues – comme si leur folie allait surgir d’un moment à l’autre. Stilluppsteypa est un groupe, moins connu ici, mais  le souvenir d’un de leurs albums sorti sur Mille Plateaux au début des années 2000, demeure vivace et enchanté. Ensemble, ils ont déjà commis plusieurs beaux disques, sur quelques labels éparpillés en Europe, mais celui-ci est le plus beau, le plus assuré, le plus intrinsèquement prenant et happant. On voudrait y confronter des images, et puis l’on se dit que ce n’est guère la peine : rien de plus cinématographique que ces longs mouvements lents et riches, qui résument toutes nos vies rêvées, de l’Homme de l’Atlantide au triangle des Bermudes.

5 commentaires
  1. eyeless a dit:

    Je n’en suis pas revenu non plus, le disque est plus envoûtant que Invisible City et Man for the deep river leur première collaboration. Ca me fait plaisir que tu parles de BJ Nilsen.

  2. johan a dit:

    Je n’ai pas encore écouté cet album mais je suis bien décidé à le faire. J’ai beaucoup aimé The Short Night et le Live at Konzerthaus, Vienna.

  3. Nico a dit:

    J’adore aussi ce que fait BJ Nilsen, ça me rappelle un peu le Eno de « On Land ». une musique sombre, assez somnambule. Essayez d’écouter la K7 sortie l’an dernier chez Ideal : ultra atmosphérique, un genre d’hommage à Klaus Schulze et Tangerine dream.

  4. joseph a dit:

    Ah oui, j’ai raté cette cassette. Quelqu’un l’aurait à vendre ou aurait un lien pour l’écouter ?

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