Je lis le Vagabond de Tokyo 2 édité par le Lézard Noir

Après un premier volume paru il y a un an, rempli d’histoires très fiévreuses et drôles, le Lézard Noir persévère et sort un autre livre d’histoires courtes autour du même personnage, dues à Takashi Fukutani. Ce Vagabond de Tokyo 2, dont les récits datent des années 1982 à 1984, est aussi exaltant que son prédécesseur et, par certains aspects, bien plus fou encore. Toutes les histoires du livre mettent en scène un personnage de loser japonais, établi dans un Tokyo prospère mais dont il ne voit que la face sombre et les côtés les plus miséreux, misérables. Minable, loti d’un quotidien crasseux, incapable de travailler, courant après un argent qu’il lui est impossible de garder, exposé à des situations rocambolesques qui se retournent, le plus souvent, contre lui, ce personnage n’est pas pour autant un repoussoir : il est, au contraire, extrêmement attachant par ses failles, ses déviations de la norme, sa paresse et son désir de s’en sortir tout en se retrouvant, toujours, floué par la vie. Et, là où les personnages d’un auteur comme Tatsumi persévèrent dans leur solitude profonde, s’ancrant presque d’eux-mêmes dans la violence sourde du quotidien sans jamais y trouver  le moindre réconfort, les personnages du Vagabond jouissent au contraire d’un privilège rare : celui d’avoir de l’humour – ou en tout cas, bénéficient du regard très amusé et jamais cynique de leur auteur, qui appuie à la fois là où ça fait mal et là où ça fait rire, en même temps. Ici, les histoires assemblées forment un portrait d’une ville et d’une poignée de marginaux, de figures comme on en croisait parfois dans les pages brûlées et oubliées de Métal Hurlant : des personnages de BD, qui charrient avec eux, dans leurs corps dessinés, toute la cartographie douloureuse du réel. Ce deuxième volume est sans doute plus attachant encore que le premier : vivement le troisième !

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1 commentaire
  1. Ibzz a dit:

    Houuuuuuraaaaaaaaaahh!! Merci pour l’info, le premier est pour moi une véritable perle. J’avais un peu peur que le lézard noir ne puisse continuer à l’éditer. Merci à lui, et à toi.

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