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Archives Mensuelles: novembre 2009

Depuis quelques mois, j’écoute des groupes aux noms qui résonnent plutôt tendrement dans mes oreilles fatiguées : Chora, The Hunter Gracchus, Part Wild Horse Mane On Both Sides… Le magazine Wire a la bonne idée de leur consacrer plusieurs pages ce mois-ci (qui d’autre est capable encore de s’engager pour de tels inconnus, de tels sons ?) et regroupe l’ensemble sous l’appellation de The Now Sound of Sheffield – référence au vieux son de Sheffield (Cabaret Voltaire préhistorique ?) et sans doute aussi à The Now Sound, label où l’on trouvait des singles de Skullflower, durs et hargneux.Chez moi, issus de cette clique, quelques CDR, des choses glanées sur Youtube ou autre, et surtout deux albums sortis par un label Français, Chironex : le premier est dû à The Hunter Gracchus et le second (en photo ici) est un enregistrement collectif capturé à Lyon l’an dernier. Sorti sous le nom de Drapeau Noir, regroupant Chora et Part Wild horse Mane On Both sides, ce disque est un long déploiement sinueux et sinusoïdal, incorporant des traditions aussi diverses et complexes que la musique indienne et le  noise, la musique improvisée et le drone purement psychotrope. Le genre de musique que l’on n’écoute pas en famille, encore moins entre « copains » et sûrement pas pour y trouver du plaisir, de la joieou un quelconque sentiment de plénitude. Pas non plus ici de dépression ou de défaillance. Cette musique se déplie organiquement et organise autour d’elle  une forme sonore (sonique) de renoncement implicite à tout autre chose. Ecouter cela, c’est bien s’immerger dans un corps, comme l’on découvre un premier amour auquel on n’aurait droit qu’une seule fois, mais dont la résonance continuerait à hanter, longtemps après. Il y a des sons désagréables, d’autres tout moelleux et envoûtants. Il n’y a pas d’équilibre, pas de beauté. C’est juste de la musique qui se crée et que quelqu’un a eu la bonne idée de capter, de capturer et de presser sur un vieux bout de vinyle noir.  Merci pour la transmission depuis Lyon, l’au-delà.

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Longtemps fantasmé sur ce petit livre carré que l’on ne voit que dans les musées, le premier Spirou dessiné par Franquin, Après Rob-Vel et  Jijé (dont on voit quelques planches  ici, faisant la transition avec Franquin). Edité en 1948, l’original est rare, cher, intouchable. Heureusement, une belle édition en fac similé arrive à temps pour Noël et j’y retrouve des histoires déjà lues dans des compilations, des volumes épars. Mais rassemblées ici, elles diffusent une puissance primitive, un sens de la mise en scène très libre, tout en essais et expériences, emplis d’humour et de vélocité, de souplesse dans le trait et de maladresses aussi, de tendresse. Un autre livre me hante aussi au même moment où je retourne en 1948 avec Spirou : le Storeyville de Frank Santoro, livre géant sorti par Picturebox il y a deux ans,  et auparavant édité par Santoro lui-même sur du papier journal en 1995. Récit d’apprentissage mis en scène à partir d’un gaufrier rigide que l’auteur s’amuse à dépasser ou ne pas utiliser, Storeyville donne l’impression d’être griffonné, gribouillé : et sans doute, Santoro a-t-il jeté tout cela sur ses feuilles comme l’on dresse un brouillon de plan de bataille. Mais, sans doute aussi, a-t-il compris que l’essentiel était déjà là, dans le premier jet, la première prise, la seul qui vaille. D’autres auraient repassé de l’encre sur tout cela, mais Santoro livre un livre brut et esquissé, mais aussi tout à fait construit. A l’origine, Storeyville était inspiré par Chris Ware et était sorti sans nom d’auteur. 14 ou 15 ans plus tard, le livre conserve, même avec le nom de Santoro inscrit dessus, un étrange pouvoir d’envoûtement, tout aussi brut que celui du premier Spirou de Franquin : entre l’un et l’autre livre, il y a une communauté de trait, une communion d’esprit.

 

1982 ou 1983. Je vis à Beyrouth, ouest, j’ai dix ans, onze ans, douze ans, je dévore toutes les BD qui me tombent sous la main, trouvées sur place ou arrivées de Paris. Chaque semaine, je reçois avec plusieurs semaines de retard sur leur publication en France, le journal de Spirou et celui de Tintin. Deux histoires me font chavirer. La première est d’Yves Chaland : une relecture du personnage de Spirou, publiée en un strip hebdomadaire, qui me fait encore frissonner, 25 ans plus tard et a ouvert mon amour pour tout ce qu’a fait Chaland, puis Serge Clerc. Une autre histoire me marque aussi, alors, profondément : le Privé d’Hollywood, qui résonne d’une force violente avec les films que me montre alors mon père : Le Faucon Maltais, Le Mystérieux Docteur Korvo, The Brasher Doublon… L’histoire me saisit, elle parle de cinéma, on y voit des acteurs que j’identifierai plus tard (Boris Karloff, Bela Lugosi, Veronica Lake…). J’y penserai régulièrement dans les années à venir et je lirai, plus tard à Paris, le deuxième épisode des aventures du détective, titré Amerika. Je ne lirai jamais le troisième, je détesterai profondément tout ce que fera ensuite le dessinateur de la série, Berthet, j’adulerai les livres du scénariste François Rivière, dessinés pas Floc’h, je serai souvent intrigué par ceux de José-Louis Bocquet, l’autre scénariste du livre. Aujourd’hui, il y a une réédition du Privé d’Hollywood en un petit volume (genre roman graphique), en noir et blanc. Je suis heureux de retrouver ce vieil ami, de voir que Berthet avait une belle élégance claire, surtout dans le premier chapitre, que je suis toujours ému par ce détective et ses amours, tout en regrettant l’absence de ces couleurs qui avaient si durablement impressionné ma tête de gamin, ces couleurs qui dessinaient une impression d’Hollywood, un fantasme de Californie et de cinéma.

J’écoute les Bongos, ce morceau, un album, le morceau In The Congo et trouvé ce texte de Richard Barone, leur « leader », dont l’album solo live chez New Rose était un joyau :

« What was great about the early Bongos, to me anyway, was the extreme sense of spontaneity and recklessness onstage. There was no second-guessing. There was zero self-consciousness. Believe me when I tell you this. And, if I recall correctly, on the rare occasions that we rehearsed, we hardly ever played our own songs, focussing instead on covers that we may or may not perform in front of an audience. So, when the Bongos went on stage, it was always a new experience.

Phil Marino captured the essence of the early Bongos like no one else. He understood the sweet roughness. And because he could see it, he allowed us to. He showed us who we were.

The Bulrushes video is my favorite of the several we made. Instantly archival-looking, even new, it had the appearance of lost footage… like The Beatles at the Cavern Club. Besides the sense that Phil was documenting moments with the urgency of someone who knows they will never happen again – matching and complimenting our energy with his camerawork – the look and feel of this video was truly influential: Grainy, saturated Super-8 footage was simply not seen much in the early 80s, when the emphasis was on florescent colors, sharp edges, and and the false clarity of videotape. I got more than one phone call from other bands asking how we got that Super-8 effect in our new video. « We used Super-8, » I would answer, in a tone that can only be described as… well… impish.

Phil may not have been trying to start a trend, but like all truly creative artists, he did, unintentionally, just by being himself. Just by not second-guessing, and with zero self-consciousness.  »  (Richard Barone, June 20, 2008, New York City)

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