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Archives Mensuelles: novembre 2009

1956-1958 : deux années passées dans des caves, celles de St-Germain des Prés où le jazz commençait à laisser un peu de place à autre chose, à se transmuter. Car, comme le rappellent les notes de pochette de cette excellente compilation sortie par la label et magasin parisien Born Bad, le Rock’n’Roll Français est né du jazz, ou plutôt des jazzmen de l’époque. A l’époque, les disques étrangers n’arrivaient  presque pas  en France et le  Rock  s’est imposé par le cinéma, grâce au film Graine de Violence (Blackboard Jungle) dont la BO a eu une influence durable sur les jeunes gens des fifties parisiennes. RockRockRock regroupe quelques morceaux assez étonnants par leur naïveté et leur fraîcheur, mais aussi par leur fuselage professionnel : les garçons et les filles qui jouent et chantent ici ne sont pas amateurs réunis dans un garage ou vieux caveau mouillé. Ils jouent leur Rock comme si c’était du jazz énervé et les saxophones ne manquent pas. Les paroles sont souvent drôles, comme écrites entre deux Picon Bière et le tout est bien énervé, exquis comme un bonbon que l’on découvre bien acidulé alors même qu’on avait peur qu’il soit légèrement rance. Jolies trouvailles.

La salle était à l’écart des autres, à deux pas des Champs-Elysées, mais tout de même suffisamment éloignée pour ne pas être entourée par la même rumeur, la même foule. Le Mac Mahon est toujours là, tout en haut de l’avenue du même nom, dans le 17ème arrondissement parisien. La première fois que j’y ai mis les pieds, c’était pour voir ce film, mon premier Lubitsch d’adolescent. J’ai encore en mémoire cette forte odeur qui imprégnait alors la salle, comme du mouillé saumâtre, mais qui n’affectait en rien la vision de l’écran : ce film-là était pour moi, racontant ces histoires d’arnaques entre deux mondes, de la manière dont on se glisse, on séduit et l’on finit toujours par retourner à ses racines. L’élégance de Lubitsch est ainsi faite qu’elle contient une part implicite mais infinie de déplacement, d’exil, d’ailleurs. Ses films qui me touchant le plus sont bien ceux qui  parlent de l’étrangeté et la drôlerie d’être soi-même déplacé dans un monde qui n’est pas le sien et dont on s’approprie les règles, dont on devine les méandres. Les personnages sont déterritorialisés, exilés prix dans un flux dont on ne sait pas vraiment s’il va s’arrêter ou les arrêter dans leur élan : au fond, Lubitsch ne donne pas de réponse, il ne filme qu’un moment de passage. Et puis, quoi qu’il en soit, si vous ne me croyez, regardez ses films, allez au Mac Mahon, achetez les DVD ou dénichez-les par petits bouts sur Youtube : ils sont des passeports infinis.

 

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