Je ne me lasse pas de Haute Pègre

La salle était à l’écart des autres, à deux pas des Champs-Elysées, mais tout de même suffisamment éloignée pour ne pas être entourée par la même rumeur, la même foule. Le Mac Mahon est toujours là, tout en haut de l’avenue du même nom, dans le 17ème arrondissement parisien. La première fois que j’y ai mis les pieds, c’était pour voir ce film, mon premier Lubitsch d’adolescent. J’ai encore en mémoire cette forte odeur qui imprégnait alors la salle, comme du mouillé saumâtre, mais qui n’affectait en rien la vision de l’écran : ce film-là était pour moi, racontant ces histoires d’arnaques entre deux mondes, de la manière dont on se glisse, on séduit et l’on finit toujours par retourner à ses racines. L’élégance de Lubitsch est ainsi faite qu’elle contient une part implicite mais infinie de déplacement, d’exil, d’ailleurs. Ses films qui me touchant le plus sont bien ceux qui  parlent de l’étrangeté et la drôlerie d’être soi-même déplacé dans un monde qui n’est pas le sien et dont on s’approprie les règles, dont on devine les méandres. Les personnages sont déterritorialisés, exilés prix dans un flux dont on ne sait pas vraiment s’il va s’arrêter ou les arrêter dans leur élan : au fond, Lubitsch ne donne pas de réponse, il ne filme qu’un moment de passage. Et puis, quoi qu’il en soit, si vous ne me croyez, regardez ses films, allez au Mac Mahon, achetez les DVD ou dénichez-les par petits bouts sur Youtube : ils sont des passeports infinis.

 

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2 commentaires
  1. eyeless a dit:

    Ou au Roxane à Versailles où l’on en passe de temps en temps …
    Je ne sais trop pourquoi mais en lisant ton texte, j’imaginais aussi les personnages de romans de Modiano

  2. Le Mac Mahon : Godard, la nouvelle vague, la cinéphilie….
    Mac Mahon : mythique salle de cinéma où le rêve s’exprime en 24 images par seconde, comme aurait pu dire Godard.

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