Je continue à lire les histoires de pornographie acide de Nécron par Magnus

Chaque nouveau volume de la série Nécron, rééditée depuis 2006 par Cornelius, est une occasion de pleurer et rire de joie devant autant de liberté éditoriale, de liberté de ton, de liberté de parole et de mauvais goût. Le Tome 5, prévu pour fin août ne déroge pas à cette belle règle.

Petit rappel : Nécron est l’oeuvre de l’italien Magnus et la série avait été éditée une première fois, dans une version remontée, peu conforme à l’originale italienne, par Albin Michel – on avait pu en lire des passages dans l’Echo des Savanes vers le milieu des années 80. La version de Cornelius reprend le découpage italien typique des fumetti trash de l’Italie seventies : deux cases rectagulaires par page, un minimum de décors, beaucoup d’action, et pas mal de sexe. Nécron est peut-être l’expression ultime de ce genre un peu perdu (ou réservé aux taxidermistes passionnés). Magnus y pousse tous les curseurs à bout. Ses scénarios sont quasiment inexistants, ses intrigues tout à fait légères, ses personnages entretiennent toujours les mêmes rapports de violence et de domination, tournant autour d’une vision tout à fait sombre de la sexualité, toujours raccordée à un moment de douleur. Pas d’acte sexuel fécond ici : tout se fait dans la tension, le déni, le renoncement, le viol, le combat. Le tome 5 est exemplaire de tout cela. On n’y voit même plus Nécron, mort vivant monstrueux, copuler avec sa maîtresse démiurge et nécrophile. Ils n’en ont plus le temps, tellement ils sont pris dans un dédale d’aventures saugrenues, qui font rire tant elles semblent des pastiches de milliers d’autres situations classiques de la BD. Pour autant, au fil de la lecture, se noue une sorte de passion douce amère pour cette débauche de pornographie grotesque. On se prend d’affection pour le monstre, d’intérêt pour sa maîtresse comme s’ils étaient, après tout, les deux seules créatures admirables dans cet univers qui déborde de monstruosités en tous genres, souvent dissimulée derrière des apparences très humaines. Personne n’est épargné, le ton acide de Magnus renvoie directement aux critiques sociales acerbes des années 70, fait songer ici à la fois à Massacre à la Tronçonneuse et Idi Amin Dada. au-delà du rire, de la dérision, de la pornographie, Magnus dévoile un monde expressément oblique, dénué de sens et dans lequel la sensualité est inexistante. Le sexe s’y dévoile rugueux, une arme contre le monde.

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4 commentaires
  1. berenG a dit:

    meilleur titre d’article. Voilà , c’est tout

  2. berenG a dit:

    La deuxième couv’ est bien marrante , aussi

  3. Arnal a dit:

    Monsieur, je ne peux que vous inviter à passer sur notre site et notre blog.
    La Rouquine est une nouvelle structure d’éditions Rennaise, spécialisée dans la pornographie dessinée. Nous démarrons et notre catalogue ne compte qu’un ouvrage, c’est un calendrier dessiné par Sourdrille, auteur de bandes dessinées, anciennement publié chez Les Requins Marteaux. 12 mois cochons tout en couleur, drôle et absurde.
    Voilà, je préfère laisser nos images parler.
    à bientôt
    magali

  4. julien a dit:

    Idem pour la lecture de la série, bémol pour le tome 5 largement moins bon parce que complètement téléphoné (pornographiquement parlant). dommage pour l’intrigue!

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