J’écoute Hercules & Love Affair (et Antony)

L’été dernier, j’écrivais un article dans les Inrocks sur le retour de la disco. Et ce printemps-ci, j’ai l’impression que tout le monde se pâme devant l’excellent single d’Hercules & Love Affair, Blind, qui fait écrire à peu près tout et n’importe quoi sur la disco. Personnellement, j’ai longtemps détesté la disco. Mais c’est normal, je suis un « indie boy », au fond, comme me l’ont fait remarquer mes amis Drew et Martin. Cela dit, depuis quelques années (en gros, depuis que j’ai compris que ni Loop, ni Spacemen 3 ne seraient jamais les groupes préférés de personne d’autre que Philippe et moi), j’adore la disco. Plus exactement, je me suis mis à l’adorer grâce à deux figures. D’abord, Chic, qui est l’un des grands groupes mésestimés (malgré ses millions de disques vendus) par l’histoire : peu de choses surpassent ses productions cintrées, enveloppantes et presque psychotiques, emplies souvent de questionnements, de tristesse affichée, de larmes retenues (mais pour mieux danser). L’autre figure, c’est celle d’Arthur Russell, que j’ai commencé à écouter grâce à son album minimaliste World of Echo (beau à pleurer, du violoncelle, de la reverb, une voix – rien de disco là-dedans). Ensuite, je me suis immergé dans son oeuvre plus dansante, que tout le monde s’ingénue désormais à citer en exemple ou à prendre comme point de repère pour paresseusement parler de morceaux comme ceux d’Hercules. Arthur Russell, donc, est devenu l’alibi bien pensant pour aimer la disco : si Arthur, qui était une figure de l’underground new yorkais proche de David Byrne des Talking Heads, en a fait, c’est que la disco est bien légitime, non ?

Je n’échappe pas à cette règle, bien sûr. J’y ai succombé en premier. Mais, je crois que la disco d’Arthur Russell n’a tout de même rien à voir avec celle d’Hercules : Arthur Russell expérimentait, enregistrait des heures durant et ses plus beaux morceaux, les plus discoïdes et tubesques, étaient en fait des mixes faits par d’autres, notamment par le légendaire François Kevorkian. Arthur Russell voulait un tube, mais il avait une pensée et une énergie trop complexes pour y aboutir vraiment. Je doute qu’Hercules soit de cette même trempe, aient la même diversité.

Par contre, la tristesse qui se dégage du chant d’Antony, invité sur Blind, est tout à fait évocatrice de cette même sensation de délitement de soi qui alimente les plus misérables morceaux de Chic. Entre leur At Last I Am Free (I can hardly see in front of me, continue d’ailleurs le chant sur ce morceau) et Blind, il y a plus que de simples échos, il y a une communauté, une continuation. A la différence près que, blancs et pédés, les gars d’Hercules n’ont sans doute aucun mal à se faire accepter dans les clubs branchés. Ce qui n’était pas le cas de Nile Rodgers et Bernard Edwards qui, parce qu’ils se faisaient refouler des boîtes de NYC, passaient leur temps à composer le tube parfait. Les freaks c’étaient eux. Les génies aussi.

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2 commentaires
  1. mlleplume a dit:

    Cher joseph,
    Oh que non vous n’êtes pas les seuls à avoir pour groupes préférés spacemen 3 ou loop hé hé…
    Je ne connais rien à la disco mais je dois avouer que les morceaux de chics sont si éfficaces qu’ ils sont faciles à écouter et donnent envie de danser…
    J’ignorais que François Kervokian avait fait des morceaux plutôt disco, je l’ai en effet vu mixer à New York lors d’ une soirée Body & Soul mais c’etait la grande époque de ce qu’ils appelaient la « garage house »(? je ne suis plus très sûre…).
    Enfin, merci pour ces références disco qui sait peut- être moi aussi je vais adorer?….
    A bientot

  2. etiennegreib a dit:

    pour Loop on est donc 4, avec Rom de la blogo et mézigue
    mais 4 c’est assez pour faire un tribute band, pas assez pour une secte
    amitiès,
    étienne

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