Archives du Tag: wolf eyes
J’écoute Lose Today de Stare Case
Issu de Wolf Eyes, Stare Case est une belle démarcation, marquant une rupture, une faille, dans le territoire noise du groupe d’origine, annonçant une virée ailleurs, dans un répertoire plus décharné, comme si, d’un coup, le bruit avait cédé sa place à autre chose, mais que la fureur demeurait bien là. En une poignée de morceaux, Nate Young et John Olson explorent un son évoquant une rugosité blues, électrique et rappelant presque le Nick Cave de Tender Prey plutôt que les bluesmen originaux. C’est sans doute, dans cette comparaison, la distance avec le blues et sa recréation, qui joue à plein. C’est aussi, sans doute, une idée quasi mythique de réinvention de soi, mais dans une esthétique quasi sacrée aujourd’hui : car, en plus du blues, le groupe cite le Velvet Underground (celui du bootleg sacré Sweet Sister Ray, celui-là même dont on n’a jamais pu garder un exemplaire tant il est beau, intense et migraineux). En quelque sorte, c’est en s’enracinant dans ces deux polarités du passé, que Stare Case parvient à séduire et à faire penser qu’il y a bien une vie, très féconde, après le bruit de Wolf Eyes. On le savait, bien sûr, avec les disques en solitaire d’Olson et Young, mais on ne l’avait jamais autant saisi, de façon presque physique (on n’ose dire juste rock, presque pop). Il y a dans ce disque, de l’électricité, de l’espace sale, des abîmes de douleur, du faux jazz, beaucoup de basses, de l’électronique de décharge, une envie, surtout, de marteler une musique aux chansons surgies droit des entrailles. Un des beaux, beaux disques de l’année, qui ne se réclame de rien, mais ouvre une fente vers la lumière.
J’écoute Total Vacuum de Darksmith
Drôle de musique concrète, éditée par Hanson Records, le label d’Aaron Dilloway. Ici, quelques morceaux, à l’ancienne : sept en tout, répartis sur deux faces de vinyle, comme dans les années 60, 70 ou 80. Avec une pochette évoquant, tout de même, la clarté brutale de quelques disques de punk aux visuels dessinés par Raymond Pettibon. La musique est un mélange délicat d’enregistrements bruts, et de traitements tout aussi bruts, mais dans un souci constant, dirait-on, de raconter une histoire, figurer une narration ou un semblant de tableau, de petit portrait, de minuscule sculpture sonore. Par moments, le disque est abrasif, fonce vers le bruit, s’en dégage, s’éloigne pour rentrer dans quelque chose de plus domestique et presque familial, intime : des moments presque domestiqués, pourrait-on croire. Ailleurs, il érige une forme de bourdon, qui, le temps du deuxième morceau de la deuxième face, Everything Is Breaking, impose une parenthèse presque calme, presque sereine. Darksmith, un seul homme, a déjà sorti quelques cassettes, que l’on trouve sur son blog. Il est surtout, dans la famille tournant autour de Wolf Eyes, celui qui parvient le mieux à trouver la juste synthèse entre le bruit pur et la musicalité, qui, même si elle est systématiquement cachée, n’est jamais entièrement ensevelie : c’est à elle que l’on s’accroche inconsciemment pour voyager au plus profond de ce disque abrasif comme un vieux soleil en train de s’éteindre, juste au-dessus de votre foyer.
Je passe la journée au (Rotting) Nepal avec Aaron Dilloway
Je débouche mes oreilles avec ce disque
Ce soir (du bruit à Montreuil)
J’ai été arrêté par Hair Police
J’aime bien ce chien

Hundebliss est un label italien, qui vient de sortir un LP monoface de Hair Police. qui est Hair Police ? Un groupe issu de la scène noise, qui partage des membres avec Wolf Eyes. Sur scène, ils font un bruit extatique. Sur disque, ils sont tout aussi sauvages, même si leur récent CD, A Certainty of Swarms, les voit partir ailleurs, vers des territoires plus mouvants, utilisant presque des techniques dub. Totaled and Stranded, le disque sorti par Hundebliss est beaucoup plus calme, enregistré dans une chambre d’hôtel. Il capture un moment de répit, tandis que sévit dehors une tempête de neige. Drôle d’accalmie intérieure, qui se déroule comme un paysage autarcique et clos, refusant de regarder à l’extérieur pour mieux dissiper l’ouragan, ne pas se laisser submerger. Un paysage sonore, une entité mouvante, un instant d’éternité.
J’écoute cet album : Invisible Darkness de Demons

Je ne sais quoi écrire sur ce disque tant il est d’une simplicité désarmante. Demons est un duo américain, issu du groupe noise Wolf Eyes. Mais ici, tout est fait à partir de synthétiseurs analogiques, comme au vieux temps du krautrock, lorsque Tangerine Dream remplissait des cathédrales avec sa musique planante. Demons, eux, ne remplissent sans doute que des rades perdus, où se trainent des garçons et des filles qui aiment bien entendre une musique un peu différente de celles qu’on leur impose un peu tout le temps, partout. Des garçons et des filles que j’imagine buvant des bières tiédies en somnolant devant les machines qui ronronnent fiévreusement. Peut-être est-ce là une description juste de Demons et de ce disque ? Un ronronnement fiévreux, inquiet et pulsé, envahissant plutôt que dérangeant. Invisible Darkness fait un peu peur, mais pas trop, n’est jamas vraiment noise, mais plutôt très délétère. Son premier morceau sonne presque comme un pastiche de Basic Channel composé par des enfants qui auraient oublié d’activer les effets et les filtres. Ce disqueme fait penser aussi à une vision du futur issue des années 70, entre un film de Jean Rollin (La Nuit des Traquées avec Brigitte Lahaie) et des dessins de Moebius et Druillet. Tout ce que j’aime ?
Merci à HH.
J’écoute ce podcast : Inside Inzane Studio

On y trouve des disques totalement déments rangés dans des podcasts thématiques. J’adore la série intitulée Hidden Homemade Folk : on y entend des disques retrouvés de folk faits à la maison, souvent édités par les auteurs eux-mêmes ou sur les labels de leur pote du coin. Les musiciens sont des amateurs souvent doués ou, au moins, un brin tarés comme ceux de la photo ci-dessus : Chuck & Mary Perrin – vraiment fabuleux, notamment sur le morceau Violets of Dawn. Il y aussi la série Hermit Xtian Sound, qui retrouve des albums tarés de familles chrétiennes qui jouent de la musique comme s’ils allaient à la messe sous acide : je recommande le premier de la série, l’album proto folk-rock anémié des inconnus Rebirth qui commence par un morceau qui doit s’appeller Young Girls, magistral. Ne pas rater le troisième morceau et son explosion pop… Et ne pas oublier non plus une autre série, plus tarée encore : Concrete Congo Audio Zine…Tout cela est fourni avec les craquements des vinyles et, parfois, avec les commentaires des patrons du blog : John et Tovah Olson, qui postent tout cela depuis le Michigan (ils habitent à Ypsilanti, si ça existe), jouent de la musique sous le nom de Dead Machines et sont connectés avec le groupe post-indus noise Wolf Eyes : John a joué avec eux et sorti certains de leurs disques sur son label American Tapes.
http://inzane.podomatic.com/





