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omar souleyman villette sonique

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L’an dernier à Villette Sonique, j’avais retrouvé Philippe devant le concert dantesque de Shit & Shine (4 batteries, 2 basses pour faire un mélange de kraut et Sunn, assez terrifiant et beau). Cette année, il m’a sauté dessus à peu de distance de la scène où jouait le Syrien Omar Souleiman, sorti en Europe et aux Etats-Unis par un des labels les plus importants des années 2000, Sublime Frequencies (si quelqu’un pouvait retrouver l’article que j’avais consacré à ce label dans les Inrocks, il y a 4 ans, j’aimerais bien en avoir une copie…). Le concert était fabuleux : autant dans la fosse, hétéroclite – des beurs et des branchés, des fans de noise et des fans de rai, des Libanais et des Algériens et des Syriens et des Français – un mélange qui dit que, bientôt, pour redevenir cool, Daft Punk, Justice et les autres devront se mettre à la musique arabe et pas n’importe laquelle : celle qui fleurit entre le désert les villes, dans les cafés où l’on traine des heures durant devant des mezzés et des narguilés et des filles aux cheveux noirs, aux yeux d’amande. Des cafés de Beyrouth et de Damas et d’ailleurs, où l’on écoute encore des cassettes, parce qu’on n’a jamais eu l’idée et l’argent pour acheter une platine vinyle et encore moins une platine CD (il y en a une dans la voiture, ça suffit pour écouter les CDR de Farid El Atrache et Asmahan et Abdel Halim Hafez et Mohammed Abdel Wahab). Bref, je pars à Beyrouth bientôt, j’espère y croiser Omar Souleyman ou ses cousins et, en attendant, je recommande d’aller aux Instants Chavirés mardi et mercredi pour le festival du label Sublime Frequencies : Omar y rejoue, et il y aura aussi le très électrique Group Doueh, tout aussi arabe, mais bien plus maghrébin. Le charme est le même, félin, lunettes de soleil.

Les deux disques que j’écoute le plus en ce moment sont les deux ci-dessus. Le premier est l’album Oleva de Mika Vainio, qui contient une inattendue reprise électronique et instrumentale d’un de mes morceaux favoris, Set The Controls For The Heart of the Sun de Pink Floyd. Tout l’album est empli d’un air légèrement mélancolique, attristé et stellaire à la fois, enrobé dans des tapisseries minimales, riches en textures amères, en strates émaciées. Plus enclin à diffuser une chaleur immédiate, le nouveau disque du label Sublime Frequencies est un enregistrement, en vinyle, de Group Bombino : Guitars From Agadez, vol.2. Une face de morceaux d’archives (sans doute tirés de cassettes), une autre enregistrée en concert. Tout y est récent, mais sonne intemporel. Et là où je m’attendais à des déflagrations noise, brutales et agressives, il y a tout à fait autre chose. Un autre chose plus serein, plus immédiatement plaisant et hypnotique, entraînant et compulsif. Cette musique-là n’est pas une musique du désert ou du Niger, elle est le fait d’une bande de musiciens qui ne visent rien d’autre que les étoiles et atteignent directement le coeur du soleil.

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Difficile d’écouter autre chose une fois que l’on a mis ce disque sur la platine. Tout en lui organise un transport vers un ailleurs, géographique et musical, qui donne instantanément envie de ne pas vraiment revenir en arrière, de ne plus se contenter d’écouter autre chose. Pourtant, au départ, la teneur du propos semblait faible : une compilation de quelques groupes thaïlandais des années 60 influencés par le son des Shadows, groupe sixties phare, mais tellement oublié qu’il en est devenu kitsch. D’ailleurs, la première écoute de ce disque, dans une boutique de Londres, n’avait guère convaincu. Pourtant, quelque chose demeurait au fond des oreilles, ou de la tête, qui poussait à y revenir, à se l’approprier finalement. Une fois retrouve, le disque, qui n’existe qu’en vinyle, se dévoile bien plus à l’aise à la maison qu’à l’extérieur. On y entend des instruments, des arrangements, des compositions, surtout instrumentales, qui ont tout de leur époque : des effets proto-psyché sur les guitares, un orgue qu’on jurerait filtré par une vieille pédale fuzz, etc. Et par-delà les gimmicks, il y a comme une organisation différente du temps qui se fait en écoutant couler tous ses morceaux : tout s’écoule plus lentement, mais aussi avec davantage d’assurance, comme si, au fond, tout cela se jouait au sein d’un temple en train de s’effondrer. Comme portés par l’ombre du rock occidental, ces groupes thaïlandais jouent au plus près de leur fantasme et c’est ce qui donne sans doute quarante ans plus tard à leur musique une improbable mais très enthousiasmante qualité rêvée.

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