

Skullflower et Shirley Collins, je n’ai envie d’écouter que ces deux artistes ces jours-ci et les mixer virtuellement dans ma tête pour mettre à jour un hybride incongru, un monstre bicéphale – ou plutôt acéphale tant j’ai l’impression qu’ils s’annulent pour n’être plus, ensemble, qu’un mélange physique perturbant. Et à force de les écouter, je me rends compte à quel point je décèle dans Skullflower une étrange mélancolie, surtout dans les enregistrements de la fin des années 80 – ici, j’ai mis la pochette de Form Destroyer, premier LP, 1989, finalement arrivé par la poste avec 20 ans de retard – que serais-je devenu si je l’avais trouvé alors ? Aurais-je autant aimé les motifs de Loop et Spacemen 3 dont Skullflower me semble ête une version encore plus violente et démente ?
En tout cas, cette mélancolie qui émerge du bruit sourd de ce groupe m’atteint à chaque écoute, et me procure la sensation d’entendre une musique fragile, prête pour la casse, la brisure. Chez Shirley Collins, au contraire, la fêlure est tout apparente, mais ne donne jamais l’impression de vouloir se rompre pleinement. La chanteuse est au bord de la faille, debout et assurée, son chant est empli d’une fierté d’être là, triste interprète de mélopées folkloriques oubliées sans elle. En cela, je la trouve presque plus dure à écouter, plus difficile à apprivoiser que les murs de bruit incessant de Skullflower, bien plus familiers, qui me ravissent l’ouïe, la parole, presque le regard.