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Archives de Tag: Libération

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J’ai pris ces photos chez BD Spirit, la librairie de bandes dessinées du 18ème arrondissement parisien. On y trouve des pépites, des trésors et tout donne très envie de lire : sélection de nouveautés, raretés, et très bons conseils des tauliers. Ce jour-là, ils venaient de racheter ce vieux numéro de Libé tout illustré par les graphistes de Bazooka. Le papier jauni, au bord de l’effritement, date de 1977 et son aspect désormais rugueux enlumine / illumine précieusement les dessins de ce jour-là – Libé était un journal différent, normal, mais on aimerait bien que tous ces numéros, à gauche de tout, revoient le jour, réédités comme ils étaient, histoire d’arrêter de les regretter.

Ce week-end, deux journaux auront été marquants. D’abord Libération avec sa couverture et ses pages interminables sur Carla Bruni-Sarkozy. Difficile de trouver ce numéro sorti samedi, alors même que tous les matins j’achète Libé sans jamais avoir à le chercher. Là, impossible de mettre la main dessus : sold-out partout. Finalement, trouvé ce matin et, au fond, plus intéressé par l’article de Philippe Azoury (toujours excellent et revigorant) sur Sonic Youth et l’hilarant (si, si) portrait de Pedro Winter – qui me fait penser qu’au vernissage de l’expo Dripsy jeudi soir dernier, je me disais que tous les garçons présents étaient des clones de Pedro (mêmes fringues, même casquettes, mêmes cheveux) jusqu’à apercevoir, au fond de la salle, Pedro Winter lui-même. Un peu comme Dark Vador, entouré de ses troupes de clones. Mais bon, je reviens sur ce numéro de Libé dont j’ignore quoi penser, sinon que je me souviens bien qu’à l’époque déjà le premier album de Carla Bruni n’avait pas vraiment fait l’unanimité aux Inrocks… Aujourd’hui, je me demande bien ce qu’en pensent mes anciens collègues ? Ou plutôt non, je m’en fous complètement : c’est Libé qui a gagné la course à Carla. Parce que c’est bien Libé qui a su la capturer et profiter de sa popularité pour se vendre. Ce qui, quoi qu’on en pense, pose bien la question la plus simple et la plus entêtante aujourd’hui en matière de presse : comment fait-on pour faire un journal ? Comment fait-on pour faire vivre un journal ? Comment fait-on pour faire vendre un journal ? Jusqu’où doit-on / peut-on aller ?

Au rebours de la peoplisation de la politique dont une nouvelle étape s’est jouée avec le Libé de Carla, qui marque une défaite supplémentaire de la critique journalistique au profit de l’actualité purement people (et je ne dis pas que cette dernière acception est plus négative ou péjorative que la première), il y a eu ces derniers jour sun étonnant numéro de Chronicart. Lisez-le et vous verrez : vous n’y trouverez aucun repère, aucune figure connue, aucune oeuvre déjà inventoriée. Pourtant tout est écrit comme si de rien n’était, comme si tout était comme chaque autre mois. Et cela alors même qu’il n’en est rien : ce numéro est entièrement faux, tous ses sujets sont inventés, comme une immense blague vainement drôle. Aucun indice people, aucune trace de figure connue ou pouvant rassembler un maximum de lecteurs. Tout ici est comme le négatif du Libé de Carla. Ce qui ne veut pas dire, pour autant, que c’est revigorant. C’est juste une trace supplémentaire de l’état de la critique culturelle et du journalisme culturel en France : de Carla Bruni-Sarkozy à l’invention totale, tout est pratiquement du même acabit, tout est au-delà de notre portée et tout est fait pour nous attirer, pour vendre du papier qui finira par emballer de vieux poissons. Tout, comme l’écrivait si vaillamment, Guy Debord, s’est éloigné en une représentation.

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