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Toute la beauté en laquelle nous aimerions croire réside dans la folie d’une entreprise comme celle qui consiste à faire un livre sur un groupe que tout le monde (quasiment) ignorait et continue à oublier. Un groupe qui, pourtant, fait tressaillir ceux qui ont pris la peine de s’y plonger un instant – et le fait sans doute pour toujours. Car, une fois Felt entendu, il n’y a pas de rémission possible : on peut tenter des années durant de ne pas tout écouter, mais on sait bien que tout est là dès là première note, le premier mot. Dix albums, dix singles, les années 80 traversées à l’aveugle, en ne songeant qu’à un passé dissous, à un avenir de hobo bien chaussé… Felt, sans doute, aura vécu la folie à chaque disque, côtoyant l’irréel de la pop et la vacuité des envolées célestes d’une musique sans entraves. Même le Velvet Underground n’a pas réussi à écrire une légende discographique aussi parfaite, poétique et perdue. Et personne, dans ces années 80, n’avait autant de liberté et de littérature entremêlées, sans racines ou plutôt déracinées. Felt, c’est au fond un exercice renouvelé de noyade en eau stagnante, le ciel face à soi. Un garçon fou du groupe à eu cette idée magique de faire un livre sur le groupe. Et il a eu la chance d’avoir l’idée, l’énergie, le talent pour en faire le plus beau livre possible. 1000 exemplaires, qui disent une histoire inouïe. Le livre se commande par là, se trouve aussi chez Gibert à Paris et Fabrice, qui a fait le livre à répondu à 3 questions, ici.

1. Comment est venue l’idée de faire un livre sur Felt et quelle a été ton implication dans le livre ?

il y a deux ans nous discutions avec Paul (Paul Kelly : East Village, Heavenly records, réalisateur des films « Finistere » et « Lawrence of Belgravia », mais aussi graphiste pour Saint Etienne, Heavenly records, rpm… entre autre, vidéaste…) et je lui ai dit qu’en complément de son film qui parlait de la vie de Lawrence aujourd’hui, nous pourrions faire un livre de photos sur FELT. Je travaille depuis plusieurs années comme graphiste freelance spécialisé en beaux livres de photos et je lance des projets d’expositions liés à ces livres. Le seul hic pour nous, était qu’aucun éditeur ne voudrait publier un livre sur FELT pour des raisons économiques évidentes. Nous avons donc décidé Paul, une autre amie graphiste basée à Londres Lora Findlay (Pochettes pour Saint Etienne, RPM records, Rev’ola, Omnibus press, Mojo…) et moi même de monter notre propre maison d’édition (« First Third Books » c’est d’ailleurs Lawrence qui a trouvé le nom et de la bande je suis le seul qui n’aime pas vraiment ce nom) entre Londres et Paris. On n’est jamais mieux servi que par soi-même (back to DIY). Et puis nous avions d’autres projets en tête que nous souhaitions réaliser. Nous avons tout fait de A à Z, de la conception à la réalisation et j’ai suivi toutes les étapes jusqu’à l’impression en Italie. It’s a work of love.

Les premiers mois Paul et Lora se sont pas mal impliqués dans les contacts avec les photographes, les scans… mais rapidement Paul a dû se recentrer pour finir son film et Lora qui a une petite fille non seulement s’en occuper mais travailler sur des projets rémunérés. Nous avons fait les choix de photos tous les trois avec la validation de Lawrence et j’ai donc réalisé la maquette du livre. Nous l’avons interviewé sur les photos et Lora s’est chargée de la transcription, puis Lawrence a réécrit toutes les légendes pour chaque photo. Au départ, nous avions dans l’idée d’interviewer également les autres membres du groupe et puis cela ne s’est pas fait. Je venais à Londres une fois par moi et je passais la semaine avec Lawrence à travailler sur le livre mais aussi les rééditions des 10 albums du groupe en vinyle.

2. Quelle a été l’implication de Lawrence ? Comment a-t-il réagi à l’idée d’un livre sur son vieux groupe ?

Au début Paul et Lora ont un peu freiné sur l’implication de Lawrence dans le livre. Ils le connaissait tous les deux depuis des années comme ami et pour avoir travaillé avec lui sur des pochettes et le film. ils souhaitaient plus un livre sur le groupe et finalement comme la dernière année je n’ai plus travaillé qu’avec Lawrence, le livre reflète vraiment sa vision sur FELT qui est à la base son groupe de toutes façons et son idée (1er single « Index », choix du nom du groupe) ; Il a toujours pris les décisions au sein du groupe quoi qu’il en soit. C’est un « control freak », ce qui n’est pas toujours évident à gérer.

Il a été surpris et amusé par la décision de faire un livre sur son groupe. Je crois qu’au début il n’y croyait pas vraiment car il me disait sans cesse que les anglais font de nombreux projets autour d’un verre de bière dans un pub mais que peu ne voient le jour.
Et puis il s’est pris au jeu et il a bien vu que j’allais toujours au bout de mes travaux.

Il est très très content et flatté du résultat, il m’a dit la semaine dernière qu’il avait grâce à ce livre dont il est fier, officiellement sa place dans l’histoire de la pop musique.

3. Que représente encore Felt aujourd’hui, selon toi ?

Oh la la. Je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question, je vis dans une bulle : je n’ai pas la télé depuis plus de 16 ans, je n’écoute plus la radio, je ne lis pas la presse musicale spécialisée et je ne n’ai pas le temps de découvrir de nouveaux albums ou artistes contemporains, alors je compte sur mes amis pour le faire à ma place. Je collectionne les bandes originales de films depuis des années mais à part cela pas grand chose côté musique à part des comètes comme Broadcast que je suis depuis le début. J’ai d’ailleurs dédié le livre à la mémoire de Trish avec qui j’étais ami. Lawrence m’a fait découvrir l’album de John Grant « Queen of Denmark » que j’ai écouté en boucle pendant plus d’un an, je l’ai rangé à côté de mes classiques Tim Buckley, Gene Clark, Nick Drake, Vashti Bunyan… Mais je diverge, je crois que de nombreux jeunes groupes s’intéressent à FELT (Girls, Real Estate…) et en font des reprises. Franchement je ne sais pas quoi répondre : peut-être un des derniers vrais groupe culte sans concession des années 80 ?

Toujours été fasciné par Felt, et ce morceau, à la si longue introduction, jusqu’au moment où Lawrence se met à chanter, élevant plus encore la tension, menant à l’instant, quelques secondes plus tard et plus énigmatique encore, où arrive la voix de Liz Fraser. Avec cette construction tout en élévations bancales et équilibristes, Primitive Painters sortait d’un ailleurs, n’appartenait pas à la masse des morceaux de l’époque, même si l’on y trouve des traces de Cocteau Twins et un appel vers ce qui sera ensuite du shoegazing. Pour autant, il y a là quelque chose de lyrique (mais modeste) et exaltant, en forme d’estrade supplémentaire pour Felt, qui, pensait-on, voguait vers la gloire – alors même que ce n’était qu’une marche de plus vers une disparition programmée.

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