archive

Archives de Tag: BD

Cooke_Parker_Score_1

David Blot fait partie de ces rares personnes croisées dans les années 90 dans deux endroits qui auront tenu la décennie : le magasin Rough Trade et la librairie Album comics. Pas fréquent de voir les fans du premier déambuler dans l’allée du second : une poignée, à peine. Et puis, on pouvait aussi apercevoir (et entendre) David du côté de Radio nova, et le lire parfois dans les Inrocks. Il a été l’un des premiers à m’inviter dans une émission de radio : c’était à l’époque où j’écrivais pour Magic et avec nous, il y avait les quatre membres de Can et Jean-François Bizot, pas loin. Le genre d’émission et de moment, l’après-midi, qui vous hante la vie… David Blot a aussi écrit l’une des BD les plus marquantes sur la musique, Le chant de la machine, et a récidivé récemment avec Yesterday, jolie variation autour des Beatles. Récemment, il a repris du service chez Nova où il officie chaque soir à 20h et le weekend pour une spéciale DJ invités en live. Toujours amateur de bandes dessinées, je lui ai demandé un top 2012 du genre, pensant y trouver beaucoup d’Américains. Je me trompais, tant mieux, ne serait-ce que parce que tout comme lui, le Blake et Mortimer de saison m’a happé, inattendu.

1 – LA FAMILLE Vivès (Delcourt)
J’ai dû l’acheter 10 fois, offert 9 fois et lu 37 fois.

2 – PARKER : THE SCORE Westlake / Cooke (IDW / Dargaud)
La plus pure et brillante des adaptations du Parker de Westlake par Darwynn Cooke, le meilleur dessinateur du moment.

3 – LE JOURNAL DE SPIROU (Dupuis)
Toujours. 75 ans !

4 – MOI RENE TARDI PRISONNIER DE GUERRE T1 Tardi (Casterman)
Non je sais que Tardi et la guerre c’est un peu usité comme histoire, mais les souvenirs de son père en détention en Allemagne sont captivants.

5 – UN PRINTEMPS A TCHERNOBYL Lepage (Futuropolis)
Tchernobyl en reportage vécu comme idyllique et apaisé, c’est assez beau, surprenant, choquant et totalement hors du temps et du commun.

6 – BLAKE ET MORTIMER T21 Sente / Julliard (Blake & Mortimer)
N’appréciant que très moyennement Blake et Mortimer, je tombe dessus par hasard et suis scié par un scénario malin et référencé. Bel ouvrage !

7 – FATALE Brubaker / Phillips (IDW / Delcourt)
Tout ce que font Brubaker et Phillips est intéressant. Fatale est à mi chemin du horror comics et du polar à la Criminal, vivement la suite.

8 – JEROME K JEROME BLOCHE T23 Dodier (Dupuis)
Polar urbain, dans tous les sens du terme, simple, drôle et sans prétention. C’est aussi graphiquement parfaitement construit. Bel ouvrage 2 !

9 – TEXAS COWBOY Trondheim / Bonhomme (Dupuis)
Le western en bd y a pas à dire, c’est bien.

10 – LES FAUX VISAGES David B / Tanquerelle (Futuropolis)
Le gang des postiches casse par casse. C’est sec, sans fioritures et sans glamour. Impartial.

20111224-085114.jpg

Jerry Spring de Jijé
Agonizing Love : the golden era of romance comics
Setting the Standard d’Alex Toth
Kamandi de Jack Kirby
Le Voyage de Ryu de Shotaro Ishinomori
Ange Signe 2 de Tillieux
Sibylline de Macherot
Gorazde de Joe Sacco
Sous notre atmosphère de Tezuka
Kim Devil de Charlier et Forton
Tank Tankuro de Gajo Sakamoto
Buz Sawyer & Captain Easy de Roy Crane

20111224-075105.jpg
Tout au long de 2011, j’ai cru que la bande dessinée était convalescente. Vers la fin de l’année, avec la sortie de Quoi, j’ai même cru qu’elle était morte. Et puis, en faisant des listes de livres lus cette année, j’ai compris qu’elle n’était pas encore en train de crever, mais qu’une nouvelle génération commençait à pousser les murs pour se faire de la place – Une génération qui semble plus internationale que locale, et rend pas mal de choses dérisoires, obsolètes, ringardes : entre Jesse Moynihan, Simon Roussin, Marion Fayolle et Ollie Schrauwen, il y a une même énergie faite d’humour et de brutalité, de distance, d’ironie et de traits aux abords du sauvage, glissant doucement entre les représentations, entre le punk et le clair. Johnny Ryan, plus aguerri qu’eux, apparait un peu comme leur maître, extrême. Et ce n’est sans doute pas une coïncidence si cette année aura aussi été marquée par Crumb dont plusieurs livres sont sortis qui témoignent bien que son travail demeure sans égal, parvenant à conjuguer classicisme et spontanéité, bras d’honneur et cadrages serrés. Dans les rondeurs excavées de Johnny Ryan, Jesse Moynihan, Simon Roussin, il y a bien l’ADN de Crumb, mais comme passée par le filtre de quelques lectures scabreuses, de quelques regards, aussi, vers le manga – on pense cette année aux belles rééditions et découvertes du patrimoine japonais, comme la série Le Voyage de Ryu, splendide capsule de SF décadente. Au fond, plutôt qu’une mort, 2011 annonce une révolution, qui devrait survenir en 2012 – année déjà dite de l’Apocalypse.

Forming Part 1 de Jesse Moynihan
Lemon Jefferson de Simon Roussin
Prison Pit 3 de Johnny Ryan
Mowgli d’Ollie Schrauwen
L’Homme en Pièces de Marion Fayolle
Blackbird de Pierre Maurel
Playlist de Charles Berberian
Coucous Bouzons d’Anouck Ricard
Mister wonderful de Dan Clowes
Parlez-moi d’amour des Crumb
Spirou vers la modernité de Serge Clerc
Pour en finir avec le cinema de Blutch
Lomax de Duchazeau
Le perroquet des batignoles 1 de Boujut Tardi & Stanislas
Nausea & Harv’n’Bob de R. Crumb
Reportages de Joe Sacco

 

2010 en bande dessinée n’a pas exactement ressemblé aux années précédentes, sûrement à cause d’une paire de livres américains très attendus : Toxic de Burns, Wilson de Clowes, qui ont beaucoup accaparé le paysage et les commentaires, sans que l’on dise, au fond, la vérité sur ces deux livres : ils marquent pour les auteurs un retour à des racines européennes. Format proche voire identique de celui des albums de Tintin, ces deux bandes dessinées pointent qu’aux Etats-Unis…

Charles Burns "Toxic"
Mat Brinkman "Faces"
Yuichi Yokoyama "Nouveaux Corps"
Hayashi "Elégie En Rouge"
Johnny Ryan "Prison Pit 1 & 2"
Caroline Sury "Cou Tordu"
Benoit Jacques "L"
Daniel Clowes "Wilson"
Kazuo Kamimura "Lorsque Nous Vivions Ensemble"
Sébastien Lumineau "Des Berniques"
David Mazzucchelli "Asteryos Polip"
Hugues Micol "La Planète des Vulves"
Olivier Schrauwen"L’homme qui se laissait pousser la barbe"
Maruo "La Chenille"
Nine Antico "Girls Don’t Cry" et "Coney Island Baby"
Naoki Urasawa "Pluto"
Dominique Goblet "Les Hommes Loups" et "Chronographie"
Brian Chippendale "If’n’Oof"
CF "Powr Masters 3"
Joe Sacco "Gaza 1956"
Sanpei Shirato "Samui Den"
Shotaro Ishinomori "Sabu & Ichi"
Crumb & Pekar "Harv’n’Bob"
+
Shazam de Chip Kidd
Greenwich de Jean Lecointre

+

Jijé "Jerry Spring intégrale 1 & 2"
Jijé "Spirou & l’aventure"
Blutch & Menu "La Présidente"

 

David Heatley a sorti l’un des 4 ou 5 livres les plus enthousiasmants cette année ; un roman graphique éclaté et autobiographique, paru sous le titre de "J’ai le cerveau sens dessus dessous". Il a répondu à mes questions par mail. Voici l’intégralité de notre échange.

How and when did you start drawing and writing comics ? Which comics did you read as a kid that were an influence ?

I’ve pretty much always had the urge to draw my version of whatever it was I was reading since I was a kid. So at first, in early childhood, it was my own picture books and my version of Peter and the Wolf. Then as a teenager it was Lord of the Rings, Spiderman and Wolverine. Then Mad magazine (not the good, early Harvery Kurtzman Mad, unfortunately). And in my 20s it was "alternative" American autobiographical comics, which had an early flowering in the 60s (with Justin Green and Aline Kominsky Crumb) and then a renaissance in the 90s. It was during the 90s that I started reading comics being published by Drawn and Quarterly and Fantagraphics and began doing my own hackneyed version of relationship stories, and personal history narratives. I’ve stuck with it long enough to have found my own voice, but it took about 10 years to get to the artistic terrain I find myself in these days.

How did you work on your book ? Parts of it were published beforehand, but at which point did you come up with the whole concept ?

It took about 5 years from when I first started on the earliest strips until the book’s completion. I chipped away at it a little at a time. I tried my best to listen for what needed to be included and not force anything. Editing and arranging the book continued up until right before it went to print.

You draw your dreams : what makes you do it ? how do you proceed when to try to recall your dreams?

I was inspired by the dream comics of Julie Doucet and a dream-based strip by Dan Clowes called "Nature Boy." I later discovered Brad Johnson’s work, which operates under a similar, hazy dream logic. When I decided to take the comics I was making more seriously, I realized that all the best comics I was reading had a solid architecture of good storytelling underneath the art – the best cartoonists are always primarily writers and use their art in the service of their narratives. When I first started out, I knew nothing about writing fiction, but I did have almost ten years worth of journals dating back to my teen years. At least I knew how to do that! Once I started reading my journals with the intention of making them into comics, the dreams really stuck out to me. They were spectacularly disturbing, symbol-ridden and deeply personal. They were a synthesis of all that I was thinking about and longing for and they were already written. All I needed to do was illustrate them. I’ve probably done about 30 of my dreams at this point, some of which have made it into "My Brain…"

What part of fiction is there in your work ?

It’s all real. Even the dreams are all real dream fragments. I might have chopped off a part of the dream to give it a neater ending, but nothing is made up for the sake of narrative. I have a long fiction story in the works which will come out a few years from now.

About the race part of the book : what made you want to work on that area of your life ?

I was born white in America, so I have racism in me. It didn’t help that I was beat up by a group of black kids at my first pre-school. But I would have had most of these thoughts and feelings anyway. I’ve been conditioned. I knew I wanted to do a strip about race. Just like I realized how unique my dreams were and what a great subject they’d be for art, I had a similar appreciation for my how racially integrated my childhood was. I grew up and went to public school in a town with a large black population. I also went to a religious sleep-away camp with kids from all over New Jersey, including a large group from the inner cities of Newark and South Orange. When I was in high school, a black kid was shot by a white cop in my town. There were riots in the street. Jesse Jackson and Al Sharpton came and held rallies. This isn’t the average suburban white kid’s experience. So I knew there was lots to explore there. I also knew that it would be pretty shocking if I spoke as candidly about race as I do about sex in my book. White people seem to be either cagey about discussing race at all or are cavalier and oblivious about their racism. There’s a lot of fear about being misperceived. I’m not really afraid of that. As I quote Malcolm X (who is one of my heroes) in the beginning of the strip, "I’m for truth no matter who tells it." I’d be thrilled to read an honest account of what it was like to grow up black in my town (Mike Kelly does his best to tell some of that story in "Color Lines"). I can only write what I know, which is what it was like to be white in that town, and everywhere else I’ve lived. I’d say for every black character that might fulfill a stereotypes, there’s at least one immediately following who is the opposite. Many of these characters were close friends of mine, not people observed on the surface, so there’s a lot of complexity there. Ultimately, I think my thesis for the piece goes something like, "If I group all the black people I’ve ever known into one comic strip, can I make any generalization about them all?" And the answer is no.

why did you include hip-hop records reviews ?

While making notes, I realized I wanted to include the music I was listening to. Hip hop, for me, is one of the most miraculous art movements that’s ever existed. As Mos Def says, you take some teenagers from the projects in the Bronx, who aren’t even supposed to have one good idea, and they come up with breakdancing and rapping and graffiti—all of which are now multi-billion dollar industries. Hip hop was and still is tremendously important and inspiring to me. I wanted to honor the music I was listening to by including it. Some of the record "reviews" in there are really about the experience of hearing the music for the first time. How the child heard it. And later as I grow up in the strip, I start getting more critical in my taste and appreciation, so the reviews get a little more complex. De La Soul, Jungle Brothers, and A Tribe Called Quest altered my consciousness forever. They’re all heroes to me. And they hit my town like an atom bomb when their albums dropped. The excitement was palpable. It was a powerful experience for me to own how strongly these records influenced me and to honor that I might have something to say about them—to contribute to the dialogue, not just passively consume or co-opt this stuff.

Where does the need to draw your family history come from ?

It probably started out as some kind of longing to finally have my say—to tell the truth of what happened in my family growing up as I saw it, without any sugar coating. Some of my earliest work has that kind of angry, "let’s settle the score" edge to it. But as I drew each story for the book, I was surprised by how much compassion for my family I began to feel, even over events that I might have considered "traumatic" at one point in my life. That was especially the case as I looked back a few generations and could see my great grandfathers struggling to keep it together and failing miserably.

As a writer, you often imagine an ideal reader who has all the time in the world for you, who would gladly sit and listen to everything you want to tell them. This has to be tempered by the editor side, who tries to make sure it’s entertaining and not just solipsistic.

About your drawing style : it reminds me of a cross between Gary Panter and Chris Ware : how familiar are you with their work ?

Without a doubt, the 3 artists whose work I revisit most often are Chris Ware, Dan Clowes and Gary Panter. Especially Chris though. He’s done more to expand the graphic possibilities of the comics than anyone in the the medium’s history (even more than Crumb, in my opinion). But there are plenty of others too. Art Spiegelman’s ‘Maus’ is still the highest achievement in comic book form. Ever. I don’t think anyone else has gotten close to it yet. Allison Bechdel’s book ‘Fun Home’ blew me away. Carol Tyler’s "The Hannah Story" is a masterpiece that pretty much makes me cry every time I read it (including last week). There’s John Porcellino, whose books ‘Perfect Example’ and ‘The Diary of a Mosquito Abatement Man’ are brilliant. Crumb, Charles Burns, Kim Deitch, David Mazzucchelli, Debbie Dreschler, Joe Matt, Chester Brown and Seth are all really important to me. Seth’s art in particular has such a deeply soothing effect on me whenever I look at it. Ron Rege, Adrian Tomine, Dave Kiersh, Gabrielle Bell, Kevin Huizenga, Sammy Harkham, C.F., Mat Brinkman, Leif Goldberg are all amazing contemporaries of mine. I could make this list forever. As far as European cartoonists, I’m most familliar with the recent "old guard" because of Raw and Drawn and Quarterly, so people like Tardi, Trondheim, Dupuy/Berberian, Loustal. All beautiful stuff. David B. is probably my favorite of the L’Association group. Years ago while living in Chicago, I bought every volume of his "Epeleptic" story in French because I found the artwork so stunning. Marjane Satrapi is fantastic as well. Persepolis part 1 is definitely a masterpiece and her movie is a huge inspiration. I suppose I’m drawn more to the Belgian look (Herge, Peyo) than the painterly approach. In general I respond to comics that aren’t overly stylized or done using "fine art" techniques. It usually feels like the artist is trying hard to make it look respectable and it just kind of deadens everything. Comics get their spark of life from the simple doodle. The further you stray from that, the harder it is for the story to just flow. Probably my favorite French artists are Blanquet and Blex Bolex. What an unbelievably twisted and dark imagination Blanquet has. Even though the stories are hideous, the drawings are gorgeous and expressive while remaining iconic and readable. Bolex’s stuff looks very inviting and familiar but it’s actually unique when you look closer. He blends Richard McGuire’s exaggerated but precise character design with Gary Panter’s handling of marks and color. Very exciting to the eye. Speaking of which, I really respond to a lot of the Le Dernier Cri books I’ve seen, though they’re more like art books than comics. Oh, and Anna Sommer’s "Remue-Menage" book is still one of my favorite L’Assocation books. I think she’s from Switzerland though, right? I wish she still did comics like that – those simple line drawings with no panels. I’ve become acquainted with Domitille Collardey who is a wonderful young French artist. She’s promised to show me more work by the new crop out there. I hope she comes through for me. I’m very interested in learning more.

There is a very naïve side to your drawings, but also a very violent subtext in your narratives. What comes first : the urgency to tell a story or to make a drawing ?

Ideas show up as a vague impression of what it might be like to read the story. First I’ll make a few quick sketches and maybe a list of things that might happen in a strip. The uphill climb is always the writing, which for me involves lots of lists, diagrams, scribbles. It’s like chiseling in stone. And there’s really no forcing it. You sit and try a few combinations of ideas and it either flows forward or there’s a roadblock and you back up and try a different route. Once I get that breakthrough where I know what will go on a given page, I can start thumbnailing it, usually in light pencil. That part is also very difficult. Because every inch of it involves decision making. I try not to agonize. I just go with my gut instinct and get the first quick doodle down. And that usually stays. But sometimes, there’s a lot of editing for space requirements. "I need this strip to end on this page…. how essential is this panel? Can I collapse these two into one?" That kind of work can also be painstaking. Once I have the whole page pencilled, there’s a sense of relief. I can read it through and see how it reads and how it feels. After that, the work becomes more about craft, which is fun. Inking the page, scanning it, coloring it on the computer. These go really quickly for me. And I can usually estimate a number of hours on each and stick to that. There’s pretty much no estimating the writing time though. It has a life of its own.

How do you feel about your book now ? Did it liberate you from anything once it was finished ?

I don’t feel like the same person who wrote and drew this book. I’m glad it’s out there and that people respond to it, but it’s a strange feeling. Like I almost can’t take credit for it. The kind of stories I would tell now and everything about my approach to it would be completely different now. But I’m very glad to have it out of my system. Finishing it and having it published absolutely did change me.
The “Portrait of My Mom” strip was the most transforming to work on. The memories I focused on were mostly ones that still had an emotional charge or some kind of resentment attached to them. I found that once I shrunk my mom down to less than an inch and controlled her movements and the things she said, her power begin to shrink in my own mind. And once she became the protagonist in these stories, I found her sympathetic. Suddenly it was clear that no one had done anything wrong in these anecdotes. They were perfect as is.
In “Black History,” I began the strip with a clear framework, but no clear ending in mind. I was working on these memories about summer camp, doing some terrible hazing to some of the campers in my care, some of whom were black. And also remembering being bullied and beat up by black friends growing up. In the midst of all that, I got slapped in the face by a black woman on the train. I kind of knew that had to be my ending. It was a total shock.

You were part of one Kramer’s Ergot anthology : did it change anything for you ? And if it did, in which ways ?

When I used to read RAW, I imagined it was this tight knit group of cartoonists who all got together and showed each other their work and drew together. But now I know how naiive that is. Each artist is mostly off exploring their own territory. An anthology is more than anything a personal statement of the editor about how they see the medium, what they think it should be or could be. So I don’t think of myself as part of any club when it comes to Kramer’s. I like most of what’s in those books and mostly agree with Sammy on his taste, though not in every case. I went on a tour with a bunch of cartoonists when Kramer’s 4 came out. The best part was getting to see the loft where Mat Brinkman and Leif Goldberg and Brian Chippendale were living. That was cool. In a way I feel like I don’t quite belong with the rest of the "far out," hippie-punk, fine art cartoonists, even though I appreciate what they’re doing. I think I’m coming more from a literary angle. But as long as Sammy publishes that book, I hope I keep getting invited to contribute.

Finally, what other projects do you currently have ? Any new books planned ?

I’m working on a graphic memoir about sexuality and parenthood, written by a writer named Christen Clifford. It will hopefully find a publisher this fall and come out in about a year. My second book for Pantheon is called Overpeck. It’s about half finished, but won’t be completed for several years. I’m making music again after a 10 year hiatus and have an EP up on iTunes. (http://wondersoundrecords.com/David_Heatley). I’ve made 2 music videos so far with a 3rd one planned for later this year. I’m also thinking about ways to adapt my stories to the screen. Beyond that, I still do freelance advertising, design and illustration work. All these things feed each other.

Massimo Mattioli – B Stories (L’Association)

Incroyable compilation d’historiettes de la fin des années 80, parues à l’origine dans le mensuel italien Corto Maltese. Mattioli est aux limites entre le pop art, la ligne claire, l’abstraction narrative. Les peintures de David Hockney, qu’il cite par moments, ne sont pas loin. L’esprit de Charles Burns non plus. Celui de Brian De PAlma (époque Body Double) est un peu partout, tout comme celui des EC Comics des années 50. Rien à jeter, tout à apprendre de ce livre qui est une réussite graphique, narrative, esthétique. Encore sous le choc de cette lecture essentielle : plus on avance dans le livre, plus les histoires se dévoilent fortes, incisives, délirantes.

Art Spiegelman – Breakdowns (Casterman)

En anglais, Breakdowns veut dire aussi bien "dépressions" que "crayonnés". Et ces deux sens disent tout de ce livre, réédition augmentée d’un ouvrage de jeunesse paru en 1978 dans lequel Spiegelman compilait déjà des premières BD de recherche narrative et graphique. Mais ce qui passionne surtout ici, c’est la préface et la postface, qui sont des formes d’autobiographie : la première en BD et la seconde en texte illustré. Spiegelman s’y dévole et montre bien aussi qu’il est, depuis sa revue RAW, un passionnant théoricien de la bande dessinée contemporaine.

Emmanuel Guibert – La Guerre d’Alan (L’Association)

Troisième volume de cette biographie d’un homme ordinaire, qui, entre l’Amérique et l’Europe, se lit à la manière d’un témoignage sur ce qu’était la vie dans les années 50, 60, 70. Entièrement différente de celle des années 2000 : ne serait-ce que par le rythme, bien plus lent, bien moins frénétique. Et Guibert, rappelons-le, dessine et conçoit ses pages comme personne d’autre : on est ici entre la ligne claire, la photo et la gravure. Absolument indispensable à lire, si l’on est un minimum intéressé par la bande dessinée.

Gary Panter (Picturebox)

Pas de la BD, mais juste le plus beau livre que j’ai eu entre les mains ces dernières années : deux volumes qui reprennent plus de trente ans de carrière de Gary Panter. Qui est Gary Panter ? Juste un des plus importants dessinateurs américains, copain de Matt Groening (il a été une influence majeure pour les Simpsons), de Charles Burns, auteur d’un personnage archétypal du punk, Jimbo, directeur artistique de la série Pee Wee Herman, créateur de pochettes de disques, etc. Cette anthologie est double : un premier volume remet en scèe tout son parcours, depuis les affiches punk des années 70 jusqu’aux dessins et peintures plus récents. Une merveille visuelle. Le second est plus intime encore puisqu’il reproduit de manière magistrale des pages
des carnets de dessins de Gary Panter : on y voit l’évolution du dessinateur, ses obsessions se forger, se construire, disparaitre, réapparaitre. Un travail de titan, orchestré par Dan Nadel (et sa maison PictureBox), devenu en peu de temps l’un des éditeurs les plus intéressants et motivants depuis des lustres.

Nine Antico – le Goût du Paradis (Ego comme X)

Autobiographie d’une jeune fille, dont j’ai déjà parlé par ici. Etonnant, volubile, évidemment scabreux et insidieusement freudien.

Miles O’Shea & Olivier Deprez – Black Book Black (FRMK)

Court livre de gravures noires, qui récapitule une performance des auteurs, qui se déroule toujours dans une biliothèque et durant laquelle ils réalisent et impriment un livre noir aux pages noires. Ici, ils ont laissé échapper de la lumière au milieu de leur encre sombre et le livre est un petit trésor légèrement saturé, qui se regarde comme une collection d’images soudain surgies de la mémoire – mais d’une mémoire dont on ignorait l’existence même.

Doublebob – le chat n’a pas de bouche vous aime beaucoup (FRMK)

Autre petit livre du FRMK, au titre assez taré, qui sortirait presque de Duchamp. Cette petite bande dessinée muette évoque le travail de Dominique Goblet et, surtout, se regarde et se lit comme un précis de décomposition de soi : comme une drogue douce qui devient subrepticement plus dure, rocailleuse presque.

François Ayroles – Les Amis (L’association)

Mort de rire : le ton acide d’Ayroles sied à merveille à ces petits fragments de vie qui naviguent entre le réalisme et l’absurde : toutes ces choses qu’on n’ose pas dire à ses amis et qui relèvent de la psychanalyse sont là, décryptées, déclinées, utilisées comme autant d’éléments destinés à réinventer le monde, à dénouer les fils tordus des relations non sexuelles.

Cyril Pedrosa – Autobio (Fluide Glacial)

Après son troublant et sombre Trois Ombres, Cyril Pedrosa livre ici une série de vignettes autobiographiques, colorées et plutôt drôles, qui mettent en scène les penchants écolo de l’auteur : le "green" est à la mode, mais il y a chez Pedrosa beaucoup de sincérité et un questionnement personnel, notamment autour de son identité.

Kazuo Kamimura & Hideo Okazaki – Le Fleuve Shinano (Asuka)

Excellente série japonaise, belle à pleurer, qui mêle habilement contemplation, rêverie et tensions.

Certains disques, certains films aussi (ceux de Hou Hsiao Hsien, par exemple) sont très atmosphériques : ils ne sont pas fondés sur l’action, mais plutôt sur les changements subtils, imperceptibles presque, qui mènent parfois l’auditeur, le spectateur, vers un état proche de la catalepsie ou du sommeil. S’endormir dans une salle de cinéma, devant un film atmosphérique, où tout est tellement beau qu’il peut ne rien se passer : rien n’est plus agréable et déconcertant. Car, en pensant dormir, on continue à voir le film ou plutôt le percevoir. Cette sentation est rarissime dans la bande dessinée ou la littérature. Difficile de continuer à être à l’intérieur d’une BD si l’on s’est endormi dessus. L’un des rares auteurs contemporains à parvenir à comuniquer à son lecteur cette drôle de sensation de flottement, d’atmosphère suspendue, est canadien : il s’agit de Seth, auteur d’une poignée de livres assez géniaux (par exemple le très étonnant It’s a good life if you don’t weaken, qui le met en scène à la recherche d’un dessinateur du New Yorker qui n’ apublié qu’un seul dessin) , qui vont tous vers un dépouillement de l’action, une ascèse des événements. Il y a chez lui comme une montée de l’introspection, favorisée par un sentiment fort de nostalgie. Seth semble d’abord parler d’un temps oublié, d’un passé dont il a la ferveur, mais qu’il sent bien lui échapper tel une poignée de sable coulant entre ses doigts. L’an dernier, on avait pu lire son très drôle Wimbledon Green, qui jouait aussi sur le souvenir et la nostalgie (il mettait en scène des collectionneurs de BD), mais témoignait tout de même d’un sens de l’aventure et du récit échevelé rare chez lui. Wimbledon Green était en fait une parenthèse, mise subrepticement en pleine élaboration d’une oeuvre plus complexe, Clyde Fans, que Seth distille en Amérique dans son comics, Palookaville. En France, une partie de l’histoire a été publiée par les éditions Casterman sous le titre Le Commis Voyageur. Mais, difficile d’attendre la suite de la VF, tant les comics publiés par Seth sont irrésistiblement beaux et soignés. Surtout, chaque nouveau numéro (un par an, ce qui est plus que peu…) est meilleur que le précédent. Le 19, qui vient de sortir, est une merveille. On y retrouve les mêmes personnages, deux frères antinomiques, et, surtout, on y pénètre plus encore dans les méandres de la psyché de l’un d’eux, le plus timide et réservé, Simon. En blanc, noir, bleu et gris, Seth décortique les rapports de Simon et sa mère, qui est conduite dans une maison de retraite. au-delà de la séparation douloureuse, se dévoile l’exorcisme de sentiments refoulés, la compréhension, d’un coup, d’un multitude de rapports, de conflits, d’aspérités. Seth dessine tout cela en prenant son temps, en s’imprégnant longuement de chaque scène. Les séquences sont découpées avec soin, et chaque objet est doucement représenté. il y a là, au-delà du récit, la volonté de représenter le temps qui passe, de donner une forme aux désirs qui partent doucement. Seth décrit le passage entre deux mondes, deux états, deux moments d’une vie qui, vieillie, se remémore sa jeunesse. C’est en voyant les autres partir que l’on se devine soi-même en partance.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 7 124 autres abonnés

%d bloggers like this: