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Musique

En attendant une exposition qu’il prépare pour la galerie d’agnès b (ouverture le 6 juin), et juste après la sortie de son livre Black Mirrors chez Shelter Press (ex-Kaugummi), Julien Langendorff, joint par email, a répondu à quelques questions. Notre échange est ci-dessous.

Comment as-tu conçu le livre Black Mirrors ? Et en quoi s’inscrit-il dans tes travaux précédents ?
Ce livre est sorti lors de ma dernière exposition, qui a eu lieu à 
NY en février, et du coup faisait un peu office de catalogue, car la 
plupart des oeuvres dans Black Mirrors étaient montrées à ce show. Je 
n’aurais pas la prétention d’évoquer le terme ‘retrospectif’, mais il 
regroupe différentes séries de travaux qui représentent bien mon 
travail je crois, avec des choses très récentes et d’autres plus
 anciennes. On a travaillé longtemps dessus avec Bartolomé Sanson de 
Shelter. J’étais plus habitué aux zines et livres d’artiste dans le 
passé, c’est sympa d’avoir un objet aussi élégant que ce livre, je
 suis très content du résultat final en tout cas.

On y voit un mélange de collages et de dessins : qu’est-ce qui a déterminé ces deux façons de faire et le fait de les additionner ici ? 


En fait il y a très peu de dessins dans ce livre, je ne suis même 
pas sûr qu’il y en ait un seul à vrai dire. Peut-être ce que tu
 appelles ‘dessins’ sont mes séries de papiers découpés. Je ne me suis
 jamais limité à un seul medium, je suis toujours interessé par de
nouvelles formes d’expression. Peut-être parce que j’ai toujours aimé
les artistes qui s’expriment avec des moyens très variés, il y a une
densité formelle et conceptuelle qui m’a toujours plu dans cette
démarche. J’aime beaucoup David Bowie depuis peu après avoir detesté
sa musique depuis toujours, et je suis fasciné par la complexité de
son évolution et de ses différentes expressions, et par le fait qu’au 
final c’est toujours lui, son identité globale est très forte, et
 transcende la multitude de formes et de concepts qu’il a utilisé.

Tes collages utilisent une imagerie à la fois pop, marquée 70 et érotique : quel rapport as-tu avec les images de base utilisées pour les collages ?
C’est tout simplement des images que je trouve belles, fascinantes,
et qui ont un sens personnel très fort. Je suis peut-être passéiste,
mais je suis obsédé par les 70′s, l’esthétique, la lumière, les
postures culturelles de cette decennie, bien qu’ étant né au cours de
la decennie suivante. J’en parlais récemment avec mon ami le
réalisateur Jonathan Caouette, qui a lui aussi une obsession insensée
pour ces années, alors on passe notre temps à se faire découvrir des
films et musiques obscurs de cette époque. Je me méfie du terme ‘pop’,
car je ne sais pas exactement ce qu’il veut dire maintenant, mais s’il réfère à un certain formalisme d’oeuvres des années 60, ça me
convient. Certains films de Kenneth Anger par exemple m’ont enormément
marqué étant jeune, Scorpio Rising et Invocation Of My Demon Brother, 
sa façon d’évoquer une imagerie gothique, sataniste en la mixant avec 
des éléments très pop, un soundtrack de girl bands, des couleurs
 kaleidoscopiques qui évoquent des rock shows..

 J’ai lu que le livre était influencé par l’idée des cultes : en quoi cela t’attire-t-il ?
Je ne sais pas où tu as lu ça, mais je ne crois pas avoir évoqué
cela. Oui je suis très interessé par les cultes en général, à beaucoup
de niveaux différents. Il y a entre autres un aspect de mise en scène
et de théâtralité qui m’intéresse au sein de ceux-ci, et la création
de mythologies personnelles. Les cultes sont très créatifs.. J’ai
longtemps été fasciné par les cultes de la fin des années 60, et leur
imagerie très forte, qu’ils soient quasi mondains comme la Church Of
 Satan ou plus dramatiques comme la Manson Family. Les déviances de la
culture hippie m’ont beaucoup interessé. Mais je suis également
passionné de culture et littérature du 19eme siècle, et des oeuvres
 comme Là-Bas de Huysmans ou certaines nouvelles de Theophile Gautier
 traitent de rituels et d’un certain paganisme, où la figure du diable 
devient romantique.

Quels liens entretiens-tu avec des dessinateurs et artistes comme ceux de Nazi Knife, Frédéric Magazine ?
Te sens-tu affilié à une scène contemporaine, autour du dessin ? Je connais le travail des artistes et collectifs que tu évoques, 
mais n’ai jamais été affilié à ces personnes. Je crois savoir 
d’ailleurs qu’ils ne m’apprécient pas beaucoup, ce qui est assez
 réciproque à vrai dire. Leur démarche et leur esthétique ne m’ont 
jamais intéressé. Mais je reconnais qu’ils ont l’air assez actifs, ce
qui est bien et souvent rare dans ce pays. Et puis comme tu le 
soulignes justement, c’est une scène liée autour du dessin, ce qui n’a
 jamais été mon activité principale, je ne me considère pas du tout 
comme ‘dessinateur’, de moins en moins d’ailleurs.

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