Archive

Bande Dessinée & Comics

20120311-152936.jpg

Après le grand Spermanga, livre au format luxueux et quasi débordant, puis un autre au format plus serré mais tout de même très haut, Pakito Bolino continue ses explorations de bandes dessinées aux confins des champs connus, entre comics, mangas et récits populaires. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui semblent surgir ici, subrepticement, via la parole et les textes, qui prennent des allures plus violentes encore que dans les livres précédents. On songe ainsi aux échos des bd de gare des années 70 ou 80… Violentes ? Plutôt désenchantées, désarticulées, déniaisées, portées par une forte charge d’érotisme mâtiné d’humour et de noise. Par endroits, le livre se déplie, ses pages changent de couleur, ses cases se fragmentent, perdent de la couleur, gagnent des strates. On n’est pas tant dans la décomposition de la bande dessinée que dans la réinvention du comics de super-héros par un fan à la vision cramée – une explosion à fragmentations, qui va à l’exact opposé de tous les cultes contemporains de la beauté, du propre et du correct.

20120306-071652.jpg

Les éditions b.ü.l.b. comix éditent depuis quelques années une série de boîtes lilliputiennes qui contiennent des mini-comics créés spécialement pour l’occasion. Chris Ware et plusieurs autres ont déjà participé à ce beau projet, dont la nouvelle livraison inclut deux de mes auteurs préférés : Charles Burns et Mat Brinkmann. Le premier a conçu une histoire en forme de cut-up, remplie de souvenirs, de collages d’images et textes évoquant des moments de son adolescence – à moins que ce ne soit celle de l’un de ses personnages ? Le récit évoque en douce l’ambiance de son dernier roman graphique en date, le beau X’d Out. Les amateurs de Burns ne devraient pas rater ce beau petit objet. Et ils pourraient même y découvrir le talent fou furieux de Mat Brinkmann, dont les visions monstrueuses se déclinent ici sous la forme d’une historiette drôle et sauvageonne. Dans la même petite boite, trois autres mini livres signés Xavier Robel (que l’on apprécie tout autant que Burns et Brinkmann, et dont le travail évoque ici celui de Jonas Delaborde), Aisha Franz et It’s Raining Elephants. Le tout est édité en Suisse et s’achète par ici : chez b.ü.l.b. comix.

20120226-074424.jpg

Certains de ses précédents livres (Pachyderme, Château de Sable) décevaient par leurs manières trop empressées, trop elliptiques, alors même qu’ils contenaient de belles idées – leur lecture faisait penser à un épisode de la Quatrième Dimension, agréable mais suranné. Aama promet d’autres choses et le premier volume, déjà sorti de ce qui semble être une longue saga, se lit avec un plaisir insoupçonné. On y retrouve ce qui habitait la précédente série de SF de l’auteur, Lupus : une approche métaphysique, se déroulant via la lecture du journal intime d’un garçon ayant tout perdu et embarqué dans un voyage cosmique dont il est un drôle d’observateur, passif et agissant à la fois. Une sorte de maillon faible, qui fait que l’histoire est tout à la fois humaine et touchante. Surtout, Peeters parvient à construire un vrai suspense narratif, notamment grâce à une lenteur d’exécution qui évoque la façon de faire de certains mangés – on pense ici beaucoup à La récente série Pluto et son mélange d’intrigues et de paranoïa. Peeters dresse aussi une belle galerie de petits personnages dont un robot singe, qui mêle en lui plusieurs figures du genre. Ce qui convainct le moins, par contre, ce sont les visages des personnages principaux : trop humains ou trop réalistes, ils ne suscitent guère l’adhésion tout en rappelant les figures de personnes réelles. Erreur de casting ? En attendant de le comprendre mieux, on peut suivre le blog que Frederik Peters consacre à la confection de sa série.

L’amitié que j’ai pour Charles Berberian pourrait m’empêcher de parler de ses livres. Elle m’invite au contraire à les défendre, surtout ici, et surtout quand ils sont comme celui-là. Après un premier tome intrigant, le récit de Tombé du Ciel se conclut ici par un second volume bien plus enlevé, menant l’histoire qui s’annonçait entre plusieurs genres, à sa conclusion véritable, et sa thématique essentielle : que fait-on d’une vie ? Ici, au-delà des apparences et des extra-terrestres qui permettent les miracles et retours dans le passé les plus insensés, ce qui se joue, c’est bien le regard d’un homme sur sa vie, qui vient tout juste de se dérouler. Un sentiment plus que fort qui vous habite lorsque les décennies filent (la quarantaine, par exemple ?) et que vos cheveux s’amenuisent. Le dessin de Christophe Gaultier sert bien le récit de Charles Berberian par son habileté à dessiner tout à la fois large et précis, sa façon habile d’accompagner tous les écheveaux du récit : peu de fioritures, mais quelques éléments essentiels – comme un début de calvitie qui en dit long… Tout cela, au fond, est une histoire qui capte ce qui se passe dans une vie : ce moment où l’on a envie de tout plaquer pour communier avec hier, avec celle ou celui qui s’est échappé – et qui, rétrospectivement, aurait pu présager d’une vie différente. Une vie meilleure ? rien de certain, rien de (vraiment) dévoilé ici. Mais, le ton, la manière de faire, plairont fortement aux amateurs de Monsieur Jean – ils y retrouveront la même honnêteté sur la vie, toujours mâtinée de cette ambivalente note de nostalgie, dont on ne sait jamais si elle vous renvoie en arrière pour mieux vous mener droit devant, vers le bonheur ou vers le mur. Un seul regret : ne pas avoir ce livre en un seul tome, souple.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 52 followers