Bande Dessinée & Comics
Jezabel de Magnus, bandes dessinées pour adultes
Des bandes dessinées du siècle dernier…



Trois livres, mais j’aurais pu en mettre beaucoup plus. Sauf que ceux-là constituent un peu l’essentiel de ce que j’ai envie de lire en ce moment (à part ce qui s’est fait chez Dupuis vers la fin des années 50 et le milieu des sixties – mais c’est une autre histoire, moins bien documentée aujourd’hui). D’abord, le livre de Gajo Sakamoto, intitué Tank Tankuro PreWar Works 1934-1935, est paru chez Press Pop dans un design fait par Chris Ware. C’est d’ailleurs dans une anthologie de ce dernier qu’on avait déjà pu voir il y a quelques années des pages de Gajo. Les amateurs de Ware (ou de manga classique) ne devraient pas être déçus par le livre, ni par les pages de douce gymnastique graphique qui le composent. Ensuite, le Forgotten Fantasy est une vraie cache aux trésors : on y trouve compilés des pages parues dans les journaux du dimanche américains, entre 1900 et 1915, dans un format géant. Là encore, un lien avec Chris Ware, qui contribue un petit texte évoquant son étonnement admiratif à propos d’une bande dessinée reproduite ici dans son intégralité : Naughty Pete de Charles Forbell. Construite, comme Little Nemo, sur une chute toujours identique d’une page à l’autre, cette bande dessinée n’a été tenue par son auteur que le temps de 18 pages, toutes reproduites ici et témoignant d’une vivacité et d’une inventivité rares. D’une page à l’autre, Forbell évolue, tente des constructions différentes, joue avec son cadre : moderne, rapide, malin. A-t-il été cramé par son plein d’invention ? Ses pages, en tout cas, donnent envie d’en savoir plus. Le même volume consacre une large part à Lionel Feyninger dont l’oeuvre dessinée, courte, est reproduite intégralement. Il y a aussi des planches splendides de Winsor McCay et d’autres dessinateurs de l’époque, partageant tous un ton sépia, caractéristique de leur trait, à la fois sévère et léger, entre la caricature acérée, l’humour quasi slapstick et la narration échevelée. Le livre coûte cher, est difficile à ranger, mais se dévoile d’une richesse incommensurable. Enfin, plus proche de nous (mais pas tant que ça), la biographie visuelle de Milton Caniff (mon auteur de chevet en ce moment) est remplie de documents rares, de planches désarmantes, qui remettent bien en perspective la grandeur d’un auteur qui aura travaillé toute sa vie, se remettant en question au milieu de celle-ci, en plein succès de son strip Terry & The Pirates (tenu par lui de 1934 à 1946) pour en créer un autre, Steve Canyon, qui aura été tout aussi réussi, à tous points de vue, et plus long encore puisqu’il dura de 1947 à 1988. Tous édités ces jours-ci ces livres qui reprennent des pages faites pour un autre monde, une autre époque, presque un autre passé, enluminent étrangement bien le présent, au moins le nôtre.
Philippe Dupuy fait son Moriarty à la Ferme du Buisson les 8 et 9 octobre
La bande dessinée, c’est de la philosophie
Une histoire de filles
Une animée
Je lis Paying For It de Chester Brown
Un livre pour aujourd’hui : le dieu du 12 d’Alex Barbier
Depuis une première lecture des Lycaons, il y a 10 ans déjà, je suis tombé amoureux (lointain) du travail d’Alex Barbier et de la malédiction qui l’accompagne. Une malédiction à la hauteur des interrogations suscitées par ce qu’il montre : des dessins, de la peinture, des histoires, qui semblent autant de cauchemars (climatisés), autant de visions sombres d’un monde qui n’existe pas – ou attend d’arriver. Ici, les éditions du FRMK délivrent de l’oubli un livre aussi beau, aussi puissant que Les Lycaons, mais dans une veine plus SF, à la façon d’une parodie ludique, mais hantée de ce qui se faisait dans Métal Hurlant, de ce qui se lisait chez Philip K. Dick. Parano ? Sans doute. Mais la beauté de la chose réside dans la grande liberté formelle, l’ouverture esthétique, qui se dessine à chaque page. De facture essentiellement belle, hautement désirable, cette édition tout en toile cachant un intérieur mordoré aux limités du brûlé, est peut-être l’un des plus beaux livres dessinés que l’on tiendra en main cette année. Et ce n’est pas parce que l’on y croise la figure de William Burroughs que j’écris cela.












