Sans vraiment y prendre garde, certaines années, vous êtes quittés, abandonnés. En 2012, c’est la bande dessinée qui m’a déserté. Entièrement. Peu de livres m’auront emballé, peu de BD auront su me cueillir, me surprendre, évoquer en moi, entre elles et moi, ce même sentiment d’étrangeté qui m’aura longtemps tenu à son propos. Et me forçait, m’obligeait à écrire. Cette année, les livres de dessin, les romans graphiques, auront été trop sages, sans surprise. En tout cas en ce qui concerne ceux qui venaient des mêmes franges qu’auparavant, pour la plupart. Au moment de faire un bilan, il y en a tout de même quelques-uns qui se sont imposés. Mais, en y regardant bien, ils sont issus d’auteurs déjà fréquentés – dire que le meilleur livre de l’année, c’est celui de Charles Burns est une joie, mais aussi une déception : personne n’aura surgi pour prendre la place de Burns ou de Clowes. Dire aussi que certains des beaux livres de l’année ont pris des formes très lointaines de la BD est un encouragement, mais aussi une déception : qui a lu les Enfants Pâles, qui a lu Big Questions ou la fable animalière de Matthew Thurber, livres gargantuesques qui méritent d’y consacrer une vie entière ? Mais, au fond, ce qui est le plus surprenant cette année, c’est un double mouvement : celui du retour à des choses classiques, relevant souvent de la nostalgie (Serge Clerc & Phil Perfect réédité, Blake & Mortimer impeccable, Loustal en grande forme, des dizaines de rééditions splendides…) ou d’une attitude irrémédiablement punk – ce qui aura suscité la meilleure frénésie, la plus irrésistible envie de tourner des pages, ce sont les livres déviants de Johnny Ryan et celui, imparable, de Josh Simmons d’où se dégage une cruauté que l’on pensait ne plus fréquenter en BD. Une cruauté qui présage d’un futur d’Apocalypse, si tant est que l’on puisse laisser à ce jeune auteur la place pour s’exprimer, la latitude pour faire des livres au vitriol, à l’acide. Evidemment, il n’est pas traduit en France. Dommage, son livre, recueil d’histoires brutales, est une perle de frayeur, rare.
Josh Simmons, the furry trap (Fantagraphics)
Charles Burns, La Ruche (Cornelius)
Savage Pencil, Trip or Squeek’s big amplifier (Strange Attractor)
Karl Wirsum, Drawings 1967-1970 (Picturebox)
Johnny Ryan, Prison Pit 4 (Fantagraphics)
Jim Starlin, Essential Warlock (Marvel)
George Herriman, Krazy Kat vol1(Les Rêveurs)
Floc’h Où mène la vie ? (Hélium)
Pierre la police, les praticiens de l’infernal (Cornelius)
Johnny Negron, Negron (Picturebox)
Loo Hui Phang et Philippe Dupuy, Les enfants Pâles (Futuropolis)
Anders Nilsen, Big questions (L’Association)
Matthew Thurber, 1-800 Mouse Trap (Picturebox)
Basil Wolverton, Spacehawk (Fantagraphics)
Serge Clerc, l’Intégrale Phil Perfect (Dupuis)
Namio Harukawa, Maxi Cula (United Dead Artists)
Raymond Pettibon, Whuytuyp (JRP Ringier)
Cf, Sédiment (Picturebox)
Stu Mead, Fentasia (Le Dernier Cri)
Poïvet & Charlier, Guy Lebleu (Sangam)
Bruno Richard, Dead dog vaginas (Timeless)
Revue Ms meesterd (Ultra Eczema)
Hendrik Hegray & Jonas Delaborde, Nazi Knife 9 (FLTMSTPC)
Collectif, Weird science (Akileos)
Juillard & Sente, Blake et Mortimer : Le serment des cinq lords (Dargaud)
Stéphane Prigent, False Prophets (Editions FPCF)
Ron Rege, The Cartoon Utopia (Picturebox)
Hendrik Hegray, Fine Young Cannibals (warmgrey)
Rory Hayes, The Dolls Weekly and the Crawlee Things (United Dead Artists)
Loustal & Götting, Pigalle 62.27 (Casterman)











