La guerre de Byron Coley
Les fans assidus de Sonic Youth connaissent Byron Coley par coeur : compagnon de route du groupe, jumeau en goût de Thurston Moore, Coley est une des grandes plumes de la critique rock surgie avec les années punk et l’un des rares toujours en activité, ayant soin de chroniques, comme dans les seventies, plus de disques qu’il n’a au fond de temps – pour vivre. Ces chroniques, dont une page sur les formats obsolètes (45 tours, cassettes) parait chaque mois chez les Anglais de Wire, inspirent (comme on dit respirent) une honnêteté et une sincérité désarmantes. Sa force est dans son jugement, sa distance, son érudition, mais jamais pédante, ni grossière. Et bien qu’il ait collaboré à quelques livres, il n’a jamais eu droit à une anthologie, sans doute parce que son oeuvre est loin d’être achevée. Découvrir en 2011, ses textes des années 78 à 83 (éditées en version bilingue) est un plaisir malin : Coley parlait déjà avec assurance et force de ce qu’il entendait ou voyait – et on a bien l’impression qu’il a tout vu de son époque, qu’il est le seul à pouvoir écrire en 1981 sans fanfaronner ni avoir l’air d’être un rock critic singeant l’école Lester Bangs / Rolling Stones, "les trois premières fois que j’ai vu Suicide, je les ai détestés". Qui se permet encore ce genre d’affirmation, ou plutôt d’opinion ? Car, tout au long de ce livre, ce qui fait force, c’est bien l’opinion de celui qui écrit et motive sa pensée en l’écrivant. Une opinion que l’on sent vivante, prête à se tordre sur elle-même mais qui existe en plein et se nourrit de ce qu’elle voit, entend, absorbe et rejette. Le titre du livre dit tout : c’est la guerre – et, on le sait bien, elle est loin d’être terminée.
Le livre de Byron Coley est édité par L’Oie De Cravan à Montréal, 750 exemplaires. Dépêchez-vous.
